Le camion-restaurant du Sagamité était stationné au Domaine Maizerets, jeudi.

Dur départ pour la cuisine de rue

La réalité a vite rattrapé les restaurateurs et clients jeudi. Au premier jour du déploiement des camions-restaurants sur les sites autorisés, les premiers goûteurs avaient parfois autant de questionnements que d'appétit.
Au parc Girardin, les clients convergeaient tranquillement vers l'Express gourmand.
Sur l'heure du lunch, Le Soleil a effectué la tournée des quatre endroits à l'horaire pour la semaine inaugurale du projet pilote afin de prendre le pouls des citoyens. Bon nombre de gourmands attendaient la présence des camions avec impatience. Mais au premier arrêt, le camion promis n'était pas stationné au secteur Arboretum du Domaine Maizerets.
«On est vraiment déçu, on avait une activité extérieure avec le travail et on avait prévu goûter au food truck», s'est désolé un citoyen sur place. «C'est dommage, quand tu t'annonces, me semble que tu dois être là.» C'est le Chic Shack qui avait rendez-vous dans le secteur, mais l'entreprise avait un engagement au Festival ComédiHa!, a-t-on appris. 
Rien n'oblige d'ailleurs les restaurateurs à être présents selon l'horaire, tiré au sort et révélé mercredi, puisque plusieurs ont déjà des engagements corporatifs ou privés durant l'été. Le problème c'est que pour l'heure, il n'existe pas d'outils communs pour savoir qui est où et selon quelle plage horaire, en temps réel. 
Lors de notre passage, des citoyens nous questionnaient même sur le sujet. «Savez-vous s'ils seront là longtemps?», «Où peut-on trouver la programmation?», demandaient certains. La seule réponse en ce début de saison est que l'horaire prévu pour les huit premières semaines se trouve sur le site Internet de la Ville de Québec. 
La clé viendra d'une application à venir (voir autre texte). En attendant, les gourmands étaient nombreux par endroits, plus rares à d'autres. «C'était le temps, Montréal et New York ont des camions de rue, pour moi c'était important d'être là au jour un», a lancé une dame, en file au camion du Sagamité, qui avait arrêté son moteur aussi au Domaine Maizerets.
Nicolas Lavigne, propriétaire du Côtes-à-Côtes Resto Grill avec Évelyne Auger, signale l'importance d'assurer une présence constante pour satisfaire la clientèle.
Au parc Girardin, un peu plus loin des quartiers urbains, les clients convergeaient tranquillement vers l'Express gourmand. Même si c'était jour de première, un groupe d'enseignantes d'une école voisine avait déjà sacré l'arrivée des camions-restaurants synonyme de la fin des classes. «On les attendait, ce sera signe que les vacances arrivent.»
Améliorer la communication
Dans La Cité-Limoilou, au parc Notre-Dame-de-la-Garde, le Côtes-à-Côtes n'avait accueilli qu'une dizaine de clients sur le coup de 13h. Le propriétaire, Nicolas Lavigne, explique néanmoins que plusieurs curieux, qui avaient déjà dîné parfois, ont pris soin de s'arrêter pour savoir ce qu'expliquait la présence de son restaurant mobile. 
«C'est difficile, il y a 12 sites, 7 camions», concède-t-il. «Il va y avoir des festivals aussi alors si on n'a pas quelque chose de serré, une présence constante, les gens vont venir et être déçus [...] Ça va clairement nous prendre un plan de communication, quelque chose de soutenu [...] Pour arriver à ce que les gens débarquent.»
L'emplacement où étaient garés certains a aussi titillé des amateurs et propriétaires, déplorant notamment l'absence de tables pour manger ou l'impossibilité d'avoir un branchement électrique. «On commence quelque chose de réel aujourd'hui», a ajouté M. Lavigne. «Il va y avoir des ajustements à faire, c'est un projet pilote et il faut prendre le temps de le ressentir un peu.»
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L'application, une «patate chaude» pour les restaurateurs
Ce sont les sept restaurateurs ayant obtenu leur permis pour l'été qui héritent de la responsabilité de développer l'application pour savoir où, quand et quoi sera servi dans les rues de Québec. 
Mais la tâche n'est pas simple et est lourde à porter pour le petit nombre de propriétaires. 
«On regarde nos options parce que ça coûte des dizaines de milliers de dollars et nous, les restaurateurs, on a déjà beaucoup investi pour créer nos camions», explique Évelyne Auger du Côtes-à-Côtes Resto Grill. 
La propriétaire déplore du même souffle que les entrepreneurs se soient en quelque sorte retrouvés avec «la patate chaude» de créer l'application. «Je trouve qu'on manque un peu de soutien de la Ville», dit-elle. «Je voulais créer une page Facebook, mais ça prend énormément de temps et on est tous en début de saison estivale.»
La solution envisagée à ce stade est que l'Association des restaurateurs de rue du Québec, qui a développé une application pour Montréal, étende son modèle à la capitale. En retour, les sept restaurateurs doivent devenir membres du regroupement, ce qui coûte environ 500 $ par entreprise, estime Mme Auger. 
«C'est pas encore confirmé, mais ça s'enligne pour ça [...] Il faut que les sept disent oui.» Selon elle, l'Association serait capable d'implanter «très rapidement» l'application à Québec. Dans le meilleur scénario, «tout serait canné pour fin juin», espère-t-elle. D'ici là, les clients peuvent se tourner vers les pages Facebook des restaurants. 
La Ville de Québec assure que «l'outil principal» pour les citoyens sera l'application à venir, mais «comprend» aussi qu'il est «difficile» pour les clients «d'avoir l'information exacte» sur l'horaire au quotidien. «On les encourage [les restaurateurs] en attendant à publiciser leur présence», a indiqué la porte-parole, Marjorie Potvin. 
La Ville n'a pas prévu soutenir financièrement le développement de l'application, mais promet de fournir les «données ouvertes» pour faciliter le travail de la firme qui aura le mandat de le faire. «On encourage aussi les citoyens, s'ils ont des commentaires à formuler, qu'ils les fassent auprès de la Ville, on va les colliger», ajoute Mme Potvin.