«Le déménagement, c'est une aberration», a dit le chef Daniel Vézina, à propos du marché du Vieux-Port.

Déménagement du marché du Vieux-Port: des commerçants en colère

Ils sont de Limoilou, de la rue Saint-Jean et même de Sillery, ils sont inquiets et ils sont en colère. Plusieurs commerçants de la capitale se sont joints lundi à la Coalition pour le Marché du Vieux-Port afin de dénoncer en conférence de presse l'éventuel déménagement du marché vers ExpoCité.
Ces commerçants ont reçu un appui de taille de la part du chef du restaurant Laurie Raphaël et animateur de l'émission L'effet Vézina sur Zeste Télé, Daniel Vézina, qui a également mis son grain de sel dans le débat. «J'y achète depuis 40 ans. Les nombreux restaurants qu'il y a autour ont besoin du Marché du Vieux-Port et je suis prêt à me battre pour ça. Mon fils est chef lui aussi et j'y suis allé avec lui. J'aimerais bien pouvoir y aller avec mon petit-fils. Le déménagement, c'est une aberration. C'est comme si tu m'arrachais un bras, comme si tu me coupais une jambe», a-t-il illustré.
«Ça prendrait seulement le tiers du budget de 25 millions $ au Vieux-Port et on aurait un marché magnifique. Quand je vais dans un marché dans le monde, je ne veux pas avoir la vue sur une soucoupe volante, je veux une vue sur le fleuve», a poursuivi le chef en faisant référence au Centre Vidéotron.
Le porte-parole de la Coalition, Jean Rousseau, avait en main depuis quelques jours une étude d'opportunités sur la relocalisation du Marché. L'étude avait été menée par Desjardins Marketing Stratégique en août 2015 pour la Coopérative des horticulteurs de Québec. 
La Coalition estime que cette étude, sur laquelle se serait appuyée la Ville de Québec pour annoncer l'investissement de 25 millions $ dans le projet, ne tient pas la route. «Les chiffres ne sont pas les plus probants, l'échantillon est petit et la marge d'erreur est grande», a fait remarquer M. Rousseau au sujet du document dont la conclusion est qu'un marché situé à ExpoCité pourrait recevoir de 1,44 à 1,93 million de visiteurs par année, une hausse de 10 % à 48 % sur l'achalandage actuel du Marché du Vieux-Port. «Les scénarios mis de l'avant sont très fragiles. On est dans un acte de foi.»
Il ajoute que les travailleurs et commerçants du Marché, qui étaient absents de la conférence de presse, souhaitent eux aussi que le marché public demeure au Vieux-Port de Québec. «On va vous arriver avec des éléments d'ici le printemps pour montrer que les commerçants ne sont pas d'accord eux non plus avec le déménagement.»
Marc Engel, propriétaire de l'épicerie fine La Réserve, dans Limoilou, abondait dans le même sens, indiquant que les commerçants du Marché du Vieux-Port n'osaient pas se prononcer contre le déménagement par peur des représailles.
Malgré les failles qu'il a trouvées dans l'étude de Desjardins, Jean Rousseau n'a toutefois pas hésité à en citer quelques passages qui démontrent, selon lui, que l'installation d'un marché public à ExpoCité ne serait pas une bonne chose. «L'étude indique que 69 % des clients potentiels iraient une fois par mois et moins, dont 24 % jamais et 23 % d'une à trois fois par année seulement», a-t-il signalé, ajoutant qu'on pouvait aussi constater que les grands événements du Centre Vidéotron n'auraient aucune synergie avec le nouveau marché.
Un futur «centre d'achat»
Mais au-delà d'une étude imparfaite, ce sont des commerçants inquiets et en colère qui se sont exprimés. «Avec 20 commerces d'alimentation et 30 commerces d'autre acabit, ce n'est pas un marché public, c'est un centre d'achat qu'on est en train de construire. Ce n'est pas vrai que je vais me payer de la compétition dans ma cour avec mes taxes», a lancé Nathalie Audet, propriétaire de l'épicerie fine L'Ère du Vrac.
«Moi, j'ai traversé une période difficile qui a failli me mettre en faillite quand on nous a imposé des parcomètres sur la rue Maguire», a déclaré Michel Langlois, propriétaire de l'épicerie Roset, à Sillery. «Et on nous annonce que le stationnement sera gratuit au nouveau marché qui viendra nous compétitionner?»
Clément Saint-Laurent, propriétaire de l'épicerie J.A. Moisan, a quant à lui déploré les hausses de taxes imposées aux commerçants qui serviront selon lui à financer ce mégamarché. «On va revenir aux années 60 alors qu'on multipliait les centres d'achat en milieu urbain», a-t-il ajouté.