Le chantier de l'Assemblée nationale était au point mort dès la matinée, mercredi, alors que s'enclenchait la grève.

Construction: Labeaume réclame une loi spéciale

Une cinquantaine de chantiers de construction de Québec ont été fermés au premier jour de la grève mercredi. Des centaines d'autres, dont plusieurs chantiers routiers, sont menacés. Régis Labeaume souhaite déjà une loi spéciale pour forcer le retour au boulot de milliers de travailleurs.
«Le maire de Québec est preneur pour une loi spéciale le plus rapidement possible», a dit...le maire de Québec en marge d'une annonce du Forum des élus de la Capitale-Nationale, mercredi.
«Une grève au-delà de sept jours, ça commence à être problématique. À 10 jours, ça devient très, très compliqué», a averti M. Labeaume. «Notre spectre de temps est là.»
Le maire a évoqué des dizaines de chantiers routiers, mais aussi la construction de la place Jean-Béliveau et celle du bassin de rétention sur le boulevard Champlain.
Il a dit craindre que chaque journée perdue créée un effet domino sur les semaines déjà très serrées du calendrier estival.
«Plus on perd de jours, plus les entraves à la circulation vont exister au bout de la chaîne à saucisses», a illustré M. Labeaume qui a aussi nommé le vaste chantier de la rue Saint-Jean, entre les rues de Salaberry et Turnbull
Déjà, une vingtaine de chantiers d'asphaltage doivent commencer lundi et mardi prochain. Au total, 920 chantiers de toutes natures doivent être lancés dans la capitale cet été, a-t-il dit.
Le ministre responsable de la région de la Capitale-Nationale, François Blais, aussi présent à la conférence de presse a pour sa part dit souhaiter voir les négociations se poursuivre tout en mentionnant que le «bien commun» doit mener les décisions gouvernementales.
Chantiers désertés
Dès la matinée, Le Soleil a constaté que plusieurs importants chantiers de la capitale étaient au point mort. À celui de l'autoroute Laurentienne, des travailleurs portaient des autocollants ornés de divers slogans dont «Samedi, du temps simple pour ma famille», en allusion à l'obligation de reprendre des heures de travail le samedi en cas de pluie, l'un des points en litige.
Scène semblable au chantier de l'Assemblée nationale alors que le conseiller syndical Alain Bédard s'adressait aux travailleurs et les invitait à le rejoindre une heure plus tard pour aller demander à leurs collègues du chantier du manège militaire de quitter leur poste pour se joindre à eux.
Au Manège militaire, un contremaître a expliqué aux travailleurs de l'Assemblée nationale que le chantier était fermé, mais que trois employés complétaient une tâche qu'ils avaient débutée mardi sur des dalles. «Les trois gars finissent ça et ils s'en vont. Tout sera fermé à midi», a assuré le contremaître.
Sur le boulevard Champlain, on se préparait aussi à fermer boutique après avoir complété quelques travaux. «Oui, on est en grève, mais si on avait laissé le chantier comme il était, on se serait fait tirer des roches. On est en train de sécuriser les lieux, puis on arrête», a indiqué un travailleur rencontré par Le Soleil.
Critique envers la ministre Vien
Le maire de Québec Régis n'a pas été tendre envers la ministre du Travail, Dominique Vien, lui reprochant d'avoir tenu une séance d'urgence de négociation sur la construction à Boucherville plutôt que Québec, comme le stipule la loi sur le statut de capitale. «Avez-vous oublié qu'en vertu du projet de loi 109, sanctionné le 9 décembre 2016, "le territoire de Québec constitue le lieu privilégié et prioritaire des grandes rencontres politique et des négociations importantes, de toute nature, auxquelles prend par le gouvernement du Québec"?» demande M. Labeaume dans une lettre adressée à la ministre et datée de mercredi. Au cabinet de la ministre Vien, son attaché de presse Florent Tanlet a plaidé l'urgence et le contexte particulier de la grève dans la construction. «Par délicatesse pour toutes les parties, soit entre 40 et 50 personnes qui venaient de passer une nuit blanche et devant l'urgence de la situation, Montréal l'a emporté», a-t-il résumé au Soleil. «Évidemment, on privilégie toujours Québec, mais parfois, ce n'est pas toujours possible», a-t-il conclu.  Valérie Gaudreau