Une page d'histoire se tourne avec le retour du plus vieux régiment canadien-français au Manège militaire.

Des Voltigeurs émus reviennent chez eux après une «longue attente»

Les Voltigeurs de Québec réintégraient officiellement leur Manège militaire, samedi à Québec, 10 ans après un grave incendie l'ayant complètement ravagé, dans la nuit du 4 au 5 avril 2008. Un grand moment d’émotion pour plusieurs membres du régiment, et une page d’histoire pour le Québec, a dit Justin Trudeau, s'étant déplacé dans la capitale pour l’occasion.

«Bienvenue chez vous. Je sais que l’attente a été longue, mais nous pouvons tous être très fiers du résultat», a lancé le premier ministre lors de son discours officiel, invitant la foule à profiter de cette journée marquante pour «célébrer un nouveau chapitre» de notre histoire. 

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La transformation du Manège militaire, financé par le fédéral à la hauteur de 104 M$, démontre selon le premier ministre que «les lieux historiques peuvent être adaptés aux réalités du 21e siècle» tout en respectant les normes environnementales modernes et en préservant une intégrité architecturale. La façade nord du bâtiment est demeurée identique.

Après la cérémonie, la Commission des champs de bataille nationaux (CCBN) a dévoilé un nouveau lieu d’interprétation historique, à l’arrière du bâtiment, regroupant sept canons allemands, obtenus lors de la Première Guerre mondiale. 

D’un leader à l’autre

Au-delà des annonces, l’événement était aussi l’occasion pour le commandant sortant des Voltigeurs, Jonathan Chouinard, de passer le flambeau, après plusieurs années à la barre du régiment. C’est Tony Poulin, membre actif depuis 2012, qui reprend dès maintenant les rênes de l’organisation militaire.

Rencontré par Le Soleil après le défilé, M. Chouinard s’est dit «très ému» de quitter sa seconde famille à un moment aussi important de son histoire. «C’est tout un privilège. Ça a pris 10 ans, mais ça a été bien fait, et surtout, on a pris le temps de respecter le caractère patrimonial de l’édifice, donc on est très satisfaits. C’est beaucoup plus ouvert qu’avant, avec une passerelle qui mène directement sur les Plaines.»

La reconstruction du Manège s’est fait de manière si minutieuse, selon lui, à aller jusqu’aux briques numérotées et réinstallées exactement où elles étaient avant l’incendie. «C’est un niveau de détail extraordinaire, ajoute-t-il. Le toit, la façade, c’est exactement dans la même configuration architecturale.»

Au coeur du bâtiment, une salle multifonctionnelle permettra aux Voltigeurs de tenir leurs activités quotidiennes, mais ouvrira également ses portes au public, dans le cadre d’événements communautaires. 

Le drapeau, cette «symbolique forte»

Cette journée était d’autant plus spéciale pour le sergent Rémi Gilbert qui, au lendemain de l’incendie en 2008, est allé récupérer le drapeau des Voltigeurs d’urgence, devant des risques d’effondrement importants. L’image, qui avait été diffusée partout dans les médias il y a 10 ans, est aujourd’hui devenu un symbole pour tout le régiment. 

Le soir du 4 avril, le sergent Gilbert fut l’un des premiers arrivés sur les lieux. Il contribua, avec des collègues, à récupérer des artéfacts du musée pour les emporter à l’extérieur, jusqu’au lendemain matin. L’idée d’aller récupérer le drapeau lui vint naturellement, à l’image des ruines encore toutes chaudes du bâtiment devant lui.

«Les pompiers étaient encore en train de maîtriser la situation, et la machinerie lourde s’en venait abattre les murs. Avec un collègue, on a réalisé qu’il y avait une pièce d’équipement lourde à proximité. On a demandé à l’opérateur de nous embarquer dans son godet, et de nous lever. On tenait vraiment à récupérer une pièce intacte du manège.»

C’est d’ailleurs le sergent Gilbert lui-même qui s’est chargé de redéployer le drapeau, en fin d’avant-midi samedi, au-dessus de la porte de l’entrée. «J’étais très fier de pouvoir le faire, a-t-il confié à ce sujet. C’était un bon moment d’émotions, mais surtout une belle marque pour notre retour, dans notre maison.»

Le héros de la journée a parlé d’un «retour à la maison après un long devoir à l’extérieur, un peu à la manière d’une mission». À la seule différence qu’aujourd’hui, plutôt que de descendre d’un avion, ses collègues et lui ont défilé devant familles, amis et collègues. 

Tournés vers l’avenir

Même s’il n’a pas eu la chance d’évoluer au sein du Manège militaire, le nouveau commandant des Voltigeurs, Tony Poulin, voit en l’intronisation d’aujourd’hui «un événement exceptionnel sur le plan historique», qui demeurera à jamais ancré dans le coeur du régiment et de ses soldats. 

«Tous les membres sont tellement contents de revenir ici et de pouvoir servir sous un symbole tellement puissant, qui a été construit il y a jadis bien des années», explique le nouveau leader des Voltigeurs, qui possède près de 30 ans d’expérience dans les Forces canadiennes. «Le mandat qu’on me confie, j’ai été formé pour le faire», lance-t-il lorsqu’on lui demande comment il perçoit ses nouvelles fonctions.

Lors du sommet international du G7, en juin prochain dans la région de Charlevoix, ses troupes seront en action, alors que certains membres des Voltigeurs joindront la force de sécurité basée à Québec et à La Malbaie.