Des camionneurs en colère

La guerre que se livrent les associations de camionneurs du vrac pour l’accès aux chantiers gouvernementaux s’est transportée sur les routes du Québec, lundi. Dans la capitale, les membres de l’Association nationale des camionneurs artisans inc. (ANCAI) ont pris d’assaut la colline Parlementaire et abusé du klaxon pour dénoncer la place prise par les camionneurs indépendants.

Le ministère des Transports du Québec (MTQ) a ouvert le marché du vrac à la concurrence en 2012. Il a tout de même réservé un minimum de 50% des contrats à l’ANCAI, qui rassemble quelque 5200 camionneurs avec permis de vrac ainsi que les courtiers faisant la répartition sur les différents chantiers.

Six ans plus tard, les camionneurs artisans ont décidé de manifester bruyamment leur opposition aux abords des centres de services du MTQ, près du mégachantier de l’échangeur Turcot et autour du parlement. 

Le directeur général de l’ANCAI affirme que le feu couve depuis tout ce temps et que ses membres en ont maintenant ras-le-bol. Gaétan Légaré fait aussi valoir que les règles auxquelles sont soumises les firmes de courtage à la Commission des transports du Québec (CTQ) préviennent la fausse facturation et les malversations financières. 

Michel Lorent, directeur général du Regroupement des entrepreneurs et camionneurs indépendants du Québec (RECIQ), une association concurrente, pense plutôt que l’ANCAI réagit à la demande d’ouvrir encore davantage le marché dans les grands centres que sont Montréal, Québec, Trois-Rivières et Gatineau. Affirmant que les camions manquent, les indépendants veulent avoir accès à 70% des contrats. «Il faut débloquer là où sont les gros chantiers», dit M. Lorent, prêt à respecter la règle actuelle du 50-50 en région. 

Table de discussion

Ces questions sont abordées actuellement à une table de discussion mise sur pied par le ministre des Transports. André Fortin tient d’ailleurs à ce que les négociations s’y déroulent et s’étonne de la sortie de lundi. 

«On ne manifeste pas contre une décision du gouvernement, une décision qui est déjà prise. Et on ne manifeste pas contre quelque chose qui s’en vient non plus parce qu’on n’a pas l’intention de changer le système actuel qui leur donne aux camionneurs artisans une garantie d’un certain pourcentage de travail sur tous les chantiers du ministère», a-t-il répliqué. 

Le politicien rejette aussi l’argument de la fraude, qui ne lui apparaît pas fondé. «On est en lieu de croire que tout se passe selon les règles de l’art dans ce système, mais il faut toujours demeurer vigilant», dit-il.