La ministre déléguée aux transports, Véronyque Tremblay, a détaillé son étude d’opportunité à Lévis lors d’une présentation aux accents électoraux.

Cinq corridors pour le troisième lien: Lehouillier sceptique

Le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, ne comprend pas comment le bureau de projet sur l’implantation d’un troisième lien entre sa ville et Québec peut identifier cinq corridors où passerait la future structure alors que l’étude des besoins n’est toujours pas terminée.

La prestation de mardi de la ministre déléguée aux Transports, Véronyque Tremblay, sur les planches de la salle de spectacle L’Anglicane n’a pas convaincu le maire de Lévis. Seule sur scène, elle a dévoilé les premiers faits saillants de l’étude d’opportunité pour l’implantation d’un nouveau lien routier entre Québec et Lévis.

Mme Tremblay a annoncé l’identification de cinq corridors potentiels entre les deux rives dont quatre sont situés à l’est des ponts.

Ces cinq corridors pourraient relier : la route Lagueux à Saint-Nicolas et l’ouest de l’autoroute 40; l’avenue Taniata à Saint-Jean-Chrysostome et l’autoroute Robert-Bourrassa; le secteur Valéro à Saint-Romuald et l’autoroute Laurentienne; le secteur du chantier Davie à Lauzon et l’autoroute Félix Leclerc; et la route Lallemand, toujours à Lauzon et l’autoroute Dufferin-Montmorency, en passant par la pointe de l’île d’Orléans.

La ministre Tremblay a indiqué qu’une analyse plus fine permettra de retenir trois des cinq tracés jugés «plus prometteurs» en janvier 2019. En 2020, son gouvernement devrait faire connaître le choix du corridor définitif, s’il est reporté au pouvoir. Un début de construction est prévu pour 2026.

Le critique Gilles Lehouillier ne donne visiblement pas le nombre d’étoiles qu’aurait souhaité pour sa mise en scène la production libérale.

«On a présenté cinq scénarios basés sur rien, lance-t-il, sur le pas de l’hôtel de ville. Mais au fond, ce que ça nous démontre, c’est qu’on est en retard sur les étapes», soutient-il. M. Lehouillier ne croit pas qu’il s’agit d’un manque de bonne foi, mais de l’incapacité du gouvernement à reprendre le retard perdu. Le maire de Lévis a longtemps critiqué le PLQ pour sa lenteur dans ce dossier. «On est déçu de voir que ça n’évolue pas au rythme qu’on souhaite.»

Bureau de projet

Le maire dit ne plus comprendre le fonctionnement du bureau de projet. «C’est comme si on avait décroché du devis technique et qu’on était tombé dans les étapes solutions. Est-ce que c’est l’étude des besoins qui soutient ça?» questionne-t-il, en parlant des corridors (scénarios) proposés. «Si oui, où est-elle, cette étude? Parce qu’on n’en est seulement à l’étape de la cueillette des données.

«Aucun scénario n’est alimenté par l’étude des besoins. Ce qu’on devait faire au début de l’été, c’était de déposer le rapport sur l’étude des besoins. C’est clairement indiqué dans le devis technique. Et là, on nous dit que ça va aller en janvier 2019», martèle-t-il.

Pour sa part, le maire voit toujours un tunnel dans l’est qui passe par l’île d’Orléans, tout en protégeant son caractère particulier.

Lors de sa présentation, la ministre Tremblay a mentionné que le projet de construction d’un nouveau pont à l’île d’Orléans se faisait actuellement toujours en parallèle, malgré la possibilité d’un lien routier interrive dans ce secteur. 

Avec «rigueur»

Son message a pris des accents de campagne électorale alors qu’elle a insisté sur le fait que «son gouvernement» abordait la construction d’un nouveau lien routier avec «rigueur». Des propos, à peine voilés, qui visaient la Coalition avenir Québec. La formation politique, qui aspire à remporter le prochain scrutin, a promis la construction d’un troisième lien dans un premier mandat.

«Construire dans les quatre ans, ce n’est pas possible», a indiqué l’ingénieur Richard Charpentier, directeur du bureau de projet. «Je ne crois pas qu’il est possible de commencer les travaux avant 2026. Il y a la conception du projet et les consultations, l’étude d’impact sur l’environnement. Il faut passer devant le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement et faire les plans et devis et des acquisitions», explique-t-il.

Celui-ci n’a pu expliquer dans le détail les défis techniques qui se pointent, particulièrement pour les corridors envisagés dans les milieux urbains plus densément peuplés. «Nous analysons chaque corridor pour pouvoir dire après pourquoi nous éliminons ou retenons tel ou tel corridor», a-t-il simplement précisé.

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OÙ SONT LES AUTRES MESURES?

Le directeur général d’Accès transports viables, Étienne Grandmont, est déçu de la présentation du gouvernement du Québec qui est demeuré silencieux sur les mesures d’optimisation des moyens de transport existants. «C’est un gros show. Ça nous annonce qu’on est à la veille d’une campagne électorale. Les mesures d’optimisation [comment améliorer la fluidité du trafic sans un troisième lien] n’ont pas été mises de l’avant aujourd’hui.» S’il constate que le processus semble respecter les règles de l’art pour la construction de structures majeures, il s’interroge encore sur la nécessité de présenter cinq corridors. «Les enquêtes origine-destination montrent que les gens partent de l’ouest de Lévis et se rendent dans l’ouest de Québec, ce qui élimine un paquet de scénarios.»  

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«UN GROS SHOW»

Le député caquiste de La Peltrie, Éric Caire, qualifie aussi de «gros show» la sortie libérale de mardi. «Je n’ai rien appris. Ça démontre l’incapacité du gouvernement Couillard. Ils ne veulent pas réaliser le projet de construction, mais ne peuvent le dire à l’approche des élections. On nous présente des scénarios pour en choisir un seulement en 2020 et commencer la construction en 2026. On souhaite simplement repousser le projet le plus loin possible», fait-il valoir. Selon lui, la présentation ne fait, en quelque sorte, que confirmer les prétentions de son parti politique. «En établissant dès aujourd’hui que le meilleur tracé est celui qui passe à l’est dans le secteur de l’île d’Orléans, le projet pourrait se réaliser dans un mandat de quatre ans en respectant toutes les étapes des plans et devis et des études d’impact sur l’environnement». 

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TROP LARGE, TROP LONG

Le chef de l’opposition à Québec, Jean-François Gosselin, considère que le mandat du bureau de projet est «trop large et les délais de réalisation trop longs». «L’amélioration de la mobilité est une priorité à Québec. Un an et demi après l’annonce de la création du bureau de projet sur le troisième lien et à quelques jours du déclenchement des élections, nous aurions aimé que le gouvernement soit en mesure de donner plus d’informations aux électeurs», a déclaré le chef de Québec 21. Selon lui, le corridor ouest doit être rejeté d’emblée. Ceux qui touchent des secteurs densément peuplés semblent plus difficilement réalisables à cause des nombreuses expropriations qui seraient nécessaires. Ceux dans l’est demeurent les plus envisageables. «Ils permettraient de compléter une ceinture périphérique du territoire, d’accéder directement à l’autoroute Félix-Leclerc, tout en rejoignant les grands générateurs de déplacements sur la Rive-Sud.»