Les chauffeurs n’ont aucune obligation de porter un couvre-visage à bord de la navette qui les mène jusqu’au point de départ de leur quart de travail
Les chauffeurs n’ont aucune obligation de porter un couvre-visage à bord de la navette qui les mène jusqu’au point de départ de leur quart de travail

Des chauffeurs du RTC sans masque dans leurs navettes... plus pour très longtemps

Isabelle Mathieu
Isabelle Mathieu
Le Soleil
Les chauffeurs du RTC ne doivent accueillir que des passagers masqués. Mais ces mêmes chauffeurs n’ont eux pas l’obligation de porter un couvre-visage lorsqu’ils voyagent à bord des navettes jusqu’à leurs divers points d’embarquement. Une situation qui va changer d’ici la fin du mois.

Lundi en fin d’avant-midi, Serge Ross, chauffeur d’autobus pour Intercar, en a eu assez. Assez de voir les chauffeurs du RTC monter dans son autobus scolaire et passer à 30 centimètres de lui le visage découvert. Assez de jouer à la «police du masque». Assez de se faire répondre par les chauffeurs du RTC qu’ils ne sont pas obligés de porter le couvre-visage. «Dans le dernier voyage, il n’y avait personne qui portait le masque, signale M. Ross. C’est enfantin».

M. Ross a appelé son employeur et a demandé à être relevé. Immédiatement. Sur le coup, il songeait à déposer une plainte officielle à la police. Depuis, il espère au moins que les protocoles vont changer. «C’est juste une question de respect, fait remarquer M. Ross. Ils ne font rien de plus que nous autres, conduire des gens du point A au point B.»

Pas une obligation

Pour une fois, la porte-parole du RTC et la présidente du syndicat des 950 chauffeurs sont du même avis : les chauffeurs n’ont aucune obligation de porter un couvre-visage à bord de la navette qui les mène jusqu’au point de départ de leur quart de travail. «La navette est considérée par l’employeur comme une continuité du lieu de travail et quand le moyen de transport constitue le lieu de travail habituel, il n’y a pas l’obligation de porter le masque, résume Hélène Fortin, présidente du syndicat des chauffeurs. Il n’y a pas de mauvaise foi de nos chauffeurs, on fait seulement suivre les consignes.»

La présidente du syndicat des chauffeurs indique que le port du masque soulève encore beaucoup d’inquiétudes, notamment par rapport à l’oxygénation.

Si l’employeur donne une directive de porter le masque dans les navettes, le syndicat recommandera à ses membres de la suivre, ajoute Mme Fortin.


« C’est juste une question de respect. Ils ne font rien de plus que nous autres, conduire des gens du point A au point B. »
Serge Ross, chauffeur d’autobus pour Intercar

Cette nouvelle consigne viendra le 22 août, confirme Brigitte Lemay, coordonnatrice aux relations publiques du RTC. «Bien qu’aucune problématique n’ait été notée à l’heure actuelle, des discussions étaient déjà en cours avec Intercar, notre fournisseur à qui il appartient de communiquer ses exigences particulières s’il en est, en prévision de l’entrée en vigueur du service d’automne, explique Mme Lemay, en réponse aux questions du Soleil. Davantage de chauffeurs sont en service en même temps sur le réseau à cette période. D’un commun accord, il était donc déjà prévu d’en venir à une obligation du couvre-visage à bord des véhicules de navette le 22 août prochain comme nous savons qu’à ce moment la distanciation sera plus difficile à respecter.»

Des tests de cloisons

Les chauffeurs d’autobus continueront de conduire les autobus du RTC sans masque. Des parois de protection translucides ont été installées entre le chauffeur et les passagers dans tous les véhicules de la flotte.

Il n’y a aucune paroi du genre dans les six véhicules scolaires Intercar qui servent de navette aux chauffeurs du RTC.

Cloîtrer un chauffeur en plein été avec ce type de cloison dans un véhicule scolaire risquerait de le faire «cuire», explique David Gilbert, directeur de la division de Québec chez Intercar. «Il n’y a pas d’air climatisé dans ce type de véhicule et avec la chaleur qu’on a cet été, ça va devenir invivable», estime M. Gilbert. 

L’obligation à venir du port du masque par les chauffeurs du RTC dans les navettes va rassurer les chauffeurs d’Intercar, estime M. Gilbert. «On est un transport privé pour le RTC et non un transport collectif, mais c’est important que nos conducteurs se sentent à l’aise», fait valoir M. Gilbert. 

Intercar testera différentes parois, en collaboration avec le constructeur d’autobus, pour éventuellement équiper ses véhicules scolaires servant au transport des élèves. Avec une cloison protectrice, les autobus pourront accueillir jusqu’à 48 élèves dans les normes de distanciation physique.

Équipement de protection collective à privilégier

L’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité au travail publiait le 31 juillet des recommandations pour la protection des chauffeurs d’autobus.

«Les chauffeurs d’autobus sont plus à risque d’être exposés au coronavirus responsable de la COVID-19 que la population générale compte tenu de la nature de leur travail, et le seront d’autant plus lors de la reprise progressive des activités. Un nombre important de passagers véhiculés durant un quart de travail augmente la probabilité de croiser un ou plusieurs porteurs du virus asymptomatiques ou dont les symptômes de COVID-19 ne sont pas très intenses», écrit l’Institut.

Les moyens de protection collective, comme les cloisons anticontact, doivent être privilégiés aux équipements de protection individuelle (EPI) lorsque possible, dit l’Institut de recherche.

On ajoute que cet élément de protection collective ne se substitue pas aux autres mesures de prévention comme le fait de demander aux passagers de ne pas rester dans la zone du chauffeur, de respecter la distanciation physique au mieux dans le bus, de se laver les mains avant de monter dans l’autobus, de porter un masque barrière, etc.

Depuis le 27 juillet, après une période de transition de deux semaines, le port du masque est obligatoire pour les passagers de 12 ans et plus dans tous les moyens de transport en commun au Québec.