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Le CHUL à Québec
Le CHUL à Québec

Débordements à l’urgence du CHUL: «C’est dangereux!» 

Élisabeth Fleury
Élisabeth Fleury
Le Soleil
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La fermeture de deux cliniques désignées évaluation (CDÉ) COVID-19 dans la Capitale-Nationale à la fin juin, couplée au manque d’effectifs infirmiers, créent une pression intenable sur l’urgence du CHUL. La salle d’attente est bondée de patients qui peuvent parfois attendre jusqu’à trois heures avant d’être vus au triage. Las d’attendre, des patients finissent par rebrousser chemin. «C’est dangereux, il pourrait se passer quelque chose!» craint-on sur le terrain.

Lundi soir, une soixantaine de patients se trouvaient dans la salle d’attente de l’urgence du CHUL, du jamais vu en période estivale. Au total ce jour-là, pas moins de 270 patients ont franchi les portes de l’urgence de l’établissement du boulevard Laurier.

Mardi, sur les 162 patients ambulatoires inscrits à l’urgence, environ la moitié est repartie avant de voir un médecin.

À au moins deux reprises depuis le début de la semaine, les admissions ont dû être interrompues un certain temps. Au cours des derniers jours, des salles de consultation, où les patients sont redirigés pour être évalués par un médecin, ont été «bloquées» par des patients qui auraient dû être sur civière, nous a-t-on rapporté.

Le problème? Le manque d’infirmières, que la pandémie a épuisées. Plusieurs sont parties, soit en maladie, soit en vacances, soit sur une autre unité ou vers de meilleurs cieux. Résultat: celles qui restent font temps supplémentaire par-dessus temps supplémentaire et se brûlent à leur tour. 

«Donc elles s’en vont, donc il en reste encore moins, donc [celles qui restent] font encore plus de temps supplémentaire, donc elles sont encore plus épuisées, c’est comme une spirale sans fin. On voit notre contingent d’infirmières baisser, on voit des infirmières d’expérience qui partent. Les délais sont plus longs, les triages sont plus longs...» témoigne une source qui a requis l’anonymat par crainte de représailles. 

Selon cette source, la situation était déjà problématique il y a deux ou trois mois, mais la fermeture de deux CDÉ a été «la goutte d’eau qui a fait déborder le vase». Seule la CDÉ de l’Hôpital du Jeffery Hale accueille encore des patients qui présentent des symptômes d’allure grippale ou compatibles avec la COVID-19. 

Résultat: comme les patients fiévreux, qui toussent, qui sont essoufflés ou qui ont des symptômes gastro-intestinaux ne peuvent toujours pas être vus en clinique médicale, ils doivent se rabattre sur les urgences. Celle du CHUL est littéralement prise d’assaut, notamment par des enfants malades. 

«Ce n’est pas acceptable comme situation. Ça n’a pas de bon sens d’attendre ces délais-là, pour les standards qu’on est habitués de voir au CHU de Québec. C’est dangereux, il pourrait se passer quelque chose. […] Les patients attendent beaucoup avant d’être évalués, et ils peuvent se décourager et rentrer chez eux», dit notre source sur le terrain. 

Selon elle, le raisonnement derrière la fermeture des CDÉ est «complètement fou». «On s’est dit: il n’y a plus de COVID, donc on va fermer les CDÉ. Mais il y encore plein de suspicion de COVID [fièvre, toux, diarrhée, essoufflement…] Ils ont fermé les CDÉ sur une prémisse qui était fausse, qu’il n’y avait plus de COVID et que donc les patients allaient pouvoir être vus par les médecins de famille. Euh non, ils ne le peuvent pas! […] Les gens s’excusent de venir à l’urgence, ils nous disent qu’ils ou que leur enfant ne pouvaient pas être vus à la clinique...»

Le porte-parole du CHU de Québec ne s’en cache pas: la situation est particulièrement difficile à l’urgence du CHUL. 

«C’est même pire que les achalandages pré-COVID. Ça s’explique entre autres par la fermeture des cliniques tièdes, qui amène un achalandage de clientèle pédiatrique ambulatoire qui n’est pas vue en première ligne parce qu’elle présente des symptômes apparentés à la COVID», confirme Jean-Thomas Grantham.

Le manque de main-d’oeuvre est aussi en cause, en plus des protocoles COVID, qui ralentissent beaucoup le triage, explique M. Grantham. «Ça prend minimum deux fois plus de temps en raison de la désinfection entre les deux patients, et si c’est un patient tiède, il y a en plus l’équipement de protection à ajouter. […] Même au niveau du pré-triage, c’est très, très long actuellement.»

Les solutions? Le porte-parole du CHU de Québec invite d’une part la population à composer le 811 avant de se présenter à l’urgence, tous les cas ne nécessitant pas toujours d’y être vus. 

«De notre côté, c’est sûr qu’on a un aspect planification à faire, avec notamment les services ambulanciers, pour diminuer au maximum la pression. Sur le plan de la main-d’oeuvre, on va chercher du renfort d’autres unités […]. Il y a aussi toute la question de la gestion de la pratique clinique et de la trajectoire du patient [dans l’hôpital] qu’on planifie pour essayer de désengorger l’urgence au maximum», énumère M. Grantham, tout en convenant que ces mesures ne sont peut-être pas suffisantes actuellement pour gérer le flux exceptionnel de patients. 

Si les cliniques médicales ne peuvent recevoir de patients qui présentent des symptômes qui s’apparentent à ceux de la COVID-19, c’est en raison des directives édictées par le ministère de la Santé, qui a aussi ordonné la fermeture des CDÉ d’ici le 6 septembre. 

Le Soleil a questionné le ministère de la Santé et le CIUSSS de la Capitale-Nationale sur la situation vécue dans les urgences, mardi, mais n’avait pas obtenu de réponses au moment de mettre en ligne ce reportage. 

Sur Twitter mardi soir, le ministre de la Santé, Christian Dubé, a indiqué qu’il avait participé dans la journée à une réunion sur les urgences, «éprouvées plus que jamais» parce que la pénurie de main-d’oeuvre «fait mal». La rencontre virtuelle a eu lieu avec les pdg du réseau, qui «sont bien placés pour parler de solutions à court terme», a écrit le ministre Dubé.