La Ville de L’Ancienne-Lorette financera des fouilles d’envergure qui débuteront dans les prochains jours dans son cœur villageois.

Chantier archéologique d’envergure à L’Ancienne-Lorette

La région de Québec était due pour un gros chantier archéologique. Il se mettra en branle à L’Ancienne-Lorette dans les prochains jours et permettra de documenter le mode de vie des Hurons-Wendat, des Français et des Anglais, qui ont tous occupé le site du futur centre communautaire.

Depuis les préparatifs du 400e anniversaire de Québec, célébré en 2008, l’activité archéologique tournait au ralenti dans la capitale. Mais voilà que la Ville de L’Ancienne-Lorette finance des fouilles d’envergure dans son cœur villageois.

Les travaux seront lancés d’ici deux semaines et se poursuivront jusqu’à la fin de juillet à proximité du presbytère. Le bâtiment datant de 1893 et le stationnement environnant ont été acquis pour 485 000 $ de la fabrique de l’église Notre-Dame-de-L’Annonciation. Le tout pour faire place à un nouveau centre communautaire.

Mais avant de construire pour le futur, il faut regarder vers le passé. Un appel d’offres public pour des travaux d’archéologie a été publié. La coopérative de travail en archéologie GAIA a remporté le contrat d’un peu plus de 500 000 $. Elle emploiera une trentaine d’archéologues, dont au moins la moitié affectée aux fouilles manuelles, d’ici le dépôt du rapport final en mars 2019.

Sur le terrain, environ 400 mètres carrés de sols seront fouillés manuellement et 300 m2 excavés mécaniquement. Cela inclut tout le périmètre où sera érigé le centre communautaire, incluant les trous creusés pour les fondations, l’aire du garage à démolir, les tranchées autour du presbytère pour l’installation d’un drain agricole et celle pour les services en électricité, l’aqueduc et l’égout.

Le sous-traitant devra faire le nettoyage, la géolocalisation, l’inventaire et le catalogage des artéfacts prélevés lors des fouilles. Un laboratoire temporaire sera aménagé directement sur le site, dans le sous-sol du presbytère. «Ça évite d’avoir à trimballer les artéfacts jusqu’aux laboratoires du ministère [de la Culture] et ça nous permet de les montrer aux visiteurs», souligne Stéphane Noël, président de GAIA.

L’Ancienne-Lorette demande également des recommandations pour la mise en valeur des trouvailles. Il est déjà prévu d’exposer des artéfacts et des photographies du chantier dans le nouveau bâtiment ultramoderne qui sera greffé au presbytère rénové.

La nation huronne-wendat pourra récupérer les objets correspondant à la période d’occupation amérindienne, de 1673 à 1696, pour les mettre en valeur dans son propre musée à Wendake. «C’est un chantier qui nous interpelle énormément. C’est à côté de chez nous en plus, donc on va aller faire un tour souvent», prévient Louis Lesage, directeur du bureau du Nionwentsïo, qui s’attend aussi à la visite d’archéologues hurons-wendat de l’Ontario.

Un passage daté

Fait rare, le passage des Hurons-Wendat à L’Ancienne-Lorette est bien daté: de 1673 à 1697, avant l’installation permanente à la Jeune Lorette devenue Wendake. Le site est d’autant plus riche que c’est la période des premiers mélanges avec les colons européens, très peu documentée au Québec et au Canada. Après les Français, les Anglais y ont aussi vécu par la suite.

Lors de sondages préparatoires réalisés l’automne dernier, les couches d’occupation successives étaient facilement identifiables. «Tout est bien stratifié. On voit vraiment l’histoire du site se dérouler devant nos yeux», se réjouissait l’archéologue Noël.

Parmi les premiers objets trouvés, il y avait de la poterie amérindienne, un morceau de pipe en pierre, des chaudrons de cuivre martelés et découpés, des perles, des ossements de castors et d’originaux, des graines et autres restes de nourriture. Des trous de poteaux associés à des structures autochtones et françaises ont aussi été relevés.

Les parties impliquées espèrent maintenant trouver des traces d’implantation des maisons longues, des foyers et des fosses d’entreposage datant de l’époque amérindienne.

«On ne connaît pas vraiment la céramique traditionnelle datant de la fin du XVIIe siècle. Ce serait la première fois qu’on aurait la chance de la documenter dans la région de Québec», ajoute M. Noël.

Louis Lesage va dans le même sens. Contrairement à la pensée dominante en histoire, sa nation maintient que les Hurons-Wendat et les Iroquoiens faisaient partie d’un seul et même groupe. Il serait donc ravi d’en trouver des preuves à L’Ancienne-Lorette.

Pour le reste, tout le monde rêve d’un dépotoir ou de latrines, véritables concentrés d’histoire populaire. 

Malgré la proximité du cimetière, il n’est pas anticipé de découvrir des sépultures. Si les archéologues devaient tout de même tomber sur des restes humains, ils devront aviser la Ville de L’Ancienne-Lorette et la police de Québec.

Pendant l’été, des activités seront organisées pour que le grand public profite aussi des fouilles, fait savoir Martin Blais, directeur du Service des loisirs de L’Ancienne-Lorette. La programmation sera dévoilée plus tard.

Les travaux de construction du centre communautaire doivent commencer au mois d’août pour se terminer en mai. Les organismes qui logent actuellement dans l’ancien hôtel de ville pourront déménager pendant l’été 2019. M. Blais ne sait pas encore ce qu’il adviendra du terrain qui sera ainsi libéré sur la rue Turmel, étant entendu que l’édifice sera démoli.