Le documentaire «Ta dernière marche dans la mosquée» a été présenté dans le cadre des commémorations du premier anniversaire de la tuerie à la Grande Mosquée.

Documentaire poignant sur la tuerie de la Grande Mosquée

On aurait pu entendre une mouche voler au terme du documentaire «Ta dernière marche dans la mosquée», projeté samedi à l’Université Laval dans le cadre des commémorations du premier anniversaire de la tuerie au Centre culturel islamique de Québec (CCIQ).

Le documentaire de 48 minutes s’est terminé sans applaudissement. Dans le silence le plus complet, en fait. Et c’est ce que souhaitait le producteur Tariq Syed, de l’organisation musulmane DawaNet, basée en Ontario.

«On voulait vraiment mettre l’emphase sur les familles, les victimes et les survivants», a-t-il dit en marge de la projection à laquelle ont assisté des dizaines de personnes.

Le titre est inspiré d’Aymen Derbali, resté paralysé après avoir reçu sept balles pendant qu’il courait vers le tireur pour protéger ses camarades. «Je marchais en entrant dans la mosquée, maintenant je ne marche plus», dit-il d’une voix faible dans le documentaire, depuis son lit d’hôpital.

Le film a été tourné au printemps, quatre mois après les événements du 29 janvier 2017. Les émotions étaient encore très vives chez les intervenants lorsque l’équipe de M. Syed s’est présentée à Québec. Des survivants, des proches endeuillés et des témoins racontent ainsi, non sans peine, le massacre en détail, mais aussi l’après et la douleur que provoque l’absence des six victimes. Le résultat est poignant.

L’un des fidèles de la mosquée, Hakim, en a «vu beaucoup». Caché derrière une poutre, il a vu des amis tomber sous les balles de l’assaillant, ou encore la fille de l’imam, prise de panique, qui s’est mise à courir dans la salle de prière où se déroulait la tragédie quand elle a vu son père blessé. Heureusement, Hakim l’a agrippée et l’a cachée. «J’ai pas d’explications [pour une telle attaque]. Je n’ai jamais compris pourquoi… Pourquoi?» se demande-t-il.

la religion au centre

Plusieurs proches des défunts ont assisté à la représentation, samedi. Éprouvés, certains étaient en larmes au terme de la projection. Ils devaient ensuite se rendre à la Grande Mosquée pour une conférence de presse durant laquelle ils prendraient la parole ensemble pour la toute première fois depuis l’attentat.

La religion est au cœur de l’œuvre, car elle était au cœur des vies des victimes, a expliqué Tariq Syed. Ce n’était pas nécessairement son choix comme réalisateur de placer la foi au centre des témoignages, a-t-il dit. «On voulait que ce soit brut autant que possible. […] On voulait vraiment montrer leurs points de vue.»

Certains passages peuvent ainsi être confrontant pour des non-croyants. «À un certain moment, on était jaloux [des six victimes]», dit l’un des survivants. Jaloux du fait qu’ils soient morts à la mosquée, après la prière.

Une veuve n’en voulait pas à Dieu de lui avoir pris son mari. Elle lui disait plutôt merci de lui avoir permis d’être la femme du défunt, d’avoir eu des enfants avec lui. «Je ne pleure pas parce qu’il est mort, je pleure parce qu’il n’est plus là», dit-elle.

Le SPVQ écorché

M. Syed a assuré que le documentaire n’avait rien de politique, et ce même si un segment écorche le travail du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ). On relate notamment, à travers les explications du journaliste Pascal Poinlane de Radio-Canada, comment des gestes à caractère haineux s’étaient produits à la mosquée avant la tuerie. «Des signes», selon certains survivants, que le pire pourrait se produire.

Comme cette tête de porc laissée à l’entrée du CCIQ durant le ramadan, en juin 2016. Le journaliste laisse entendre que le SPVQ n’était pas à l’aise avec ce type de crimes et «qu’au moins», depuis le 29 janvier 2017, on les prend désormais plus au sérieux.

Le documentaire sera disponible au grand public d’ici quelques mois sur Internet, selon M. Syed. Il était présenté samedi soir à Montréal et des projections sont prévues lundi dans différentes villes du pays, dont Ottawa et Gatineau.