Le promoteur montréalais Christian Yaccarini devait ouvrir au printemps 2014 un cinéma comptant plusieurs salles, à l'angle des rues Saint-Vallier et Saint-Anselme, dans Saint-Roch, au coût de 20 millions $. Le projet est finalement mort-né, notamment en raison des coûts élevés de construction d'un stationnement souterrain. 

Cinéma au centre-ville: «c'est sur le stationnement qu'on s'est cassé la gueule»

L'ex-promoteur d'un projet de cinéma au centre-ville de Québec, Christian Yaccarini, estime qu'un stationnement suffisamment vaste pour attirer la clientèle demeure la clé du succès pour pareille entreprise. Mais encore faut-il être également en mesure d'offrir une programmation différente des complexes de banlieue.
Au lendemain de la volonté exprimée dans Le Soleil par Jean Campeau, copropriétaire de GM Développement, d'ouvrir «un jour» au cinéma au centre-ville, dans un endroit qui reste à déterminer, M. Yaccarini a soutenu que sa propre expérience commandait une certaine prudence.
«Si c'est pour être un cinéma comme ceux de Cinéplex ou Guzzo, c'est mieux que rien, mais ce ne sera pas plus que ça», explique le président de la Société de développement Angus, au sujet de l'offre cinématographique composée presque essentiellement de films américains. À l'inverse, l'avantage pour le cinéphile reste l'accès à un vaste stationnement gratuit. «Si c'est près du Centre Vidéotron, il y a peut-être un deal à faire (pour le stationnement).»
«Nous, c'est sur le stationnement qu'on s'est cassé la gueule. Ce n'est pas parce qu'on n'a pas essayé», explique M. Yaccarini, qui ne déclare pas être amer de son aventure, mais plutôt «déçu».
Le promoteur montréalais devait ouvrir pour le printemps 2014 un cinéma comptant entre 7 et 10 salles, à l'angle des rues Saint-Vallier et Saint-Anselme, dans le quartier Saint-Roch, au coût de 20 millions $. Le projet est finalement mort-né en raison des coûts élevés de construction d'un stationnement souterrain de 150 à 200 places et de critères architecturaux à respecter pour la construction de l'édifice. «Je ne pouvais pas construire un immeuble avec quatre murs de tôle comme un cinéplex.»
Une «réalité financière incontournable» a fini par rattraper le promoteur. «On avait des pertes en partant. Ça n'aurait jamais été rentable sans subvention. Comme propriétaire de salles, les marges de profit sont minces.»
Se distinguer de la banlieue
Originaire de Québec, Christian Yaccarini estime qu'un projet de cinéma «de qualité» pour le centre-ville devrait s'orienter sur «un concept complètement différent» des cinéplex de banlieue. «Il y a encore beaucoup de films [étrangers] qui ne sortent pas au Québec.»
Il prend en exemple la firme française MK2 dont les salles offrent une «expérience de sortie» avec valeur ajoutée. «Ils ont une offre différente. Ce sont des amoureux de cinéma. Ils ont leur catalogue, leur propre maison de distribution. Ils travaillent sur leurs films, leur permettent de rester plus longtemps à l'affiche en misant sur le bouche-à-oreille. Ils organisent aussi des classes de maîtres, des expériences culinaires.»
«Si tu offres juste des grands écrans avec du pop-corn, ça m'étonnerait que ça marche», avance-t-il.
Au Soleil, Jean Campeau a évoqué un partenariat possible avec Le Clap ou une autre compagnie dans le domaine. «On n'est pas contre l'idée de s'installer au centre-ville un jour, mais il n'y a pas de projet sur la table pour l'instant. C'est toujours une question d'argent. On est une compagnie privée, alors il faut être rentable», explique le copropriétaire du cinéma de la Pyramide, Robin Plamondon, ajoutant attendre «les conditions gagnantes».
Le propriétaire du Cartier, le seul cinéma du centre-ville de la capitale, Yvan Fontaine, n'a pas retourné nos appels. Le dernier cinéma de la basse-ville, Place Charest, sur la rue Du Pont, a fermé ses portes en 2011, après avoir accueilli les cinéphiles pendant 44 ans.