BedZED vit de l'énergie solaire, mais est aussi branché aux réseaux d'électricité et de gaz.
BedZED vit de l'énergie solaire, mais est aussi branché aux réseaux d'électricité et de gaz.

Écoquartier: la leçon de Londres

François Bourque
François Bourque
Le Soleil
Le projet était pour l'époque révolutionnaire et a inspiré d'autres écoquartiers d'Angleterre et d'ailleurs depuis bientôt une décennie.
Détail des cheminées du projet BedZED
Un quartier de la lointaine banlieue de Londres où les résidants allaient pouvoir «vivre vert», c'est-à-dire : économiser l'eau et l'énergie, recycler les ordures, brancher la voiture électrique à la porte ou se déplacer à vélo ou en transport public.
Une architecture novatrice qui permet à tous les logements, même à ceux aux étages, d'avoir un coin de jardin ou une grande terrasse verte privée.
L'écoquartier BedZED, au sud de Londres, figurait sur la liste de projets résidentiels inspirants que des architectes de Québec ont fait circuler l'an dernier à l'hôtel de ville.
Ce n'est pas le modèle qu'a finalement retenu l'administration Labeaume pour les quartiers verts à D'Estimauville et à la Pointe-aux-Lièvres.
Depuis son ouverture en 2002, BedZED a accueilli plus de 30 000 visiteurs, souvent des architectes et des décideurs publics, ce qui témoigne du caractère novateur de cet écoquatier.
Encore aujourd'hui, des visites guidées y sont menées deux fois par semaine, aussi discrètement que possible, vu l'agacement grandissant des résidants.
Un succès d'estime et de performance remarquable, bien que BedZED n'ait pas livré toutes ses promesses initiales.
«Pour nous, c'est step one», explique Jennie Organ, du groupe BioRegional, à l'origine de BedZED et d'une douzaine de projets One Planet Communities dans le monde, dont un à Petite-Rivière, à Montréal.
Si on recommençait BedZED aujourd'hui, les valeurs seraient les mêmes, mais les moyens différents, explique-t-elle.
On ne construirait plus des murs aussi épais, ce qui coûte cher pour rien et réduit les surfaces habitables. Pas la peine, car le chauffage ne compte ici que pour 10 % des coûts énergétiques.
BedZED visait au départ l'autosuffisance énergétique et a servi de banc d'essai pour une jeune entreprise qui a construit sur place une usine de production d'énergie.
Les coûts et les ratés techniques ont conduit à l'abandon de l'usine, dont le bâtiment est actuellement vacant.
BedZED vit aujourd'hui de l'énergie solaire, mais est aussi branché aux réseaux d'électricité et de gaz.
Le coeur du quartier est réservé aux piétons et aux vélos; les voitures et les espaces de stationnement sont relégués à la périphérie. Une courte distance de marche, souvent pas plus grande que pour nos grandes conciergeries.
Une quarantaine de cases de stationnement ont été pourvues de bornes de branchement pour les voitures électriques, mais à peine quelques-unes sont utilisées.
Le passage aux voitures électriques ne s'est pas fait aussi vite qu'on l'avait cru, constate Mme Organ.
Contrairement à nos maisons où les compteurs d'eau et les compteurs électriques sont enfouis au sous-sol ou à l'extérieur, les cadrans de BedZED sont dans les cuisines, derrière un panneau d'armoire. Facilement accessible, ce qui favorise l'autodiscipline.
Les promoteurs de BedZED estiment pourtant que l'objectif écologique du projet n'a pas été suffisamment valorisé auprès des résidants.
On a constaté qu'une bonne partie des bénéfices énergétiques et collectifs qu'on espère d'un écoquartier viennent d'abord des habitudes de vie des citoyens.
Pas question d'imposer une police verte, mais il aurait fallu faire davantage d'éducation et de sensibilisation. Avoir sur place en tout temps une ressource humaine pour le faire.
Il est aujourd'hui trop tard pour BedZED, croit Mme Organ, car le salaire d'un conseiller vert s'ajouterait aux coûts communs pour les résidants, et ceux-ci s'y objecteraient.
Il aurait été plus facile d'embaucher une conscience verte dès le départ.
Un projet conçu pour des «banlieusards»
BedZED, pour Beddington Zero Energy Development, a été construit sur d'anciens terrains industriels du sud de Londres, à Wallington, à une trentaine de minutes du centre par le train de banlieue.
Le projet a été conçu pour des «banlieusards», explique Jennie Organ, du groupe BioRegional.
Il n'aurait pas été envisageable au centre-ville, à cause des choix d'architecture et d'une densité insuffisante. BedZED compte 100 logements à l'hectare, une densité qui pourrait convenir au centre-ville de Québec.
Dessiné par l'architecte Bill Dunster, le projet a utilisé un maximum de matériaux locaux recyclés.
Les unités de logement ont facilement trouvé preneur à l'époque, leur prix n'étant pas plus élevé que celui des autres logements de Wallington.
Le projet se caractérise par sa mixité.
1 Mixité des usages. Sur le même terrain, 100 logements, des locaux pour bureaux pour une centaine d'employés, un centre communautaire et des espaces verts.
Il n'y a pas de commerces sur place, mais on va facilement à pied à ceux du voisinage; l'autobus passe à la porte et la gare de train Hackbridge est à 10 minutes sans trop se presser.
J'ai noté en visitant les cris des enfants dans la cour d'école toute proche, de l'autre côté de la rue.
2 Mixité des occupants : une trentaine de jeunes familles, des personnes âgées, des célibataires, des professionnels, des ouvriers, des infirmières, des policiers. Des résidants à l'aise, d'autres à faible revenu.
3 Mixité des modes de propriété : 25 % de logements sociaux; 25 % en propriété partagée; 50 % de propriété privée.
4 Mixité des motivations : des résidants ont choisi BedZED parce que le logement était abordable, d'autres pour les faibles coûts d'énergie qu'ils allaient y payer; d'autres pour les raisons idéologiques et l'attrait du green living.