Rebecca Breton et son collègue Philippe Gagné ont envoyé une lettre ouverte aux médias mardi pour dénoncer la décision de la Ville, qu’ils ont apprise sur le tard, à la mi-mai.

Des musiciens s'inquiètent de la survie de la musique de rue sur Saint-Jean

Des musiciens de rue dénoncent la nouvelle réglementation de la Ville de Québec qui abolit un des deux sites où les groupes peuvent se produire dans la portion piétonne de la rue Saint-Jean et qui limite à 21h sur semaine les prestations sur le site restant. Selon eux, les modifications compromettent la survie de la musique de rue sur cette artère.

Rebecca Breton et son collègue Philippe Gagné ont envoyé une lettre ouverte aux médias mardi pour dénoncer la décision de la Ville, qu’ils ont apprise sur le tard, à la mi-mai. Une pétition a également été lancée afin «d’inciter la Ville de Québec à rétablir les sites musiciens sur la rue Saint-Jean en considérant les solutions apportées». En milieu d’après-midi mardi, plus de 3200 personnes l’avaient signée, sur un objectif de 5000.

«Les musiciens investissent beaucoup de temps et d’argent pour préparer leurs numéros. On pratique pendant l’année, on paie pour nos permis, pour le matériel… Et là, à la dernière minute, on apprend que la réglementation change», déplore en entrevue au Soleil Rebecca Breton. 

La nouvelle réglementation vise les spectacles de musique offerts sur la courte portion piétonne - elle fait environ 250 mètres - de la rue Saint-Jean pendant la période estivale. Avant son adoption, les groupes pouvaient se produire sur deux sites, soit à l’intersection de la Côte du Palais et à l’angle de la rue Saint-Stanislas. 

La Ville de Québec a aboli ce dernier site, en plus de limiter à 21h (plutôt que 23h) les prestations du dimanche au jeudi sur le site restant (en semaine, la rue Saint-Jean n’est piétonne qu’à partir de 18h). Résultat : une dizaine de groupes doivent se diviser les heures restantes sur le site Saint-Jean-Côte du Palais. Une situation «catastrophique» pour les musiciens, dont plusieurs se voient, chaque soir, dans l’impossibilité de jouer et «repartent bredouilles, sans leur paie», dénonce Rebecca Breton, selon qui les modifications compromettent «de façon significative» la survie de la musique de rue sur Saint-Jean.

Bruit et manque de variété

La décision a été prise après discussions avec la Société de développement commercial du Vieux-Québec, la Régie des amuseurs publics, le Comité de citoyens du Vieux-Québec et d’autres regroupements citoyens après que la Ville eut reçu plusieurs plaintes l’été dernier, rapporte Mme Breton. Les citoyens mécontents en avaient principalement contre le volume des performances et le manque de variété des groupes et de leur répertoire, précise-t-elle. 

«On comprend tout à fait les citoyens, on comprend que ça puisse être dérangeant […] On aurait pu faire de l’alternance de sites, faire une rotation entre les groupes, diminuer l’amplification et mieux réguler les permis pour s’assurer de la qualité des musiciens, par exemple, mais tout a été refusé», se désole Rebecca Breton, qui juge la sévérité de la nouvelle réglementation «excessive et injustifiée».

Mme Breton déplore que les musiciens n’aient pas été consultés et que la Ville n’ait «jamais souhaité comprendre la réalité des artistes de rue». «Bien qu’une consultation publique ait eu lieu plus tôt cette année, l’information n’a pas été transmise aux musiciens et musiciennes», dénonce-t-elle, ajoutant qu’aucune proposition des artistes présents n’a été retenue.

La musicienne s’est présentée avec son collègue Philippe Gagné à la séance du conseil municipal du 4 juin et a rencontré la conseillère Marie-Josée Savard dans l’espoir d’arriver à un consensus et de faire apporter des modifications à la nouvelle réglementation, sans succès. 

Bon pour le tourisme

Selon Rebecca Breton, il est «déraisonnable» d’ordonner aux musiciens de cesser leurs prestations à 21h en semaine alors que la rue continue d’être bondée et bruyante. La partie piétonne de la rue Saint-Jean «permet de rassembler des foules dans une ambiance intime au cœur de la ville», plaide dans sa lettre ouverte Mme Breton, qui estime que «la présence de musiciens a une valeur inestimable pour le tourisme». 

Pour la musicienne, la nouvelle réglementation est en totale contradiction avec les prétentions de la Ville de Québec, qui se targue d’être une ville «festive». 

Le maire Régis Labeaume n’a pas voulu commenter le dossier dans l’immédiat, mais il le fera mercredi, a promis son attaché de presse, Paul-Christian Nolin. La conseillère Marie-Josée Savard n’était pas non plus disponible pour une entrevue, mardi.