Dans l’ensemble du territoire, le nombre total de déplacements atteint 2,1 millions par jour. De 2001 à 2017, c’est une augmentation de 17,8 %.

Enquête origine-destination: conclusions «hasardeuses» [VIDÉO]

Le ministre des Transports, François Bonnardel, estime que l’Enquête origine destination 2017 prouve la nécessité de construire un troisième lien à l’est, et ce même si le directeur de l’enquête considère «hasardeux» d’en tirer des conclusions.

Les journalistes ont eu droit jeudi matin à une séance d’information pour mieux comprendre les résultats de cette enquête menée une neuvième fois depuis 1977 sur les habitudes de transport des résidents de la grande région de Québec.

Au terme de la rencontre, l’analyste Jean Côté, qui a dirigé plusieurs enquêtes dont la plus récente, a lancé un avertissement aux représentants des médias. Tous lui demandaient ce que celle-ci disait sur la nécessité d’un troisième lien à l’est.

«Pour être capable de se prononcer sur quelconque projet d’infrastructure routière ou de transport en commun dans la région de Québec, il serait très hasardeux de vouloir tirer des conclusions à partir d’un portrait actuel ou de tendances passées.»

Selon lui, un portrait juste de la situation ne peut être brossé qu’à la suite d’analyses et de modélisations faites par les experts du ministère à partir des données recueillies dans l’enquête.

Ce qui n’a pas empêché le ministre des Transports, François Bonnardel, de retenir deux chiffres parmi les dizaines présentés pour étayer sa thèse voulant qu’un troisième lien à l’est soit incontournable.

Selon son calcul, 21 000 personnes par jours partent de l’est d’une des deux rives pour se rendre à l’est sur l’autre rive. Ce chiffre monte à 31 000 pour les résidents de l’ouest de Québec et de Lévis.

«Ce sont des milliers de personnes [21 000] qui circulent matin et soir. Il faut leur donner une option additionnelle. Ça nous démontre jusqu’à quel point ils ont besoin d’un nouveau lien à l’est», soutient le ministre. 

À savoir si le besoin est à la hauteur de l’investissement de plusieurs milliards de dollars, il répond ceci : «Il faut voir en termes de développement et de sécurité. Pour la première fois l’hiver dernier, les deux ponts ont été fermés quatre fois. Ça va être bénéfique, pas seulement pour Québec et Lévis, mais pour l’ensemble de l’est de la province», ajoute-t-il, en faisant référence au transport de transit et au transport commercial, dont l’étude ne tient pas compte.

De l’est au centre

Le directeur général d’Accès Transports Viables, Étienne Grandmont, déjà opposé à la construction d’un troisième lien à l’est, doute des conclusions du ministre.

«Les arguments ne nous convainquent pas, lance-t-il. Il s’en prend surtout à la manière dont M. Bonnardel divise le territoire de chaque ville pour appuyer sa décision d’un troisième lien à l’est.

À Lévis, le grand patron des transports considère comme étant dans l’est les arrondissements de Desjardins et des Chutes-de-la-Chaudière-Est. À Québec, il additionne les arrondissements Beauport, Charlesbourg, La Cité-Limoilou et des Rivières.

«En plaçant une limite géographique en plein centre des villes de Québec et de Lévis, on se donne un petit coup de pouce pour être capable de justifier les projets, précise M. Grandmont. Ça avantage une interprétation voulant qu’un troisième lien à l’est soit intéressant. C’est une décision totalement arbitraire qui sert à appuyer une décision politique.» Toujours selon lui, une étude plus détaillée de la Ville de Québec à partir des données de l’Enquête origine destination 2011 a démontré, sans équivoque, que trois déplacements interrives sur quatre se faisaient dans l’ouest. Et que par conséquent, un troisième lien à l’ouest serait plus pertinent.

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CE QU'ILS ONT DIT

«Le transport en commun ne peut régler à lui seul la congestion routière. L’étude confirme le besoin d’un troisième lien à l’est. On est la seule région métropolitaine à ne pas avoir un réseau de transport bouclé (périphérique). Appuyons la volonté du gouvernement de modifier tous les modes de transport.»

-Gilles Lehouillier, maire de Lévis


«Le projet de troisième lien est déjà attaché. Le tracé, ils [CAQ] l’ont en tête. Je ne sais pas s’ils vont prendre en compte cette enquête.»

-Sébastien Proulx, député libéral de Jean-Talon


«Le troisième lien, c’est un projet Calinours. Ça serait ben l’fun, mais c’est du rêve qui va servir à peu de gens.»

