Mbaï-Hadji Mbaïrewaye, ancien chef par intérim de Démocratie Québec, qui a claqué la porte en décembre 2018, et Jean Rousseau, conseiller élu de Démocratie Québec, qui songe à se présenter comme chef du parti.

Élections municipales 2021: la gauche se prépare, mais ne s’entend pas sur les moyens

La gauche de Québec, qui a le vent dans les voiles depuis les victoires de Sol Zanetti et Catherine Dorion sur la scène provinciale, veut frapper un grand coup en 2021 aux élections municipales. Mais à un peu moins de deux ans du grand rendez-vous, elle se tiraille sur deux visions complètement opposées.

En groupe ou chacun de son côté? On vise d’abord la victoire au centre-ville ou on va chercher la banlieue? Québec solidaire ou Rassemblement populaire 2.0? Les militants gauchistes ne s’entendent pas sur la meilleure façon de déloger le maire Labeaume ou de barrer la route à Québec 21.

La nouvelle chef d’Option Capitale-Nationale, Jackie Smith, a travaillé au côté de Sol Zanetti lors de la campagne de 2018. Candidate pour Démocratie Québec dans Limoilou en 2017, elle a décidé de claquer la porte parce qu’elle ne se reconnaissait plus dans ce parti.

«Tous les progressistes ont quitté Démocratie Québec et sont venus chez nous», lance, Mme Smith. Très proche de Québec solidaire, elle travaille sur une plateforme axée sur la lutte contre les changements climatiques et la pauvreté. Le jeune parti n’avait récolté que 5 % des voix en 2017.

Option Capitale-Nationale aura des orientations progressistes et féministes, insiste-t-elle également. Pour Mme Smith, cet engagement féministe est non négociable. Elle reproche d’ailleurs à l’ancien candidat pour Démocratie Québec dans Saint-Roch, Mbaï-Hadji Mbaïrewaye — qui prône un rassemblement de la gauche — de ne pas promouvoir les femmes en politique.

Une accusation rejetée du revers de la main par M. Mbaïrewaye. «Je suis pour la parité homme femme», se défend-il. «Je ne m’entends pas avec Jackie Smith parce qu’elle veut créer le pendant municipal de Québec solidaire, ce qui serait une erreur, estime-t-il. Les gens ne veulent pas entendre parler d’indépendance au municipal.»

Démocratie Québec compte également une forte base militante dans les quartiers centraux. Depuis la défaite cuisante de 2017, le parti de centre gauche est moribond et la seule figure connue est le conseiller municipal de Cap-aux-Diamants, Jean Rousseau, qui réfléchit à se présenter comme chef de la formation politique. «Démocratie Québec est encore un excellent parti où on peut débattre et avancer des idées. Je veux défendre la transparence et le respect envers les citoyens», plaide-t-il.

Gagner la mairie

Des militants progressistes jugent qu’avant de gagner la mairie, il faut gagner tous les districts de La Cité-Limoilou et diriger l’arrondissement.

«Obtenir la majorité dans La Cité-Limoilou, c’est la première étape. Pour gouverner une ville, il faut déjà apprendre à diriger un arrondissement. Après, on pourra aller chercher les banlieues», pense Louis H. Campagna, ancien vice-président du conseil de quartier de Saint-Roch et très actif sur la page Facebook du Comité citoyen de Saint-Roch.

M. Campagna rêve également d’une formation politique dirigée par des citoyens, un peu à l’image du Rassemblement populaire, ancien parti de Jean-Paul L’Allier. «Un des succès du Rassemblement populaire à l’époque, ça a été de mettre en évidence que la Ville était gérée comme une entreprise au service de la propriété, plutôt qu’une entreprise possédée, contrôlée et servant les intérêts des résidents», rappelle-t-il.

Ce Rassemblement populaire 2.0 pourrait très bien voir le jour si les différents courants de la gauche arrivent à s’entendre. C’est en tout cas le souhait de Mbaï-Hadji Mbaïrewaye (ancien chef par intérim de Démocratie Québec, qui a claqué la porte en décembre 2018) et de Serge Roy (ancien candidat de Québec solidaire dans Taschereau en 2007, 2008 et 2012). Ils viennent de relancer le collectif La Ville que nous voulons pour susciter des débats sur différents enjeux. Ce collectif a déjà existé entre 2008 et 2013.

Sortir du centre-ville

Pour l’instant, on ne parle pas d’un parti politique, mais plutôt d’un regroupement de militants de gauche qui veulent déloger le maire Labeaume et faire barrage à Québec 21. «Ce n’est pas Démocratie Québec ou Option Capitale-Nationale qui peuvent gagner en 2021. C’est grillé pour eux. Il faut bâtir une coalition avec les gens de la périphérie. Démographiquement, le centre-ville est minoritaire», fait valoir M. Mbaïrewaye. «Le candidat à la mairie doit habiter ou avoir de fortes connexions en banlieue», poursuit-il.

Jean Rousseau ne ferme pas la porte à un rapprochement avec un autre parti. «Il y a des affinités, mais avant de parler de rapprochement, il faut savoir ce qu’on cherche à obtenir. Le défi, c’est qu’il faut parler à tous.»