Le Vieux-Québec est de moins en moins un lieu de résidence prisé et se transforme inexorablement en centre-ville dortoir essentiellement destiné aux touristes, peste le présidnet du conseil de ce quartier.

Conseil de quartier Vieux-Québec: désertion généralisée des membres

Tous les membres du conseil de quartier Vieux-Québec-Cap-Blanc-Colline-Parlementaire renoncent à leur poste et boudent les prochaines élections. Les plus influents reprochent à l'administration Labeaume de ne pas assurer le suivi de leurs recommandations et d'affaiblir le pouvoir des citoyens au moment où le quartier se vide.
C'est mardi qu'ont lieu les élections pour pourvoir les huit postes de l'organisation citoyenne. Personne ne sollicitera un renouvellement de mandat.
S'il évoque des raisons professionnelles pour tirer sa révérence, le président sortant, Denis L'Anglais, parle surtout de sa déception par rapport aux changements apportés par la Ville de Québec aux règlements et aux procédures des conseils de quartier. Des changements qu'il «ne peut pas et ne veut pas» cautionner. Il déplore notamment la perte de contrôle sur les consultations publiques.
«On rétrécit de façon importante les conseils de quartier. Il faut savoir qu'ils sont consultatifs et non décisionnels. Je ne comprends pas pourquoi on leur enlève des mandats alors qu'on est chargés d'aller recueillir les sentiments, les états d'âme des gens du quartier pour répercuter ça au conseil municipal», soupire M. L'Anglais.
L'homme se demande pourquoi le maire Régis Labeaume met sur pied une table de concertation présidée par la Ville pour établir les causes et trouver des solutions à la baisse du nombre de résidants permanents dans le quartier historique. Le conseil de quartier a déjà étudié le dossier et aurait pu assurer le suivi, selon lui.
Benoît Bossé, urbaniste de formation impliqué pendant 20 ans dans le comité de citoyens du Vieux-Québec et depuis deux ans dans le conseil de quartier, quitte aussi son poste de vice-président avec regret. Il se plaint que la majorité des recommandations transmises à l'administration municipale ne reçoivent «que des accusés de réception», qu'il faille souvent des mois pour que des problèmes mineurs se règlent.
«ils se moquent de nous»
«Avec cette administration-là, ça ne sert à rien. Ils se moquent de nous. On élève la voix contre le Red Bull Crashed Ice, on se fait dire de déménager. C'est ce que les gens font. Ils votent avec leurs pieds : ils s'en vont», résume M. Bossé.
Émilie Jennifer Desbiens fait partie des déserteurs. Elle quitte le conseil de quartier, car elle déménage à Beauport, où elle a trouvé un condo quatre fois plus grand que ce qu'elle aurait pu espérer dans le Vieux. N'eût été cela, elle se serait représentée. «Je pense que plus on nous met des embûches, plus il faut se battre», dit-elle, inquiète pour le futur du vieux centre-ville.
Sylvain Légaré, le conseiller municipal qui a piloté la réforme des conseils de quartier pour Équipe Labeaume, dit avoir «énormément de misère à comprendre l'attitude de ces gens-là». Il croit que les changements apportés à la structure vont faciliter l'exercice du pouvoir citoyen, que le mandat d'initiative «leur permet de faire ce qu'ils veulent».
Selon M. Légaré, c'est le seul coin de la ville où la grogne s'exprime aussi fortement. Il dit même constater une hausse de la participation dans les quartiers où ont déjà eu lieu les élections, qui se poursuivent jusqu'au 19 avril.