Le Soleil a appris que Ville de Québec a mandaté la firme de sondage SOM pour réaliser une étude au sujet des itinérants à Québec.

Contraventions: la Ville tend l'oreille aux itinérants

EXCLUSIF / Critiquée pour son excès de contraventions envers les itinérants et son zèle dans la perception des amendes, la Ville de Québec tend l’oreille aux sans-abri et aux organismes communautaires.

Le Soleil a appris que Ville a mandaté la firme de sondage SOM pour réaliser une étude au sujet des itinérants à Québec. La consultation concerne particulièrement le processus entourant les constats d’infractions, de l’émission à la perception des amendes. Des commerçants et des citoyens sont aussi sondés.  

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Porte-parole de la Ville de Québec, Isabelle Petit confirme qu’un mandat a été donné à la firme SOM pour la tenue de «focus group» à propos du projet IMPAC (Intervention multisectorielle programmes d’accompagnement à la cour municipale). 

La «Ville se soucie d’adapter l’administration de la justice aux clientèles vulnérables, indique Mme Petit. La consultation a été menée afin de cerner les problématiques particulières des personnes itinérantes et éventuellement de bonifier le programme». 

Réactions

«On pense que c’est une excellente démarche de la part de la Ville de Québec. Mais ce sont les résultats qui vont être importants», réagit Maxime Couillard, coordonnateur à la Clinique Droit de cité, qui accompagne les personnes marginalisées dans la régularisation de leur situation judiciaire. 

La présidente de conseil d’administration du Regroupement pour l’aide aux itinérants et itinérantes de Québec (RAIIQ), Véronique Girard, estime aussi qu’il s’agit d’un pas dans la bonne direction pour revoir, en particulier, le volet de la perception des amendes du programme IMPAC. 

«C’est un beau programme, mais dans la manière où il est actualisé présentement, il ne répond pas aux besoins des clientèles vulnérables en situation d’itinérance», dit Mme Girard, qui est aussi directrice de SQUAT Basse-Ville.

Valérie Brière, cette mère monoparentale emprisonnée pour contravention impayée, au moment de sa libération.

En finir avec le «profilage social»

Les revendications des organismes communautaires qui travaillent auprès des itinérants sont connues depuis plusieurs années.  Ils réclament que les policiers cessent le «profilage social» envers les itinérants, en leur remettant des contraventions, par exemple, pour «flânage» ou pour avoir mendié. 

Les organismes souhaitent également que la capitale imite la métropole et son programme accompagnement justice itinérance (PAJIC), un partenariat entre la Clinique Droits Devant et la cour municipale de Mont-réal. Au PAJIC, les contraventions remises aux itinérants sont annulées dans 90 % des cas. Cette approche aide non seulement les participants à sortir de la rue, mais «désengorge la cour municipale», a expliqué récemment au Soleil Bernard St-Jacques, directeur général de la Clinique Droits Devant, l’organisme qui est la porte d’entrée pour le programme.

Les organismes réclament aussi un moratoire sur les peines d’emprisonnement pour non-paiement d’amende, comme c’est le cas à Montréal et à Val-d’Or. 

«Je ne pense pas que d’emprisonner quelqu’un pour non-paiement d’amende, ce sera un jour rentable pour la collectivité», dit Véronique Girard, du RAIIQ.

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UN «FOCUS GROUP» POUR SE VIDER LE CŒUR

Une quinzaine de personnes qui ont vécu l’itinérance à Québec se sont vidé le cœur lors d’un «focus group», fin juin, avec la firme SOM, dans les locaux de l’organisme PECH, en basse-ville. 

Selon une source qui a assisté à la rencontre, mais qui a préféré garder l’anonymat, la discussion était très animée. Les participants ont notamment dénoncé la répression et la discrimination dont ils se disent victimes par le biais des contraventions. 

Ils ont aussi fait valoir que leurs relations avec les commerçants et les passants étaient bonnes en général et que les contraventions reflétaient davantage les préoccupations policières que celles des citoyens. 

Mais surtout, ils «étaient impatients de parler de leur relation avec les policiers», dit notre source. Certains ont estimé que les patrouilleurs «les provoquent» avant de leur remettre des contraventions. 

Quant aux peines d’emprisonnement pour des contraventions impayées, relate notre source, les participants ont jugé que cette menace ne contribuait pas à modifier leurs comportements, parce que, de toute façon, «ça n’allait pas enlever la pauvreté».

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DES DIZAINES DE MILLIERS DE DOLLARS DE DETTES

À Québec, de nombreuses personnes qui ont vécu dans la rue ont accumulé des milliers, voire des dizaines de milliers de dollars en constats d’infraction remis par les policiers. Parfois, ceux qui ne paient pas leurs dettes de contraventions sont condamnés à la prison. 

Révélé par Le Soleil, le cas de Valérie Brière, une mère monoparentale de 35 ans emprisonnée récemment pour 2120,88 $ de contraventions impayées, a soulevé l’ire des organismes communautaires et une vague de solidarité envers celle-ci.  

La détention a aussi braqué les projecteurs sur les limites du projet IMPAC. En juin, le maire de Québec, Régis Labeaume, a admis qu’il devait changer. «Non, le programme n’est pas parfait et il peut être amélioré», avait-il dit en réagissant à des critiques formulées par la direction du SQUAT Basse-Ville.