Au cours des cinq dernières années, 58 travailleurs ont été rémunérés sans occuper un poste à la Ville de Québec, selon les informations obtenues par Le Soleil.

Des employés de la Ville de Québec payés sans occuper un poste

À la Ville de Québec, il y a plus d’employés que de chaises disponibles. Ainsi, au cours des cinq dernières années, 58 travailleurs ont été rémunérés sans occuper un poste, a constaté Le Soleil. Et au moins une douzaine de fonctionnaires supplémentaires ont été «prêtés» à d’autres employeurs tout en demeurant sur la liste de paie municipale.

Nous voulions savoir si l’administration de la capitale a dans ses rangs des «tablettés». Nous avons donc posé la question à la direction des communications qui nous a invités à faire une demande en vertu de la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics. Après deux requêtes, l’avocat responsable, Julien Lefrançois, nous a écrit : «Nombre d’employés ayant eu un statut de surnombre entre le 1er janvier 2015 et le 18 novembre 2019 : 58». Du groupe, plusieurs ont finalement été installés devant un nouveau bureau après être demeurés un temps assis entre deux chaises. Mais pas tous : «Cinq employés sont présentement en surnombre.»

Me Lefrançois n’a toutefois pas été en mesure de chiffrer la rémunération totale versée à ces travailleurs excédentaires. Ni de nous dire pendant combien de temps chacun d’eux a conservé son étiquette «surnombre» avant qu’on leur déniche une autre mission.

Tablettés ou pas?

L’appareil municipal use donc du qualificatif «en surnombre» quand vient le temps d’identifier un employé permanent dont le poste a été aboli, mais pour qui il n’y pas de chaise libre. Aussi, David O’Brien, porte-parole de la Ville, nous met en garde fermement : il ne faut pas les affubler du terme tabletté. «Ce ne sont pas des gens tablettés. Ce sont des personnes dont le poste a été transformé qui sont placées sur des tâches de façon temporaire, qui par la suite peuvent être affectées à un autre poste.»

Sans lancer un débat linguistique, citons l’Office québécois de la langue française qui définit ainsi une tablette et un tabletté : «Salarié, souvent de niveau supérieur, qui est écarté de ses fonctions habituelles pour des motifs d’ordre professionnel, personnel ou politique, tout en conservant son traitement et les avantages liés à son statut initial.» D’aucuns pourraient peut-être juger que cette définition sied bien à la mise en «surnombre» d’un fonctionnaire municipal.

Par contre, M. O’Brien insiste sur le fait que ces surnuméraires ont du boulot, qu’on leur attribue un rôle provisoire. Ils ne chôment pas, dit-il.

«[La mise en surnombre] survient lorsque le poste d’origine qu’ils occupent subit un changement et doit être libéré administrativement ou lorsque leur condition médicale ne leur permet plus de remplir certaines tâches», précise-t-il. «Cette réaffectation se fait en regard de leurs qualifications et de leurs limitations médicales selon le cas.»

Il s’agirait donc d’«une mesure temporaire de réaffectation à d’autres tâches, l’objectif étant de replacer rapidement l’employé dans un nouveau poste régulier de façon permanente».

«Prêtés» à d’autres employeurs

Par ailleurs, Me Julien Lefrançois nous a écrit qu’une douzaine d’employés de la Ville ont été «prêtés» à d’autres organisations au cours des cinq dernières années, mais étaient néanmoins rémunérés par la Ville. 

En octobre, Le Soleil évoquait le cas de la directrice de la Division du patrimoine et des relations internationales de la Ville de Québec, nommée professeure invitée à l’Université Laval. Un poste qu’elle occupera durant trois ans, jusqu’à sa retraite, tout en continuant de recevoir son salaire de la mairie.

Elle n’est pas la seule. Me Lefrançois nous a envoyé d’autres exemples. Il y a notamment le directeur du Service de l’aménagement et du développement urbain, Denis Jean, prêté à la Communauté métropolitaine de Québec. Également le directeur de la Division de la qualité de l’eau qui est aussi professeur à la Faculté d’aménagement, d’architecture, d’art et de design de l’Université Laval depuis septembre 2018; un contrat qui se terminera à sa retraite fin 2024.

La douzaine de «prêts» recensés par Me Lefrançois excluent cependant les employés du Service de police, nombreux à être «prêtés», entre autres à des escouades mixtes regroupant plusieurs corps policiers. Nous avons reçu des exemples : deux constables qui bossent comme prof à l’École nationale de police du Québec; un autre constable travaillant pour la Croix-Rouge au Tribunal international pour l’ex-Yougoslavie.

Plus de 4400 permanents

La Ville de Québec a dans ses rangs quelque 7300 personnes : 4427 occupent un poste permanent, 872 un emploi temporaire et 2025 ont un statut occasionnel. Ils occupent l’équivalent de 5116 postes à temps plein. Ils cumulent en moyenne 14,2 années de service.

Près du quart de ces employés réguliers seront admissibles à la retraite au cours des cinq prochaines années; quelque 1050 postes pourraient donc être disponibles.