Le maire de Lévis a réagi au reportage sur la coupe d’arbres dans la falaise à la hauteur du quartier Roc-Pointe.

Coupe d’arbres à Lévis: le paysage va bouger encore, dit Lehouillier

Ne coupe pas des arbres qui veut à Lévis, assure le maire Gilles Lehouillier, qui admet par ailleurs que le développement immobilier continuera de porter atteinte au paysage des falaises.

Le maire de Lévis tenait à réagir à notre reportage sur la coupe d’arbres dans la falaise donnant sur le fleuve Saint-Laurent, à la hauteur du quartier Roc-Pointe. Ce sont des citoyens de la rive nord qui ont alerté Le Soleil après l’apparition d’une large brèche dans le paysage.

M. Lehouillier a répliqué que le règlement sur les arbres est très sévère à Lévis, qu’il est interdit d’en couper même pour construire des maisons. Toutefois, les propriétaires de terrains peuvent obtenir le OK de la Commission consultative d’urbanisme s’ils présentent un rapport d’ingénieur et de géologue démontrant que la végétation est un «obstacle inévitable» à des travaux de construction. L’abattage doit également être suivi par des professionnels. 

Ce fut le cas pour le Groupe CSB, qui possède les terrains de la rue du Pèlerin dans le quartier Roc-Pointe. Environ un demi-hectare, selon les calculs du maire, a été rasé pour permettre la stabilisation de la falaise et éventuellement la construction de condos. Le promoteur promet de replanter. 

Même si elle n’a pas de raisons de douter que les choses aient été mal faites, la Ville de Lévis va «aller vérifier si le rapport est conforme», a indiqué le maire. 

Ramené à l’enjeu du paysage, M. Lehouillier affirme que la notion est incluse dans le schéma d’aménagement de la Ville de Lévis et dans ses plans d’implantation et d’intégration architecturale (PIIA). «Il peut arriver qu’on refuse des projets parce que l’obstacle au paysage est devenu trop grand, trop apparent. Mais là, on est en périmètre urbain, en zone de développement. Alors c’est sûr qu’il va continuer à y avoir des percées» à mesure que la construction progresse, dit-il.

Émilie Vézina-Doré, directrice générale du groupe Action patrimoine, déplore le manque de vision d’ensemble en matière de paysage au Québec et déplore qu’aucune municipalité ne se soit encore prévalue de la possibilité de les protéger. 

Mme Vézina-Doré ne blâme pas les promoteurs ni les fonctionnaires, qui jonglent avec les règlements en vigueur. «Les questionnements doivent aller quelques échelons plus hauts», dit-elle, visant davantage la Communauté métropolitaine de Québec (CMQ) que la Ville de Lévis. 

M. Lehouillier sait que la CMQ a lancé quelques études sur les paysages régionaux, mais beaucoup de travail reste à faire. «On commence seulement à regarder ça», dit-il.

Plans directeurs

Quatre plans directeurs ont été élaborés par l’organisme régional pour autant de secteurs : Chute Montmorency/entrée de l’île d’Orléans, Chantier maritime Davie/Traverse Québec-Lévis, battures et terrasses de Sainte-Anne-de-Beaupré et axe de la rivière Sainte-Anne-du-Nord à Beaupré. 

Saint-Nicolas n’en fait donc pas partie. Ce secteur faisait pourtant bonne figure dans une analyse du paysage des deux rives réalisée en 2006 dans le contexte de l’étude du projet Rabaska par le Bureau des audiences publiques sur l’environnement (BAPE). Alors que la vue sur Québec, bonne première, cotait à 128, celle sur Saint-Nicolas arrivait troisième avec 84 points, après Cap-Rouge (87,5) et avant l’île d’Orléans (81). 

Sans la présence d’une carrière qui n’est plus visible aujourd’hui, son score aurait été de 101,5. «La végétation occupe substantiellement l’espace, la grève a subi peu de modifications, le relief donne une perspective intéressante au paysage et aucun édifice en hauteur ne modifie l’horizon», pouvait-on lire dans l’étude produite par l’Institut nord-américain de recherche en tourisme inc.