Déneigement: la Ville de Québec mise sur la fréquence du grattage

Jean-François Néron
Jean-François Néron
Le Soleil
La Ville de Québec augmentera dès cette saison la fréquence de grattage des trottoirs et du réseau routier entretenus en régie. C’est la priorité des priorités qui se dégage de la nouvelle politique de déneigement maintenant connue sous le nom de politique de viabilité hivernale.

Même si le nouveau vocable n’en fait pas mention, c’est bien de déneigement dont il est question avec cette politique issue de consultations menées depuis 2018 avec les citoyens, divers organismes et des représentants de l’industrie. 

«C’est le résultat de plusieurs mois de travail. C’est une politique progressive, mieux adaptée aux réalités de chaque quartier, dont les premiers effets se feront sentir dès cet hiver», explique le conseiller Jérémie Ernould, responsable des travaux publics, qui se donne trois ans pour la même en application dans tous les secteurs de la Ville.

Priorité aux trottoirs

Chaque hiver, la piètre qualité du déblaiement des trottoirs fait l’objet de nombreuses plaintes. La Ville veut y remédier en augmentant la fréquence de grattage. «On va gratter plus souvent. Les chenillettes vont sortir plus tôt, à 3 cm plutôt que 5 cm,  pour éviter qu’une couche de neige se forme», explique Simon April, directeur par intérim de la division de l’entretien des voies de circulation.

De plus, 100% des trottoirs seront déneigés plutôt que 75% comme actuellement. Seuls ceux qui présentent des contraintes techniques resteront enneigés pendant les précipitations.

Aussi, plusieurs trottoirs classés en priorité un seront grattés au béton, dont 50% des cheminements scolaires et des parties du centre-ville. D’ailleurs, la classification passe de trois à deux niveaux de priorité. Certains trottoirs grimpent d’un échelon avec la nouvelle classification.

Enfin, la Ville introduit le critère de la vulnérabilité de la clientèle, et non seulement d’achalandage, pour classer un trottoir dans la catégorie un. Le manque d’accessibilité aux personnes âgées, handicapées et aux enfants, est une critique souvent formulée.

L’accessibilité aux cyclistes sera aussi améliorée. D’ici trois ans, la Ville souhaite entretenir une cinquantaine de kilomètres de pistes cyclables. Dès cet hiver, celles dans les axes Père-Marquette et  Pierre-Bertrand entre Desrochers et Lebourgneuf seront déneigées.

7,5 cm plutôt que 10

Les automobilistes ne sont pas en reste. Le déclenchement des opérations d’enlèvement de la neige sera donné à 7,5 cm plutôt que 10 cm sur les artères commerciales entretenues en régie: Maguire, Cartier, Saint-Joseph (de Dorchester à Du Pont), Saint-Jean (à partir de Salaberry) et Saint-Paul.

À terme, la politique compte également améliorer la pratique de soufflage dans les quartiers résidentiels, qui consiste à pousser la neige de façon optimale sur le côté pour limiter les dégâts sur les terrains des résidents et réduire le temps d’interdiction de stationnement. Le projet-pilote mené la saison dernière a connu des résultats mitigés, mais mérite de se poursuivre dans certains quartiers.

Résultats mitigés

Une autre expérience menée est le déneigement en alternance, surtout dans les quartiers centraux, pour améliorer l’offre de stationnement «près de chez-vous» pendant les opérations d’enlèvement de la neige. Les résultats ne sont pas ceux espérés. Par exemple, les délais de déneigement sont plus longs et créent de l’insatisfaction. La Ville devra identifier les endroits où il y a un gain réel. D’autres avenues pourraient être envisagées.

Enfin, le projet-pilote de déblaiement des abribus prend fin puisque les usagers n’ont constaté aucune amélioration.

Plus d’argent

Ces améliorations ont un coût. Le conseiller Ernould prévoit une hausse du coût d’entretien annuel de 6,8 millions $. Cette somme s’ajoute au budget de 61,6 millions $. La Ville devra aussi faire l’acquisition de 20 chenillettes supplémentaires et de 500 nouveaux feux de déneigement pour 8 millions $.

La Ville débute les améliorations sur les travaux faits en régie pour éviter de rouvrir des contrats déjà octroyés. Pour l’heure, Québec entretient 54% du réseau alors que 46% sont sous la responsabilité du privé.

En février, la Ville de Québec allongeait 103 000 $ pour réaliser une étude économique et financière sur l’évolution de l’industrie du déneigement. Elle déterminera les principaux enjeux liés à la transformation de l’industrie du déneigement. À l’automne 2019, la Ville observait une explosion des coûts des soumissions avec une hausse moyenne observée de 19 % pour 11 des 45 zones déneigées par des entrepreneurs. 

Les résultats de l’étude seront connus en octobre. D’ici là, la Ville ne démontre aucune intention ferme de reprendre plus de contrats en régie étant donné la montée des prix. Il faut dire que les hausses subies en 2020 sont moindres qu’à l’automne 2019.

Les citoyens ont jusqu’au 28 septembre pour participer à la période de consultation en ligne. Les citoyens sont invités à déposer leurs commentaires sur le projet de politique de viabilité hivernale à l’adresse suivant: https://participationcitoyenne.ville.quebec.qc.ca/