Pour une première fois depuis 2014, année où remontent les données fournies, deux permis de taxi se sont vendus sous la barre des six chiffres en 2018, soit à 80 000 $ et à 97 000 $ dans la région de Québec. Ces deux transactions ont été réalisées dans l’arrondissement de Beauport.

Des permis de taxi sous les 100 000 $

La chute de la valeur des permis de taxi dans la région de Québec se poursuit, selon des données de la Commission des transports du Québec. Depuis un an, le prix moyen est passé de 151 343 $ à 142 817 $, soit une diminution de 5,6 %.

Pour une première fois depuis 2014 — année où remontent les données fournies — deux permis de taxi se sont vendus sous la barre des six chiffres en 2018, soit à 80 000 $ et à 97 000 $ dans la région de Québec. Ces deux transactions ont été réalisées dans l’arrondissement de Beauport.

Rien pour rassurer les propriétaires de véhicule. Surtout que le projet-pilote d’Uber, qui devait prendre fin le 14 octobre dernier, a été prolongé d’une autre année. Et sans compter que la compagnie américaine de covoiturage Lyft lorgne actuellement la province.

«C’est très inquiétant. La tendance à la baisse continue. Le projet-pilote avec Uber a entraîné une instabilité dans notre marché et cela va se poursuivre», déplore Abdallah Homsy, porte-parole du Regroupement des intermédiaires du taxi de Québec et président de Taxi Coop. «Il faut que le gouvernement adopte rapidement des changements législatifs équitables. [...] On ne peut pas créer deux catégories d’industrie de taxi sans conséquence», poursuit-il.

Cet été, afin d’atténuer la diminution de la valeur des permis, le gouvernement provincial a octroyé des compensations financières aux titulaires. Les chèques ont varié entre 1000 $ et 46 700 $.

«La compensation ne couvrait que la perte de la valeur entre 2014 et 2018», précise M. Homsy. «Le gouvernement ne peut pas garder cette injustice pendant encore longtemps, car la valeur des permis va souffrir. [...] Ce n’est pas normal qu’il ait une loi prévoyant un contingentement dans l’industrie du taxi et que parallèlement on autorise un autre système sans contingentement. Il est temps d’avoir un cadre réglementaire», ajoute-t-il.

Si rien ne bouge, le porte-parole avance au Soleil qu’il n’écarte pas la possibilité de cogner à nouveau à la porte du gouvernement pour obtenir un dédommagement financier.

Quant à la vente de permis, les transactions sont en hausses depuis le début de l’année. Entre janvier et septembre, 29 licences ont changé de main dans la région, comparativement à 23 pour l’ensemble de l’année 2017. 

Importante baisse

Si on regarde à plus long terme, la valeur moyenne des permis a chuté d’environ 25 % entre janvier et septembre 2014 et la même période en 2018 dans la région de Québec. 

Une situation qui fait rager M. Homsy, lorsqu’il pense aux chauffeurs qui souhaitaient prendre leur retraite. «Un propriétaire de taxi n’a pas de pension. Il n’a pas de sécurité. À 80 000 $, on ne parle pas ici d’une retraite fantastique».

Par ailleurs, M. Homsy mentionne que les délais de vente des permis sont aujourd’hui beaucoup plus longs. Ce qui donne également des maux de tête. «Les exigences des banques ont changé. Ce n’est plus les mêmes taux d’intérêt. Pour devenir propriétaires, les gens doivent parfois hypothéquer leur maison».

Selon Alain Fecteau, un notaire qui officialise la majorité des transactions de permis de taxi dans la région, la diminution des prix est en corrélation avec l’apparition d’Uber sur le territoire. À sa connaissance, il faut remonter à plusieurs années pour voir une transaction sous les 100 000 $.

«Oui, les valeurs ont baissé au cours des dernières années. Peut-être un peu plus du côté de Beauport. Ce n’est pas une zone qui bouge beaucoup. Le bassin d’acheteurs potentiels est peut-être moins présent. Ce qui fait que certains acceptent une offre inférieure. À Québec, la valeur a déjà été d’environ 200 000 $. Aujourd’hui, je conseille aux gens de dire oui à 145 000 $», dit-il. «On voit aussi maintenant des transactions où le vendeur accepte de financer une partie du prix d’achat de son acheteur, car les ventes sont plus difficiles», poursuit-il. 

La transaction la plus élevée dans la région remonte à octobre 2014 alors qu’un permis de taxi pour Sainte-Foy–Sillery s’était vendu 260 500 $. En 2018, la plus importante transaction a été de 195 000 $.

Récemment, le ministre des Transports François Bonnardel a dévoilé un nouveau projet-pilote qui permettra aux taxis de prendre des clients partout à travers la ville s’ils commandent à partir d’une application mobile. Rappelons qu’à Québec, l’industrie est toujours divisée en territoires. 

Les données de la Commission des transports du Québec tiennent compte des agglomérations de Québec, de l’est de Québec (Beauport), de Sainte-Foy–Sillery et de Charlesbourg. La ville compte 627 permis de taxi.

Pour Lévis, le prix moyen d’un permis de taxi est en 2018 de 74 813 $.