Lors de notre visite des installations d’Arrimage Quebec, Ivan Boileau, vice-président aux projets spéciaux, a ouvert le robinet de la tour pour nous montrer la différence entre l’eau rouge du bassin et celle qui sort à la fin.

Eaux rouges: Arrimage Québec aux normes après 6 ans et 15 M$

Coincée par Environnement Canada pour le rejet dans le fleuve Saint-Laurent d’eaux rouges contenant trop de matières en suspension, Arrimage Québec a mis six ans et 15 millions $ pour construire un bassin de décantation des eaux de surface doublé d’une station d’épuration physicochimique devant garantir le respect des normes.

«Ce qui retourne dans le fleuve est au-delà de la moyenne. L’eau est aussi propre, même plus propre que ce qui est dans le fleuve présentement», affirme Robert Bellisle, le président et chef de la direction de QSL, nouveau nom de la compagnie d’arrimage.

Ce n’était pas le cas en 2010 quand un inspecteur d’Environnement Canada a testé plusieurs points de rejet sur les quais du secteur Beauport. En vertu de la Loi sur les pêches, celui-ci a constaté des concentrations de matières particulaires totales de 58 à 582 milligrammes par litre alors que la norme maximale appliquée à cette portion du fleuve était fixée à 31 mg/l. 

Une «intervention urgente» était demandée pour protéger les poissons. Environnement Canada a tout de même donné jusqu’en mars 2015, puis novembre 2015, pour la mise en place de mesures correctives avec l’obligation de fournir un plan d’action détaillé et des rapports d’état d’avancement des travaux. 

Au moment de l’émission de la directive, Arrimage Québec avait déjà débuté l’installation d’un réseau de captage des eaux de surface — huit kilomètres de tuyauterie souterraine — dans le secteur Beauport. Entre 2004 et 2010, les pentes du pavage ont été revues pour récupérer les eaux souillées. L’eau projetée par la quinzaine de canons à eau qui rabattent les poussières au sol ainsi que par les camions qui nettoient régulièrement la chaussée s’est ajoutée avec les mesures de mitigation mises en place après l’épisode de poussière rouge, en 2012. 

Tout ce liquide est ensuite dirigé vers un bassin de décantation de 10 000 mètres cubes construit en 2015 et mis en opération en 2016. Grand comme deux piscines olympiques, cet équipement permet aux matières en suspension de se déposer au fond. L’eau en surface, rouge parce que chargée de particules de fer provenant de boulettes et de ferraille entreposées sur les quais, passe ensuite dans une tour de traitement physicochimique. Cette étape a été ajoutée en 2017 pour de meilleurs résultats. 

Lors de notre visite sur les lieux, Ivan Boileau, vice-président aux projets spéciaux, a ouvert  le robinet de la tour pour nous montrer la différence entre l’eau rouge du bassin et celle qui sort à la fin. Elle apparaissait très claire, mais au point de rejet dans le fleuve, l’eau était néanmoins oxydée. Selon M. Boileau, le rouge est difficile à éliminer car il suffit de faibles quantités de poussières ferreuses pour que la couleur persiste. 

Système le plus avancé

Robert Bellisle y est allé de chiffres pour nous convaincre de l’efficacité du système : les taux de matières en suspension tournent maintenant autour de 7 à 8 mg/L. «On fait mieux que les normes. Ce sont les systèmes les plus sophistiqués qu’on possède. Il n’y a pas d’équivalent ailleurs, a-t-il insisté. 

«On a fait le tour au Québec et au Canada et même avec Environnement Canada et à l’heure actuelle, il n’y a personne qui a un système aussi avancé, de ce qu’on sait. Ils [QSL] ont été innovateurs, ils ont pris un procédé industriel pour l’adapter dans la manutention de vrac», renchérit Pascal Raby, vice-président aux opérations et à l’environnement de l’Administration portuaire de Québec (APQ). 

Marilyne Lavoie, porte-parole d’Environnement et Changement climatique Canada, confirme la satisfaction des autorités fédérales : «Plusieurs inspections furent réalisées afin de suivre l’évolution des travaux. La dernière inspection sur le site en relation avec la directive a été effectuée le 7 décembre 2015. Les nouveaux équipements étaient en fonction et tout semblait bien fonctionner. Aucun évènement de rejet n’aurait été répertorié pour les années 2014 et 2015. L’information que nous avons présentement indique que la situation a été rectifiée.» 

L’APQ, qui doit être informée de tout dépassement, rapporte pour sa part trois épisodes hors normes en 2017. Ils sont survenus en période hivernale, lors de redoux. La procédure d’hivernage est en révision pour les éliminer complètement. 

Le Soleil a consulté le professeur Peter Vanrolleghem, du Département de génie civil et de génie des eaux de l’Université Laval, pour avoir son opinion sur la directive d’Environnement Canada. C’est lui qui a élaboré le modèle de prévision de la qualité de l’eau pour la plage de la baie de Beauport. À son avis, les dépassements de normes relevés n’étaient pas dramatiques dans la mesure où le milieu récepteur, le fleuve Saint-Laurent, a une énorme capacité. Les rejets, qui n’étaient pas toxiques, mais troubles, étaient donc rapidement dilués dans l’eau.