Le Soleil a pu monter exceptionnellement, samedi soir, sur le «UMA 21», le bateau de sécurité utilisé pendant les Grands Feux. Notre journaliste vous raconte la soirée d’opération et toute la logistique qui entoure un évènement comme les Grands Feux.

Dans les coulisses des Grands Feux

EXCLUSIF / Lorsque mon patron m’a parlé de l’assignation, la première chose qu’il m’a demandée : «As-tu le mal de mer?» Je lui ai répondu «normalement non», puis quand il m’a dit que j’allais monter sur le bateau de sécurité, je me suis dit ok, ça doit être un gros bateau, ça va être une super expérience. Au coeur de l’action et une vue incroyable sur le feu d’artifice.

Mais le UMA 21 n’est pas un gros bateau.

C’est une petite embarcation spécialement conçue par Croisières Lachance pour des interventions rapides et des manœuvres qui demandent de la souplesse et de l’agilité à la fois pour le bateau et le pilote. S’il y a un problème pendant la soirée, le UMA 21 est le premier bateau à intervenir. Ma première réaction lorsque je l’ai vu : «houlala c’est petit». Mais j’ai très vite été rassurée par le directeur des opérations maritimes et de la sécurité des Grands Feux Loto-Québec, Richard Hébert.

«C’est un bateau de sauvetage extrême. Il est fait pour les conditions particulières du fleuve. C’est un bateau dont la coque est extrêmement résistante. Ça bouge beaucoup pour faciliter les manoeuvres, mais ça tient l’eau sans aucun problème.»

Avoir le ventre plein

Équipée de mon gilet de sauvetage, j’embarque donc avec Isabelle Boucher, l’attachée de presse de Pointcomm qui s’occupe des relations publiques des Grands Feux, Jean-Michel Simon notre pilote et Tommy son adjoint.

Jean-Michel est le capitaine de sécurité, il est avec l’équipe depuis 2012. Un agent de sécurité est avec lui. L’agent est chargé d’expliquer aux gens sur les bateaux de plaisance les règles de sécurité lorsqu’ils s’approchent trop ou franchissent la zone interdite. Ça va arriver quelques fois dans la soirée. Il seconde également le capitaine dans les manoeuvres.

Une chose importante avant de monter sur un bateau, avoir bien mangé. Il ne faut surtout pas arriver le ventre vide. Il faut également prévoir de l’eau, des croustilles ou des barres tendres en cas de petits creux, des bottes de pluie si jamais il y a de l’eau dans l’embarcation, un pantalon et une veste coupe-vent et imperméables s’il fait froid.

Par chance, la soirée a été magnifique, pas de vent, belle température. J’ai pu rester en gougoune et en short, et profiter des étoiles dans le ciel et de la superbe vue.

Départ du quai

Avant de quitter le quai, l’équipe de sécurité tient une dernière réunion. En plus du UMA 21, la sécurité sur l’eau compte cinq motomarines dont deux de sécurité Sirois et trois de la Surêté du Québec, quatre zodiacs dont deux de la Surêté du Québec, un de la garde côtière auxiliaire, et un de la sécurité privée, et le Cap-Tourmente de la Garde cotière.

Nous quittons le quai 14 à 20h pour escorter les deux remorqueurs d’Océan vers le quai 25 où se trouve la barge d’où vont partir les 750 kg d’explosifs pour le feu d’artifice. On avance à 50 km/h. Bien installée à l’arrière, la sensation est extraordinaire.

La barge est arrimée à l’un des remorqueurs. Nous sommes à 30 mètres, une vue imprenable sur le dispositif pour la soirée. Nous nous rendons par la suite au milieu du fleuve entre Québec et Lévis.

Le pilote du «UMA 21», Jean-Michel Cimon, et Tommy, son adjoint

Opération délicate pour accoster le remorqueur

950 mètres séparent les quais de Québec et Lévis. La barge ne peut donc pas être ancrée. Des câbles de 30 à 50 mètres sont tendus entre la barge et les deux remorqueurs au milieu du fleuve. La sécurité s’installe aux quatre coins de chaque côté des remorqueurs pour protéger la zone.

