Sur une plaque apposée au 3, rue du Parloir, on peut lire: «Ici vécut Françoys Bernier (1927-1993). Pianiste et chef d’orchestre, il a fondé le Chœur symphonique de Québec en 1964 et créé le Domaine Forget à Saint-Irénée dans Charlevoix en 1977.»

Françoys Bernier rayé de la carte à Québec

Au tour de la capitale d’effacer de sa mémoire le souvenir de l’ex-chef de l’Orchestre symphonique de Québec et fondateur du Domaine Forget, Françoys Bernier.

Ainsi, une consultation publique aura lieu début février afin d’identifier une nouvelle appellation pour la rue qui porte le nom du pianiste réputé décédé en 1993; celle-ci est située près du lac Saint-Charles. «Le comité de toponymie fournira des propositions de nouveaux toponymes. Le changement devra ensuite être entériné par le conseil municipal», écrit au Soleil une des conseillères en communication de la Ville de Québec, Carine Loranger.

Il y a plus. Une plaque est apposée sur une résidence plantée au 3, rue du Parloir; c’est en face de l’école des Ursulines, dans le Vieux-Québec. Qu’y lit-on? «Ici vécut Françoys Bernier (1927-1993). Pianiste et chef d’orchestre, il a fondé le Chœur symphonique de Québec en 1964 et créé le Domaine Forget à Saint-Irénée dans Charlevoix en 1977.»

Cet hommage sera également ôté, note Mme Loranger. «La plaque sera retirée au cours des prochaines semaines, puisque nous devons d’abord nous entendre avec le propriétaire du bâtiment.»

Pourquoi vouloir rayer toute souvenance du musicien? «Nous désirons changer le nom de la rue à la suite des allégations d’inconduite sexuelle entourant Françoys Bernier», répond notre correspondante. «Nous emboîtons le pas au Domaine Forget et à l’Université d’Ottawa qui se sont dissociés de M. Bernier.»

La décision est donc motivée par la publication, dans une édition du Soleil de la fin octobre, d’un témoignage troublant. La nièce de Françoys Bernier y alléguait qu’il l’a rejoint dans son lit pour lui faire des attouchements dès ses 14 ans, ceci durant quelques années. D’autres femmes, dont la mère de la dénonciatrice — donc la sœur du présumé agresseur —, ont également témoigné de gestes à caractères sexuels non sollicités.

L’article de la collègue Mylène Moisan avait ébranlé l’équipe du Domaine Forget, dirigé par son fondateur jusqu’à son décès. Ayant d’abord préféré se terrer, la direction du centre d’art avait ensuite annoncé que le nom honni serait éliminé. La salle de concert a notamment été rebaptisée Salle du Domaine Forget.

Françoys Bernier a également cofondé l’École de musique de l’Université d’Ottawa en 1969. En novembre, l’institution a décidé de renommer la Bourse Françoys-Bernier, remise chaque année à un étudiant franco-ontarien méritoire du Département de musique. Elle se nomme maintenant Bourse en éducation musicale pour étudiants francophones. 

Reste l’Ordre national du Québec qui n’a pas encore indiqué si le titre de Chevalier octroyé à Françoys Bernier lui sera arraché. 

Outre ses fonctions déjà énumérées, l’homme aujourd’hui conspué a entre autres été réalisateur à la télévision de Radio-Canada, a dirigé la Chorale de l’Université Laval de 1956 à 1959, a été directeur et président du Conseil canadien de la Musique de 1968 à 1976 et président du Conseil de la Culture de Québec de 1981 à 1984.