Régis Labeaume

Densification: Labeaume dénonce les «dérapages» des opposants de Sillery

Le maire de Québec a dénoncé lundi le «dérapage» des citoyens de Sillery qui s'élèvent contre la densification dans leur quartier et qui, selon lui, intimident les conseillers municipaux, les entrepreneurs et leurs futurs voisins. Il exige que le conseiller Paul Shoiry calme «sa gang».
<p>La densification dans Sillery soulève la grogne de certains citoyens. Le maire a parlé hier de situations qui lui ont été rapportées dans le secteur de la rue Dickson et qui ont soulevé son indignation. </p>
La question de la densification à Sillery a occupé une bonne partie des discussions au conseil municipal, lundi. Avant la séance, le maire a rapporté des situations qui ont été portées à ses oreilles dans le secteur de la rue Dickson, et qui ont soulevé son indignation.
«Ce sont des gens qui parlent de développement respectueux. Ces mêmes gens-là ont dit à un de nos conseillers qu'on devait lui parler comme [on parle au] caporal Lortie. On a traité les élus de cinquième année B en architecture. Ils engueulent les travailleurs des chantiers. Ils enguirlandent les visiteurs, les acheteurs potentiels et les nouveaux arrivants. Il y en a qui se sont fait invectiver par leurs nouveaux voisins. Ils vont sur leur terrain, ils prennent les photos», a illustré le maire.
Un entrepreneur est sur le point de porter plainte à la police contre des citoyens qui ont posé des gestes inappropriés, a-t-il rapporté.
«Je pense qu'on est dans une dérape totale, dans une fixation totale. Je pense qu'on dépasse les bornes. Il n'y a plus rien de rationnel là-dedans. [...] Ces gens-là n'ont plus de bon sens. Il y a des limites. Qu'est-ce qui se passe dans cette rue-là et dans deux, trois rues de Sillery? Moi, je vais vous dire une affaire : il y a des gens à Sillery qui sont gênés et qui ont honte de ça. C'est assez spécial, ça se peut pas.»
Il demande maintenant au conseiller de Sillery, Paul Shoiry, de «mettre de l'ordre dans sa gang».
Appelé à réagir, M. Shoiry a affirmé ne pas comprendre les récriminations du maire. «Les citoyens font les représentations qu'ils choisissent. Je n'ai pas été témoin de [dérapages]. Je suis très surpris de ces déclarations, je ne suis pas courant. Je ne sais pas de quoi il parle.»
Le conseil municipal a adopté lundi soir un règlement plus strict sur les démolitions qui font place à de nouvelles constructions. Le règlement oblige les entrepreneurs à respecter l'alignement d'un nouveau bâtiment et la hauteur du rez-de-chaussée par rapport aux maisons voisines, encadre les matériaux utilisés et vise la préservation des arbres.
Une consultation publique menée avant le conseil a d'ailleurs donné lieu à des échanges houleux entre la vice-présidente du conseil exécutif, Julie Lemieux, et les nombreux citoyens réunis. «Il faut laisser l'architecture évoluer», a répliqué Mme Lemieux à plusieurs résidents de Sillery insatisfaits, qui ont dénoncé vivement le design contemporain des nouvelles constructions.
«Êtes-vous en train de me mépriser?» a lancé la blogueuse Annie Cloutier à la conseillère. Johanne Elsener, du regroupement Québec Arbre, et Michel Fournier, du Comité pour une densification respectueuse, ont tous deux demandé une plus grande protection des arbres.
La discussion s'est poursuivie au conseil, où des citoyens sont venus exprimer leurs réticences, demandant plus de consultations et l'imposition d'un moratoire. 
Ce règlement doit s'appliquer sur tout le territoire, y compris à Sillery, a rappelé Mme Lemieux. Les citoyens seront de nouveau consultés au moment de la révision du schéma d'aménagement de la Ville. «Ce qu'on adopte aujourd'hui, c'est quelque chose de transitoire pour calmer certains irritants.» 
Mais le maire Labeaume est convaincu que les citoyens de ce quartier ne seront jamais satisfaits, malgré tout. Selon lui, ils aimeraient avoir le loisir de choisir ce qui sera construit près de chez eux.
Les élus de Démocratie Québec ont voté en faveur de l'adoption du règlement, avec certaines réserves. Ils auraient aimé qu'un amendement soit apporté pour resserrer encore les critères, mais celui-ci a été battu. 
Avec Guillaume Piedboeuf