Les résidents d’un immeuble à condos de la rue des Prairies, dans Saint-Roch, sont aux prises avec ces problèmes depuis que des personnes sans domicile fixe se réfugient dans leur portique.
Les résidents d’un immeuble à condos de la rue des Prairies, dans Saint-Roch, sont aux prises avec ces problèmes depuis que des personnes sans domicile fixe se réfugient dans leur portique.

Des itinérants dérangent les résidents d'un immeuble

Émilie Pelletier
Émilie Pelletier
Le Soleil
Serrures forcées, entrées par effractions et vols. Les résidents d’un immeuble à condos de la rue des Prairies, dans Saint-Roch, sont aux prises avec ces problèmes depuis que des personnes sans domicile fixe se réfugient dans leur portique.

Cédric Lavoie demeure au 936, rue des Prairies depuis six ans. Il siège également au conseil d’administration qui représente les propriétaires d’une soixantaine de condos.

Ce bloc de logements a toujours été «tranquille», se remémore M. Lavoie. La plupart des gens qui y résident sont des couples dans la cinquantaine, des personnes seules et des aînés.

Mais depuis le printemps, l’ambiance a changé, note-t-il. Ce propriétaire d’un condo, qui fait face à Lauberivière, est à même de constater une plus grande présence de personnes sans domicile fixe dans le secteur.

«Nous avons remarqué une grande augmentation des itinérants qui viennent dormir dans notre portique, c’était rare précédemment. Durant ces derniers mois, nous avons eu une augmentation très conséquente des entrées par infractions dans le bâtiment. Problème qui était préalablement inexistant», explique Cédric Lavoie.

«Peur»

Depuis mai, les portes de l’entrée principale ont été réparées à plusieurs reprises, après que les serrures aient été brisées. Les portes de quatre appartements du cinquième étage ont elles aussi été forcées, montrent des photos et des vidéos prises par M. Lavoie.

Cédric Lavoie demeure au 936, rue des Prairies depuis six ans. Il siège également sur le conseil d’administration qui représente les propriétaires d’une soixantaine de condos.

«Avant, on pouvait avoir une dizaine d’itinérants par année dans notre immeuble. Là, on doit en évincer deux, trois par semaine, déplore-t-il. Ils viennent dormir dans nos cages d’escalier, dans notre gymnase, ils envahissent la place.»

Dans une lettre adressée à l’administration Labeaume et dont Le Soleil a obtenu copie, Cédric Lavoie, au nom des copropriétaires de l’immeuble, exprime ses craintes face à la situation qu’il observe entre les murs de chez lui, mais aussi aux alentours du refuge.

«Les policiers nous ont seulement suggéré de renforcer notre porte, ce qui a été fait sans améliorations notoires du problème. Que devons nous faire? Doit-on se munir d’une forteresse pour habiter en basse-ville? Doit-on engager de la sécurité privée 24 heures à nos frais?», peut-on lire.

Face aux plaintes de résidents des condos et pour se «protéger» davantage, Cédric Lavoie mentionne que des travaux de 50 000$ sont prévus à l’automne pour accentuer la sécurité du bâtiment avec un système d’interphone à l’entrée et l’ajout de quatre caméras de surveillance à celles déjà en place.

«J’ai toujours acclamé que la ville de Québec était une ville paisible et sécuritaire. Ce n’est malheureusement plus le cas», écrit-il dans la lettre envoyée à la Ville au début du mois d’août.

«Pas nouveau»

«Un sac de couchage, ça n’a jamais mordu personne, mais c’est encore choquant aux yeux des citoyens de voir des gens dormir dans la rue, encore plus s’ils sont près de chez nous», remarque Éric Boulay, directeur général de Lauberivière.


« Avant, on pouvait avoir une dizaine d’itinérants par année dans notre immeuble. Là, on doit en évincer deux, trois par semaine »
Cédric Lavoie

L’itinérance est en effet plus visible dans la ville de Québec. Mais ce n’est pas nouveau, précise M. Boulay. Difficile toutefois d’attribuer une cause à cette hausse. «Si c’était si simple, on aurait déjà trouvé la solution», mentionne-t-il.

La ville est en croissance, donc le pourcentage de gens à risque augmente aussi. De nouvelles personnes arrivent, se dirigent vers les grandes villes comme Québec pour améliorer leur sort et ça ne fonctionne pas nécessairement, observe le directeur général du refuge de la rue Saint-Paul.

Certains organismes fermés temporairement pendant la crise n’ont pas non plus aidé la situation des gens en difficulté, mais la pandémie de COVID-19 n’est pas la cause principale d’un plus grand nombre de personnes dans la rue, estime-t-il.

«Ce n’est pas la cause, mais évidemment ça vient exacerber le problème. Il ne faut pas oublier qu’ils sont plus visibles dans la rue, alors qu’on est tous confinés chez nous.»


« Un sac de couchage, ça n’a jamais mordu personne, mais c’est encore choquant aux yeux des citoyens de voir des gens dormir dans la rue, encore plus s’ils sont près de chez nous »
Éric Boulay

Déjà à l’été 2019, Lauberivière notait une croissance du phénomène et se voyait contrainte de refuser des pensionnaires. La croissance de l’itinérance observable encore cet été était donc prévisible, aux dires de M. Boulay.

«Depuis le début juillet, on a ajouté 15 lits pour améliorer la situation. Les acteurs sont mobilisés, il y a beaucoup plus de ressources qu’avant, mais le problème grandit à vue d’œil», analyse Éric Boulay.

Bonne nouvelle donc, le nombre de personnes qui se sortent de la rue est également en augmentation.

Lauberivière prévoit déménager ses locaux en janvier. Avec un objectif de 131 lits et de 18 logements, elle pense être en mesure de «répondre à l’urgence». Le bâtiment actuel du refuge compte 101 lits disponibles.

Interventions

En mai dernier, le Service de police de la ville de Québec (SPVQ) a mis sur pied l’équipe Multi, une unité créée pour patrouiller dans les secteurs névralgiques comme Saint-Roch, Saint-Sauveur et le Vieux-Port.

Dans le rapport annuel 2019 du SPVQ, on pouvait lire que l’Équipe Multi verrait le jour «pour se rapprocher de la clientèle et des organismes partenaires du centre-ville» en effectuant de la patrouille pédestre, entre autres.

Depuis, Cédric Lavoie estime avoir constaté une «légère amélioration» de la présence d’itinérants dans l’immeuble à condos où il demeure.

«C’est un problème de longue haleine et on espère que les mesures en place vont donner quelque chose. En attendant, on va de l’avant avec les travaux dans le bâtiment et on souhaite une présence policière accentuée dans le secteur», termine-t-il.