-Catherine Dorion, députée solidaire de Taschereau


«On est d’accord avec les conclusions du ministre. On a besoin d’un troisième lien. C’est une question de sécurité. Lorsque les ponts sont saturés, il faut augmenter la fluidité et ça passe par un périphérique.»

-Jean-François Gosselin, conseiller municipal, chef de Québec 21


Le projet appartient au gouvernement. Nous, on veut le gain pour la Ville et les conséquences sur notre réseau routier.»

-Rémy Normand, conseiller municipal et président du RTC

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LA MAJORITÉ DES DÉPLACEMENTS À SAINTE-FOY

Autre étude, même résultat. La plus récente Enquête origine destination de la région de Québec montre que la majeure partie des déplacements automobiles ont Sainte-Foy pour destination.

Comme pour l’enquête de 2011, celle de 2017 prouve que les zones du Plateau Centre de Sainte-Foy et de l’Université Laval–Cégep de Sainte-Foy, qui sont très rapprochées, attirent ensemble le plus grand nombre de déplacements (tout mode de transport confondu) de la région de Québec. Pour l’ensemble de l’arrondissement Sainte-Foy-Sillery-Cap-Rouge, 52 % des déplacements se font à l’intérieur même de ses limites.

Dans l’ensemble du territoire sur les deux rives, le nombre total de déplacements atteint 2,1 millions par jour. De 2001 à 2017, c’est une augmentation de 17,8 %.

Les périodes de pointe connaissent aussi une croissance continue avec une hausse de 20 % pendant la période du matin et 27,1 %, le soir. Entre 7h et 8h, le nombre de déplacements atteint 251 000, tandis qu’il s’établit à 284 000 entre 16h et 17h.

L’automobile demeure le moyen de transport privilégié avec 78,5 % de tous les déplacements à titre de conducteur (63,9 %) ou passager (14,6 %). Suivent 9,2 % des déplacements à la marche et 7 % en transport en commun.

Transport en commun

La fréquentation du transport en commun sur la rive nord connaît une diminution entre la précédente enquête de 2011 et celle de 2017. Les résultats indiquent une baisse de 2800 déplacements (-1,8 %) par période de 24h. Par contre, les Lévisiens grimpent plus souvent dans le bus qu’auparavant avec un gain de 3100 déplacements par 24h.

À ce sujet, le président du RTC, le conseiller Rémy Normand, souligne que les chiffres du Réseau de transport de la capitale sont en corrélation avec ceux de l’enquête. «Nous n’avions pas fait d’investissements significatifs durant cette période», précise-t-il pour justifier la baisse enregistrée. 

Selon lui, la période de l’enquête correspond justement au moment charnière où le RTC a réinvesti dans les heures de service et les infrastructures. «Ça nous a donné des résultats positifs sur nos chiffres entre 2017 et 2018 et nous sommes assez confiants pour 2019», souligne-t-il.

Ainsi, le nombre de titres mensuels vendus serait passé de 625 000 en 2017 à 641 000 en 2018. De plus, l’achalandage serait en hausse de 1,6 % entre ces deux mêmes années.

Du même souffle, il soutient que la hausse des déplacements, l’achalandage aux heures de pointe et l’usage accentué de l’automobile justifient plus que jamais l’implantation du réseau structurant, visant à alléger le réseau routier.

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Les grandes zones de destination en nombre de déplacements

  • Colline Parlementaire : 65 200
  • Plateau Centre Sainte-Foy : 57 300
  • Université/Cégep Sainte-Foy : 51 500
  • Secteur Lebourgneuf : 51 200
  • Saint-Roch/Vieux-Port : 33 800
Les données de l’Enquête origine sont en corrélation avec celles du RTC selon son président, Rémy Normand.

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MOTION UNANIME EN FAVEUR DU TRAMWAY

Si les débats autour du tramway de Québec ont été houleux au cours des derniers jours, tous les députés de l’Assemblée nationale ont réussi à s’entendre sur un point : il faut que le réseau de transport structurant de Québec voit le jour. Ils ont adopté une motion unanime jeudi qui soutient que «l’Assemblée nationale réaffirme son appui» au projet, que le gouvernement doit financer le projet avec des fonds fédéraux «dans les plus brefs délais» et qu’il doit «utiliser l’ensemble des sommes dues au Québec pour la réalisation d’infrastructures vertes partout sur le territoire québécois.» Le député libéral Gaétan Barrette a ensuite présenté une motion demandant au gouvernement de déposer la liste des projets qu’il compte financer avec l’enveloppe fédérale sur les infrastructures vertes, ce qu’il a refusé de faire. Le gouvernement Legault répète que cette liste n’est pas encore finalisée. Patricia Cloutier