Le sculpteur Jean-Pierre Raynaud a donné une conférence à l'ENAP, lundi soir.

Destruction de Dialogue avec l'histoire: des artistes toujours en colère

Si le créateur de Dialogue avec l'histoire semble avoir fait la paix avec la destruction de son oeuvre, plusieurs artistes de Québec, eux, en veulent toujours au maire Régis Labeaume d'avoir commis cette «agression».
Réunis lundi soir à l'ENAP lors d'une conférence donnée par Jean-Pierre Raynaud, de nombreux artistes ont exprimé leur colère deux ans après la démolition du fameux «cube blanc» qui trônait à la place de Paris depuis 1987. «Inacceptable», «inouï», «violent». Plusieurs qualificatifs ont été utilisés pour décrire la décision de l'administration Labeaume, dont a pris connaissance à l'époque M. Raynaud par l'entremise des journaux.
Certains membres du public ont même remis sur la table la possibilité de poursuivre la Ville de Québec pour la destruction de l'oeuvre. À cela, M. Raynaud répond que s'il avait voulu poursuivre en justice, ce serait déjà fait. «Il s'est passé ce qu'il s'est passé. [...] Ça fait partie du parcours de l'oeuvre», a-t-il philosophé. «Bien sûr, la destruction a été un choc, mais à partir de ça, on essaie d'en faire quelque chose de positif. Pas simplement pour moi, mais parce que peut-être que quelque chose de bien et d'intéressant peut rebondir pour chacun de nous.»
Il se dit toutefois «au diapason» avec les commentaires d'indignation, et affirme qu'il «ne pardonne pas au maire». 
«Sanctions» exigées
L'artiste Luc Archambault ne pardonne pas non plus à Régis Labeaume, et exige des «sanctions» contre les responsables. À ses yeux, la question est plus large que l'oeuvre en soi, elle regarde ce que l'on est prêt à accepter ou non comme société. Il dénonce le peu de protestations publiques ayant suivi la destruction du «cube».
Parmi les artistes de renom présents sur place, aux côtés de quelque 170 autres personnes, Armand Vaillancourt, Aristide Gagnon, Florent Cousineau, Don Darby, Ludovic Boney et André Du Bois. Y était également l'avocat Marc Bellemare, lui qui payera pour la construction d'une version agrandie de Dialogue avec l'histoire, oeuvre qui prendra le nom d'Autoportrait. 
Pour Jean-Pierre Raynaud, «c'est peut-être la suite de l'aventure».
Autoportrait fera 7,5 mètres de hauteur, soit 50 centimètres de plus que Dialogue avec l'histoire.
Le maire ouvert au nouveau cube blanc
Le maire Régis Labeaume ne ferme pas la porte à la nouvelle mouture de l'oeuvre Dialogue avec l'histoire, que l'avocat Marc Bellemare fera renaître avec l'accord de l'artiste Jean-Pierre Raynaud. La sculpture appelée familièrement «le cube blanc», autrefois installée à la place de Paris, dans le Vieux-Port, a été détruite en 2015 par la Ville de Québec. Des raisons de sécurité ont été invoquées. Le maire de Québec, dont l'administration a fait disparaître l'oeuvre mal-aimée, invite le responsable du projet à le contacter. «On est ouverts, on verra. Cette semaine, je ne peux pas vous dire que c'est ma priorité, mais on est ouverts», a-t-il lancé, sans toutefois avancer de lieu précis ni commenter «la démarche personnelle» de Me Bellemare. Annie Morin