L’administration Labeaume envisage un déficit potentiel cumulé de 215 millions $ en 2020 et 2021.
L’administration Labeaume envisage un déficit potentiel cumulé de 215 millions $ en 2020 et 2021.

Déficit anticipé de 215 millions $ à la Ville de Québec

La crise de la COVID laisse présager le pire pour les finances de la Ville de Québec. L’administration Labeaume envisage un déficit potentiel cumulé de 215 millions $ en 2020 et 2021. Si des coupes sont à prévoir dans l’appareil municipal, le maire jure qu’il ne refilera pas la facture aux citoyens et annonce déjà un gel des taxes pour 2021.

«La réalité nous rattrape», a lancé Régis Labeaume dans une adresse faite lundi tout juste avant la séance du conseil municipal. L’annonce d’un déficit contrastait avec celle faite en milieu d’après-midi pendant laquelle le maire informait la population que la Ville avait dégagé un surplus de 36,3 millions $ en 2019. 

En 2020, la Ville appréhende un déficit entre 40 et 65 millions $ pour l’administration municipale et entre 25 et 35 millions $ pour le Réseau de transport de la Capitale (RTC). Au pire, le déficit municipal pourrait atteindre 100 millions d’ici la fin 2020. En 2021, les déficits incluant le RTC pourraient atteindre 115 millions $, pour un grand total de 215 millions $ inscrit à l’encre rouge.

Le maire insiste sur le fait que le déficit de 2020 devra être épongé d’ici décembre. Techniquement, les villes ne peuvent faire un déficit. Il explique qu’il serait toujours possible d’envoyer une taxe supplémentaire aux citoyens et refaire un budget équilibré comme l’oblige la loi. Mais il s’y refuse.

«Les déficits ne seront pas comblés par des augmentations de taxes importantes», promet-il. C’est un geste de solidarité qui est nécessaire pour dire qu’on partage l’ensemble des difficultés des citoyens. Dans ces circonstances, j’annonce que le compte de taxes 2021 de la ville sera gelé et ne comportera pas de hausse de taxes [résidentielles et commerciales].»

Le seul élément à l’avoir fait hésiter est qu’il ne voulait pas que la décision soit perçue comme «électoraliste». Bien qu’il y aura des élections municipales en 2021, il soutient ne pas avoir pensé s’il se représentera ou pas.

M. Labeaume croit pouvoir éponger le déficit de l’administration 2020 estimé entre 40 et 65 millions $ en demandant au «Dr. Monty», Luc Monty, directeur général, de faire des «coupes chirurgicales» sans pour autant amputer des services au citoyens. 


« Les déficits ne seront pas comblés par des augmentations de taxes importantes. C’est un geste de solidarité qui est nécessaire pour dire qu’on partage l’ensemble des difficultés des citoyens. Dans ces circonstances, j’annonce que le compte de taxes 2021 de la ville sera gelé et ne comportera pas de hausse de taxes »
Régis Labeaume

Cependant, il estime aussi que le gouvernement du Québec devra éponger la portion du déficit lié au transport en commun, qui a poursuivi ses activités parce qu’il était considéré comme un service essentiel. En 2020, ce déficit pourrait varier entre 25 et 35 millions $. En avril uniquement, le Réseau de transport de la Capitale a connu une baisse d’achalandage de 85 % et anticipe une baisse de 65 % en mai.

La hauteur du déficit est tributaire de la vitesse de la relance économique, nuance M. Labeaume. Et ça, personne ne peut savoir. Du même souffle, il se réjouit d’avoir sous la main 84 millions $ en surplus et pour «éventualités» afin d’éponger une partie des déficits anticipés, «On se demandait c’était quoi une éventualité. Eh bien, c’est la COVID. Évidement, on ne voudrait pas flamber tous nos surplus pour 2021», avertit-il, sans pouvoir dire quelle proportion de cette somme fera l’objet d’une ponction.

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SURPLUS DE 36,3 MILLIONS $ EN 2019

La Ville de Québec termine 2019 avec un surplus de 36,3 millions $ sur un budget dont les dépenses s’élèvent à 1,496 milliard $. 

La Ville a connu une année 2019 rentable, notamment grâce à la valeur des permis de construction et de rénovation délivrés qui a atteint 1,5 milliard de dollars en 2019, en hausse de 14 % par rapport à l’année précédente. Cette progression s’observe autant dans la construction résidentielle que non résidentielle. Près de 60 %, des permis ont été délivrés pour de la construction et des rénovations non résidentielles.

Les mises en chantier ont augmenté de 29 % l’an dernier, une hausse provenant de tous les segments du marché résidentiel: propriétés unifamiliales, copropriétés et immeubles locatifs. La construction locative occupe d’ailleurs une large part de l’activité de construction résidentielle et a connu une seconde année de forte croissance de 31 %. Les marchés des condominiums et des propriétés unifamiliales ont aussi connu une augmentation respective de 35 % et de 19 %. C’est un revirement de situation par rapport à 2018 où le nombre de mises en chantier de propriétés unifamiliales avait chuté de 9 %, tandis que celui des copropriétés reculait de 85%.

À cette effervescence immobilière retrouvée, il faut ajouter les revenus de droits sur mutations immobilières de 40,3 millions $, un écart favorable de 7,8 millions $ (24,0%) sur les prévisions budgétaires.