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Le centre de plein air Empire 47 souhaite développer sur le versant ouest de la station de ski Stoneham un centre récréotouristique pour amateurs de vélos de montagne et de ski hors-piste.
Le centre de plein air Empire 47 souhaite développer sur le versant ouest de la station de ski Stoneham un centre récréotouristique pour amateurs de vélos de montagne et de ski hors-piste.

Course contre la montre pour une forêt de Stoneham

Jean-François Néron
Jean-François Néron
Le Soleil
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Le centre de plein air Empire 47, à Lac Delage, amorce une course contre la montre pour amasser d’ici le 31 mars 3 millions $. Sans l’argent, il lui sera impossible, passé cette date, de développer sur le versant ouest de la station de ski Stoneham un centre récréotouristique pour amateurs de vélos de montagne et de ski hors-piste.

L’appel a été lancé lundi sur les réseaux sociaux. «L’investissement total requis est de 3 millions $. Nous privilégions les personnes disposant de 500 000 $ et plus», écrit l’organisme à but non lucratif (OBNL) sur sa page Facebook. Intrigant? Certes. 

Et le projet est ambitieux. Il vise à aménager 50 km de sentiers de calibre international pour le vélo de montagne électrique et traditionnel et 10 km de sentiers de ski hors-piste. Empire 47 souhaite démarrer la pratique du ski hors-piste dès l’hiver 2021-22 et le vélo à l’été 2022. L’organisme à but non lucratif veut en faire un centre «unique au monde». Rien de moins.

Visions divergentes

Le directeur général d’Empire 47, Christian Déry et sa conjointe, sont déjà copropriétaires des 882 acres de terrain (38,5 millions de pieds carrés), divisés en 76 lots forestiers de quatre hectares ou plus. Mais voilà, il y a un écueil. Le couple est associé à d’autres investisseurs qui «ne s’intéressent pas au projet de centre récréotouristique», explique Alexandre Lemerise, directeur du développement des affaires chez Empire. Et M. Déry ne peut racheter leurs parts.

La solution? Vendre en bloc les parts des associés estimés à quelque 3 millions $. Cette entente est valide jusqu’au 31 mars 2021. Après cette date, les terrains seront vendus en lot. «On recherche d’un à six investisseurs qui auraient des intérêts dans le domaine du vélo et du ski», précise M. Lemerise. Le pari de dénicher des partenaires en si peu de temps est gros. Surtout que le projet implique l’injection de «capital patient». Rappelons qu’Empire 47 est un OBNL.

Promesse de rentabilité

«Si on se fie à notre expérience du Lac Delage, nous sommes capables de dégager des profits», lance avec confiance M. Lemerise. Empire 47 a connu en 2019-2020 un record d’achalandage avec plus de 112 000 visiteurs uniquement pour le vélo. Ce chiffre monte à 120 000 si on inclut le fatbike. Selon M. Lemerise, ce serait l’un des centres de plein-air du genre les plus achalandés en Amérique du Nord. «Nous sommes dans l’âge d’or du vélo», laisse-t-il tomber pour expliquer la popularité croissante de l’activité, maintenant quatre saisons.

Empire 47 tire son nom des vastes territoires du 47e parallèle où il s’enracine. Le projet d’aménagement du versant ouest de la montagne à Stoneham s’inscrit dans une volonté de développement touristique durable, insiste M. Lemerise. «Une fois déboisés, les sentiers pour le vélo et le ski hors-piste, le couvert forestier demeure intact. Les infrastructures seront aussi minimales. Nous aimerions pouvoir construire une cabane à sucre (refuge) dans l’érablière au pied de la montagne, sans plus.»

En fait, les promoteurs veulent éviter de créer du trafic sur l’avenue Tewkesbury et sur les autres chemins résidentiels où il existe déjà quelques points d’accès négociés par le promoteur qui serviront d’accès de sécurité. Il n’y aura donc pas l’aménagement d’un vaste stationnement pour accueillir les usagers.

Partenariat nécessaire

Pour cela, l’OBNL se tourne vers son voisin du versant est : la station touristique Stoneham. «Nous avons des discussions avec la direction pour utiliser leur stationnement et permettre à notre clientèle d’accéder au versant ouest en passant par la station. La billetterie sera aussi installée à la station», raconte M. Lemerise. Pour lui, le partenariat serait profitable pour les deux parties. L’été, tout est fermé. Ça permettra peut-être de louer quelques chambres d’hôtel sur le site et peut-être d’ouvrir le restaurant ou le bar pour la clientèle», suggère-t-il.

Selon le directeur du développement des affaires, l’ajout d’un nouveau site de pratique du vélo de montagne aura un impact positif sur la bonne réputation que s’est forgée l’industrie dans la grande région de Québec. En plus de Lac Delage, les Sentiers du Moulin à Lac-Beauport, le Mont-Sainte-Anne, le Massif de Charlevoix et la Vallée Bras-du-Nord dans Portneuf sont des endroits prisés des amateurs de vélo.

L’équipe d’Empire 47 a présenté dès 2018 son plan de développement stratégique touristique sur cinq ans. La Ville de Stoneham y souscrit. «Si quelqu’un est capable de respecter la protection des bassins versants et du lac Saint-Charles, c’est merveilleux», se réjouit le maire Claude Lebel, un militant du développement durable. 

Protection du territoire

En 2017, la précédente administration avait voulu adopter un «règlement avec effet de gel» pour empêcher le lotissement de ce territoire. «Ça n’a pas marché. La Ville voulait alors faire agrandir de 4 à 20 hectares chaque lot vendu pour mieux contrôler le développement. Elle a été déboutée en Cour supérieure», relate le maire Lebel.

L’année précédente, la Communauté métropolitaine de Québec, instance où la Ville de Québec est majoritaire, avait adopté un règlement de contrôle intérimaire très sévère qui empêchait pratiquement toute nouvelle construction à Lac-Beauport et à Stoneham-et-Tewkesbury pour protéger le lac Saint-Charles, principale source d’eau potable de la capitale.

Changement de cap

C’est dans cette mouvance de protection environnementale que Christian Déry et sa conjointe ont décidé d’être créatifs et de réviser leur plan. «Leur projet de départ n’était plus dans l’air du temps. Ça a été le point de bascule pour les convaincre de développer un centre récréotouristique plutôt que de vendre les terrains par lot, même si ça serait beaucoup plus payant», confie M. Lemerise. 

Le couple a convaincu ses associés de ne pas vendre les terrains par lot aussi longtemps qu’il a pu. Mais leur patience à des limites. Le délai obtenu représente l’ultime tentative de démarrer ce projet que l’OBNL juge porteur pour toute la région de Québec.

Québec intéressé, mais…

Des pourparlers ont aussi eu lieu avec la Ville de Québec pour l’acquisition des terrains, soutient M. Lemerise. Les discussions ont avorté en raison d’un désaccord sur le prix de vente. 

Sans parler de ce dossier, la Ville confirme que «la conservation des milieux naturels et l’arrêt d’activités pouvant avoir un impact sont des objectifs importants afin de préserver la qualité de l’eau du bassin versant». Elle dit rester à l’affût pour d’autres propriétés non développées dans le périmètre du bassin versant dans un objectif de conservation. La Ville a acquis depuis 2016 pour 4,15 millions $ de propriétés dans le bassin versant.»

Depuis son appel lancé sur les réseaux sociaux lundi, M. Déry aurait déjà reçu des demandes d’information. Reste à savoir si elles se concrétiseront par des partenariats pour lancer son projet.