Régis Labeaume

Entente avec les cols blancs: des conditions «plus normales» pour les fonctionnaire, dit Labeaume

La nouvelle convention collective des cols blancs ramène la situation des fonctionnaires municipaux à la «normalité», estime Régis Labeaume, pour qui cette avancée est l'occasion de «réparer les erreurs du passé».
L'entente signée par les cols blancs est «quasiment un copier-coller de l'entente avec les bleus», a signalé le maire de Québec. Les fonctionnaires ne peuvent plus être considérés comme des privilégiés, dit-il. «Ils ont peut-être un sentiment que les choses sont plus normales maintenant et que quiconque ne pourra plus leur dire qu'ils sont des privilégiés dans la société».
Les fonctionnaires ont obtenu les mêmes hausses salariales que leurs collègues manuels : 15 % global sur huit ans, soit 1,5 % d'augmentation par année entre 2011 et 2014, et 2 % par la suite jusqu'en 2018, ce à quoi s'ajoute 0,25 % par année d'augmentation différée. Une trentaine d'employés temporaires verront leur statut régularisé.
Ils ont fait quelques concessions : un jour férié a été retiré, les congés spéciaux seront maintenant cumulables à un maximum de 15 jours plutôt que 25 et on a réduit de 130 jours les libérations syndicales payées par la Ville.
En contrepartie, la Ville a laissé tomber sa demande de faire passer la semaine de travail de 35 à 37,5 heures. «Ça n'a pas d'impact financier», a rappelé le maire. «On a préféré obtenir des gains sur les éléments qui permettaient des économies.»
En ce qui concerne le régime de retraite, l'administration Labeaume se dit satisfaite d'avoir réglé la totalité des irritants. On a modifié le partage des coûts futurs, le faisant passer de 56 % pour la Ville et de 44 % pour les employés à une proportion de 50-50.
On réduit les coûts du régime, qui passent de 22,1 % à 18 %. Une économie de 4 millions $ par année. «Ça ne paraît pas beaucoup pour les employés, mais pour nous, sur la masse salariale, c'est énorme.»
Retraite à 55 ans
La Ville a modifié les règles entourant l'âge de prise de la retraite, mettant pour ainsi dire fin à la possibilité de prendre sa retraite à 55 ans. Auparavant, la retraite anticipée sans pénalité était permise à 55 ans et 25 années de service. Dorénavant, il faudra que l'âge et le nombre d'années de service égalent 90 pour y être admissible. Cela signifie qu'une personne de 55 ans devrait être permanente à la Ville depuis l'âge de 20 ans pour bénéficier d'une retraite. «C'est assez simple, des 55 ans à la retraite, il n'y en aura plus. À part, quelques exceptions qui doivent rester, c'est terminé.» De plus, l'indexation des rentes ne sera plus garantie.
Cette entente va assurer la pérennité des régimes, et c'est la volonté qu'on a toujours eue», s'est réjoui le conseiller responsable des relations de travail, Jonatan Julien.
Pour l'opposition, cette entente permettra d'assainir le climat de travail à la Ville, a insisté le conseiller Paul Shoiry, qui a salué le travail accompli par le nouveau directeur général André Legault. C'est sa touche personnelle qui a permis aux deux dossiers de débloquer, juste avant les vacances, croit-il. Il souligne tout de même que Régis Labeaume et son équipe n'ont pas respecté leurs engagements électoraux d'augmenter de 6 % le temps de travail et de réduire de 6 % la rémunération des employés afin de parvenir à des économies de 17 millions $ annuellement. «On ne veut pas nous donner les chiffres, mais nous, on pense qu'avec les augmentations de salaire qui ont été consenties, il n'y a pas de réduction de la masse salariale. [...] Il s'est fait élire avec des promesses, mais ses promesses n'ont pas été respectées.»
Les élus ont approuvé l'entente jeudi matin, lors d'une séance extraordinaire du conseil municipal.
Plus que les pompiers et les professionnels
«Actuellement, 80 % des employés de la Ville travaillent en vertu de conventions collectives librement négociées et signées. On est en négociation avec 400 professionnels et 600 pompiers avec qui on ne négociera jamais parce que je pense qu'ils n'ont pas le goût de le faire.»
Le maire Régis Labeaume n'a pas manqué de lancer une pointe aux deux groupes avec lesquels la Ville ne s'est pas encore entendue : les professionnels et les pompiers. Pour les premiers, le magistrat a l'impression que ce n'est qu'une question de temps et qu'on en viendra bientôt à une entente calquée sur celle des bleus et des blancs. Quant aux seconds, il dit ne pas avoir beaucoup d'espoir puisqu'ils ne «veulent pas négocier».
Progrès
Du côté de l'Alliance des professionnels, le vice-président Michel Plante adopte un ton plutôt optimiste. «Nous avons rencontré la Ville autour du 30 juin. On a eu des discussions qui ont duré une bonne partie de la journée. On discute et ça progresse. Il n'y a pas de blocage.» Étant donné les vacances d'été, les discussions devraient reprendre à la fin août ou au début septembre. Il souligne tout de même que la réalité des professionnels est différente de celle des employés manuels et des fonctionnaires.
Du côté des pompiers, le président de la Fraternité, Éric Gosselin, affirme qu'il est faux de dire que le syndicat refuse de négocier. «C'est pas vrai qu'on n'est pas parlables. C'est totalement faux. On est prêts à discuter avec l'employeur, mais évidemment, il ne faut pas bafouer les anciennes négociations et certainement pas le processus d'arbitrage.» Les pompiers attendent la décision de l'arbitre en ce qui concerne la période de 2006 à 2009. Celle-ci mettra la table pour les discussions pour les années suivantes. La décision doit être rendue d'ici l'automne.
Le maire «proche du nirvana»
La signature de la convention des fonctionnaires municipaux et une grève évitée dans la construction : Régis Labeaume était «proche du nirvana» jeudi, à quelques jours du début des vacances. «Mission accomplie. La construction, c'est réglé, les blancs, c'est réglé. C'est un gros mois. On travaille pendant des années et ça arrive tout ensemble. Tant mieux pour nous autres, on est vraiment très heureux. [...] Je suis proche du nirvana.» Le maire de Québec se réjouissait de l'entente survenue dans le milieu de la construction et qui permettra d'éviter une grève, qui aurait retardé le chantier de l'amphithéâtre. «Il ne fallait pas [qu'il y ait débrayage]. Je veux féliciter Sam Hamad [le ministre du Travail]. Il a fait un excellent travail. Je pense qu'il a expliqué aux deux parties que ce n'était pas une bonne nouvelle qu'il y ait une loi spéciale.»