COVID-19: des pompiers se sentent en danger

Des pompiers demandent à Québec d’imiter des villes comme Montréal et Gatineau et de cesser les déplacements de pompiers d’une caserne à l’autre pour limiter les risques de contamination au coronavirus.

L’anxiété semble avoir monté d’un cran au sein des 400 pompiers de la Ville de Québec. Certains ont écrit aux médias pour dénoncer le fait que l’employeur comble toujours les remplacement pour cause de maladie ou de poste vacant d’une caserne en utilisant des pompiers rattachés à l’une ou l’autre des 16 casernes de la ville. 

«Les pompiers de la ville de Québec se sentent en danger, écrit un pompier, qui demande à conserver l’anonymat par crainte de représailles. Un pompier contaminé et sans symptômes pourrait facilement contaminer plus de 16 pompiers par caserne sans oublier la famille des autres pompiers.»

Ce pompier affirme qu’il n’est pas rare qu’un pompier, surtout temporaire, fasse du remplacement dans quatre casernes en une seule semaine. 

Le pompier constate que la direction du Service de protection contre l’incendie de Québec (SPICQ) a pris des mesures pour protéger plusieurs personnes en arrêtant les formations, en plaçant les formateurs en télétravail et en demandant aux chefs de faire les communications par téléphone ou FaceTime. 

«Mais pour les pompiers en première ligne, ce n’est pas grave », déplore le pompier, en entrevue au Soleil.

La direction du service pourrait choisir de garder les pompiers dans leur caserne et de faire appel aux pompiers d’un autre peloton pour assurer les remplacements, suggère le pompier. Évidemment, les pompiers en congé seraient alors payés en temps supplémentaire.

L’Association des pompiers professionnels de Québec se dit bien au fait des inquiétudes de ses membres. Pour être en contact constant avec la direction du service de protection contre l’incendie, le président du syndicat Éric Gosselin affirme que le fonctionnement « en silo » par caserne, sur des quarts de travail de 24 heures, n’est pas exclu. « Mais ce n’est pas une mesure parfaite, signale M. Gosselin. Qu’est-ce qu’il a fait le gars, dans ses trois jours de congé? »

Le syndicat dit demander à l’employeur de faire des efforts pour que les pompiers temporaires passent la semaine au complet dans la même caserne.

Le syndicat insiste auprès de ses membres sur des mesures d’hygiène strictes. 

Les casernes doivent être aseptisées à 100% avant chaque quart de travail, dit Éric Gosselin. L’aire de vie est aussi désinfectée et les salles d’entraînement ont été fermées. Les pompiers sont invités à porter leur appareil respiratoire, lorsqu’ils interviennent près du public. « C’est le meilleur moyen de protection, mieux qu’un masque n-95 », note M. Gosselin.

La direction du Service de protection contre l’incendie de Québec a répondu à notre demande d’entrevue par un courriel. Le SPCIQ dit évaluer les impacts des mesures prises au jour le jour. «Parmi ces impacts, le Service doit prendre en considération les effets qui pourraient survenir en isolant les pompiers dans leur caserne respective pour le temps supplémentaire, écrit Marie-Claude Brousseau, directrice des communications en sécurité publique. Ceci pourrait avoir pour conséquence l’épuisement physique et psychologique de notre personnel, tant pour le volet opérationnel qu’administratif.»

Selon Mme Brousseau, il serait «hasardeux» de comparer Québec avec le Service de protection contre l’incendie de Montréal, qui compte 2400 pompiers et un réseau de 67 casernes. Un pompier montréalais a été testé positif à la COVID-19 il y a quelques jours et deux casernes ont dû être désinfectées. À Montréal, syndicat et patron ont opté pour que les pompiers travaillent sur un horaire de 24 heures. Durant la crise, chaque caserne fonctionnera de façon individuelle, sans remplacement, en s’appuyant sur le temps supplémentaire.

«Selon l’évolution de la situation, des ajustements seront apportés, s’il y a lieu, assure Mme Brousseau du SPCIQ. Jusqu’à présent, la formule mise en place confère les résultats attendus.»