Lorsqu’il reçoit le signal, Jean-Michel manoeuvre pour aller chercher deux artificiers sur la barge pour les amener sur l’un des deux remorqueurs. Deux artificiers vont rester sur la barge toute la soirée et dans un bunker pendant le feu d’artifice.

La manoeuvre réalisée par Jean-Michel est délicate : «Il faut s’assurer de se placer le nez dans le courant pour être certain que le bateau ne soit pas affecté par les marées. On se colle du côté du courant sur le bateau. On arrive lentement. L’important, c’est de savoir de quel bord est la marée, et ajuster les moteurs en fonction de la vitesse du courant de la marée pour être stagnant à la hauteur du bateau», explique-t-il.

Si la manœuvre est trop dangereuse, l’opération est annulée. Lorsque la marée est proche de la fin de la descente, le courant va être plus fort et la manœuvre est plus difficile.

Fermeture de la zone de navigation

À partir de 21h30, aucun bateau ne doit entrer dans la zone d’exclusion qui est située à 350 mètres de la barge. On quitte notre coin pour se placer sur les côtés est et ouest pour pouvoir surveiller la ligne des 350 mètres. Du côté de Québec, le Café du monde et du côté de Lévis la lumière bleue sur un immeuble servent de point de repère aux navigateurs. Le bateau de croisière Louis-Jolliet placé à l’est sur la ligne sert également de point de repère.

Le plus difficile pour les agents de sécurité, repérer des embarcations sans lumière comme des kayaks. Jean-Michel patrouille le long de la ligne de sécurité pendant que Tommy scrute l’eau avec une lampe torche.

Rapidement, notre embarcation procède à une première intervention du côté de Lévis, un bateau est trop proche de la zone d’exclusion. Tommy rappelle au pilote qu’il ne doit pas dépasser la ligne bleue. Le temps s’écoule tranquille quand tout d’un coup Jean-Michel accélère pour intercepter un bateau sur le point de dépasser le Louis-Jolliet.

À 22h le feu d’artifice commence. Pendant qu’avec Isabelle, nous profitons du spectacle, nos deux compères gardent un oeil sur les bateaux. Des petits malins essayent toujours de s’approcher. Jean-Michel doit à nouveau intercepter un bateau trop proche de la limite. Il faut faire vite à cause du danger. Alors un plus près de la barge, environ à 300 mètres, nous sentons la poudre des explosifs.

Des plaisanciers pressés

À la fin du feu d’artifice, notre bateau doit contenir les plaisanciers pressés de rentrer chez eux. Avant d’autoriser la navigation, les bateaux de sécurité doivent se placer de chaque côté des remorqueurs comme plutôt dans la soirée pour éviter qu’un bateau franchisse la zone d’exclusion et se prenne dans les câbles.

À 22h30, la navigation est rouverte, mais Jean-Michel et Tommy sont attentifs tant qu’il y a les câbles, aucun bateau ne doit approcher. Trente minutes s’écoulent avant que les artificiers puissent commencer le déminage. Pendant ce temps-là, je profite de la vue et des étoiles dans le ciel.

À 23h30, le déminage est terminé. La barge est ensuite arrimée à l’un des remorqueurs et on dérive vers le quai 25. Peu avant d’être au quai, on va chercher les artificiers qui sont sur le remorqueur pour les amener sur la barge. L’opération est délicate, il y a plus de courant qu’à l’aller.

Avant de nous déposer au quai, Jean-Michel nous offre une petite balade à pleine vitesse et prend un virage pour nous montrer de quelle manière le bateau se comporte. Je n’ai pas de mot assez fort pour dire à quel point c’était trippant.

À minuit, notre aventure est terminée. J’en garderai un souvenir extraordinaire.