Chandelles et mots de sympathie figuraient en grand nombre devant l'Assemblée nationale.
Chandelles et mots de sympathie figuraient en grand nombre devant l'Assemblée nationale.

Dénoncer les violences pour sauver plus de femmes [PHOTOS]

Isabelle a puisé dans sa réserve de courage pour témoigner des blessures infligées par son conjoint. Elle l’a fait pour Marylène Lévesque, et pour toutes les victimes avant elle. Isabelle avait un message pour les prochaines survivantes : «demandez de l’aide, il y en a peu, mais il y en a».

La femme qui a eu son congé de l’hôpital il n’y a pas si longtemps a pris la parole jeudi lors de la vigile contre les féminicides organisée devant l’Assemblée nationale par le Regroupement des groupes de femmes de la région de la Capitale-Nationale.

«Je commence à m’en sortir physiquement, émotivement je vais rester blessée. Je vais apprendre à vivre avec ça toute ma vie. On est des victimes et le “après” est toujours là. Il va rester présent toute notre vie, on manque de ressources et d’aide pour cette partie-­là. La peur est toujours là, je ne l’avais pas avant», exprime Isabelle avec beaucoup d’émotion. 

Elle aurait pu y rester, elle a trouvé la motivation nécessaire pour se relever grâce à Violence Info, une intervenante était d’ailleurs avec elle jeudi pour la soutenir. Nathalie Igonene estime d’ailleurs que les besoins sont trop grands et les ressources, peu nombreuses.

«J’ai été bénie d’avoir cette aide-là. Je ne serais pas ici sinon. C’est un cri d’alarme qu’on veut lancer. Quand il y a de la violence, c’est inacceptable, il faut l’exprimer, il faut le dire et ne pas se gêner. Les femmes hésitent avant de demander de l’aide, il faut le dire. Ça brise des vies, celle de tout le monde autour de toi. Ton entourage ne veut pas te voir souffrir», ajoute Isabelle, qui est à la fois maman et grand-maman.

La vigile avait lieu une semaine après le violent assassinat de Marylène Lévesque dans une chambre d’hôtel de Sainte-Foy. L’homme accusé de son meurtre est Eustachio Gallese, il avait déjà tué sa conjointe en 2004. 

Les proches de Marylène ont participé à la vigile en son honneur, jeudi.

Pas une de plus

«Pas une de plus», c’est ce que plusieurs dizaines de personnes, femmes et hommes, ont crié à plusieurs reprises devant l’Assemblée. En plus d’Isabelle, le comité femmes immigrantes, la Maison de Marthe et une participante du projet LUNE ont prononcé quelques mots. Cette dernière a elle aussi livré un témoignage touchant.

«Se faire dire “c’est normal de te faire agresser, t’es une pute”. Il y a quelques années j’ai été violée par trois clients, des militaires en qui j’avais toute confiance. J’ai pris mon courage à deux mains et j’ai porté plainte. [...] Jamais ma plainte n’a donné de suite», raconte Cynthia Racine, ancienne travailleuse du sexe. 

Lors du dépôt de sa plainte, elle a préféré dire qu’elle était prise dans une affaire de drogue qui a mal tourné, elle avait honte. «C’est difficile d’être jugée. Avec le projet LUNE, on défend la décriminalisation du travail du sexe, c’est notre solution pour aider à ce qu’il y ait moins de femmes en danger. [...] Elles pourront recevoir des services sans avoir peur de déclarer leur métier.»

Après une minute de silence observée en mémoire des femmes victimes de la violence de leur conjoint ou ex-conjoint, les participants ont allumé des lampions. 

Le Regroupement des groupes de femmes exige des actions des gouvernements, une lettre avec de nombreuses signatures sera envoyée à la ministre responsable de la Condition féminine, Isabelle Charest.

Mme Igonene espère d’ailleurs que le plan d’action contre la violence conjugale que doit réaliser la ministre offrira de vraies solutions.

«C’est en brisant le silence, en nous mobilisant et en exigeant du gouvernement des mesures concrètes et urgentes pour lutter contre toutes les formes de violence envers les femmes que nous pourrons faire cesser les féminicides», ont répété les organisatrices.

SOS Violence conjugale 

www.sosviolenceconjugale.ca 

1 800 363-9010