La directrice de la protection de la jeunesse de la Capitale-Nationale, Dominique Jobin, prend sa retraite.

Changement de garde à la DPJ de la Capitale-Nationale

La directrice de la protection de la jeunesse de la Capitale-Nationale, Dominique Jobin, quitte ses fonctions après avoir passé 10 ans à la tête de l’organisme. C’est l’actuel DPJ adjoint qui prendra la relève dans un difficile contexte de réforme du système de protection de l’enfance.

Le conseil d’administration du CIUSSS de la Capitale-Nationale a entériné mardi la nomination de Patrick Corriveau à titre de DPJ de la région de Québec, confirme au Soleil Mélanie Otis, agente d’information au CIUSSS.

M. Corriveau occupait depuis maintenant près de quatre ans le poste de directeur adjoint à la protection de la jeunesse. Il a gravi les échelons pour s’y rendre. Il a été tour à tour éducateur, agent à l’évaluation des signalements et gestionnaire. Son entrée en fonction est prévue le 29 juin.

Pour sa part, Dominique Jobin laisse ses fonctions pour partir à la retraite. Elle occupait le siège de DPJ depuis une décennie.

Elle aura connu une fin de mandat médiatisée en raison de la publication il y a 10 jours du rapport la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse sur le décès de la petite Rosalie, deux ans, trouvée morte dans une poubelle de Charlesbourg le 18 avril 2018. Sa mère, Audrey Gagnon, est accusée de meurtre au second degré et d’outrage à un cadavre.

L’organisme concluait que l’incompréhension des rôles et mandats respectifs de la Direction de la protection de la jeunesse et de la maison d’hébergement Marie-Rollet a occasionné des problèmes de transmission d’informations essentielles à la protection de l’enfant.

Missions distinctes

Sans vouloir commenter ce cas particulier, évoquant une question de confidentialité, Mme Jobin avait alors expliqué que les maisons d’hébergement et la DPJ avaient des missions distinctes, tout en étant «des alliées importantes». Elle avait aussi rappelé que la sécurité de l’enfant guide «au-dessus de tout» les actions de la DPJ.

M. Corriveau arrive en poste au moment où les DPJ du Québec sont sous la loupe du ministre délégué à la santé et aux services sociaux, Lionel Carmant.

Les parlementaires québécois, lors d’une rare unanimité, ont convenu au début mai de retourner toutes les pierres et de revoir l’ensemble du système de protection de l’enfance au Québec, qui a failli à sa tâche lors de la mort tragique d’une fillette de 7 ans de Granby, victime de sévices pendant plusieurs années. Tous ont réclamé la tenue d’une commission parlementaire non partisane pour étudier la question.

Dans l’attente de cette commission, les députés ont également voté une motion unanime pour octroyer à la DPJ les ressources nécessaires à l’accomplissement de son mandat.

À court terme, le ministre Carmant désire réduire la liste de plus de 3000 enfants qui attendent d’être pris en charge par la DPJ. Il veut se pencher sur la mobilité des employés et sur le fait que plusieurs sont en congé de maladie. «Les équipes sont fragiles, on veut les consolider», a-t-il déclaré.

+

QUATRE QUESTIONS AU NOUVEAU DIRECTEUR, PATRICK CORRIVEAU

Q Comment envisagez-vous votre mandat dans le contexte de la réforme?

R C’est encourageant de voir la tournure que prend le discours social. Dans le contexte où la protection des enfants est plus importante que tout, on rappelle que c’est l’affaire de tous : la famille, les voisins, le milieu éducatif. Je m’inscris en collaboration dans ces travaux de réflexion à venir. Ça ne peut être que positif.

Q Vivez-vous à Québec les difficultés rapportées dans d’autres régions, comme le manque de personnel?

R On n’a pas de postes vacants à Québec. Ce n’est pas une problématique qu’on vit. Par contre, il faut constamment revoir notre structure pour répondre à la demande. On a ajouté de nombreux postes, mais la pression au niveau des intervenants demeure importante avec la hausse du nombre de signalements.

Q Quel est l’un des premiers gestes que vous poserez à titre de DPJ?

R Il va y en avoir plusieurs. Mais le mandat prioritaire est celui du partenariat. Il faut aller encore plus loin avec les organismes qui offrent les services de première ligne. Le souhait de tout directeur est qu’il y ait moins d’enfants qui sont pris en charge par la DPJ. Avec une intervention précoce, en amont, il y a moins de chance de mettre des enfants en danger. La DPJ, c’est une intervention de dernier recours. Il faut se servir du panier de service pour éviter notre intervention.

Q Le décès de la fillette à Granby a provoqué des commentaires très sévères envers le travail de la DPJ. Même sans être responsable de ce drame, comment votre équipe et vous-même avez reçu ces critiques?

R Je pense qu’on va vouloir mieux informer la population sur le rôle de la protection de la jeunesse et des intervenants. Il se dit des choses qui ne sont pas toujours véridiques. Ça a des impacts directs sur les équipes qui se lèvent chaque matin pour assurer jour après jour la protection des enfants. Il y a aussi de belles histoires. Un petit geste d’un intervenant peut changer positivement le parcours de vie d’un enfant. Jean-François Néron