Jean Laberge, le président du quincaillier Canac, a indiqué qu'il tentera d'éviter Anacolor pour la construction de futures succursales, tant que ses problèmes de voisinage ne seront pas réglés.

Canac se distancie d'Anacolor

La controverse entourant Anacolor commence à déranger certains de ses clients. Ciblé par un regroupement de citoyens, le quincaillier Canac a indiqué mardi qu'il tentera d'éviter l'usine de Cap-Rouge pour la construction de futures succursales, tant que ses problèmes de voisinage ne seront pas réglés.
«La prochaine fois qu'on va donner un contrat à Vitrerie Laberge (qui travaille actuellement à finaliser une succursale du groupe à Granby et qui, par un jeu de sous-traitance, se trouve à donner de l'ouvrage à Anacolor, NDLR), on va essayer de faire débouler l'information pour dire : On essaie-tu de prendre quelqu'un d'autre qu'Anacolor, à cause de ses problèmes avec son voisinage ? C'est une chose qu'on peut essayer de faire», a indiqué le président de Canac, Jean Laberge.
Irrités par les odeurs qui émanent de l'usine de peinture de pièces métalliques, située sous le pont ferroviaire, des citoyens ont commencé à contacter les clients d'Anacolor pour les «sensibiliser» à leur sort. Le Regroupement citoyen pour la qualité de l'air de Cap-Rouge a spécifiquement nommé la future succursale de Canac à Granby dont les travaux «intoxiqueront les familles carougeoises».
«On sait que dans les dernières semaines, on s'est fait gazer pour le nouveau stationnement de Place Ste-Foy. [...] Nous, on a l'intention d'écrire à chacun de ces clients-là pour les informer : est-ce que vous savez qu'en ayant choisi Anacolor comme peintre, vous venez de faire votre chantier au détriment de la santé de plusieurs centaines de résidents à Cap-Rouge?», a également dénoncé la porte-parole du Regroupement, Stéphanie Houde, en marge du dernier conseil municipal de Québec.
Au moment de mettre sous presse, il n'avait pas été possible de recueillir les commentaires de Place Ste-Foy, mais la tactique semblait avoir donné quelques résultats du côté de Canac. Mentionnons toutefois qu'au cours de la journée de mardi, un employé de Canac a déclaré au Soleil qu'Anacolor serait carrément remplacé pour la construction du magasin de Granby, mais cette version a été démentie par le grand patron, M. Laberge.
«On n'a aucune intention de canceller ce contrat-là [...]. Moi, j'ouvre dans un mois [et les délais de livraison peuvent aller jusqu'à quatre mois], alors ça retarderait mon ouverture de trois mois. On ne peut même pas imaginer ce scénario-là, on parle de millions de dollars de poursuites dans tous les sens», a précisé M. Laberge.
Dizaines de plaintes
Depuis la fin de 2012, des dizaines de plaintes ont été déposées au ministère de l'Environnement (MDDELCC) à cause des odeurs qui se dégagent des installations d'Anacolor. Plusieurs dépassements de norme ont été mesurés par des techniciens du MDDELCC et un rapport de la Santé publique a conclu, l'an dernier, que les concentrations étaient insuffisantes pour être toxiques, mais assez fortes pour provoquer des symptômes - un peu comme les odeurs d'un rayon de parfums, par exemple, peuvent causer des maux de tête.
Sans nier le problème des odeurs, qu'elle tente d'ailleurs de réduire, Anacolor conteste devant les tribunaux les conditions que le MDDELCC lui impose, qui impliquent de diminuer ses émanations de 90 %. L'entreprise estime également qu'il est impossible que ses activités enfreignent les normes sur la qualité de l'air aussi loin qu'à l'école primaire Marguerite-D'Youville, à quelque 350 mètres de là, comme ses opposants l'accusent de faire. 
Un ingénieur d'Anacolor, Richard Leblanc, fait valoir que les dépassements ont été mesurés juste à côté des terrains de l'usine et que les normes n'étaient pas enfreintes par des marges énormes. En outre, l'entreprise prend ses propres mesures de qualité de l'air en plusieurs points du quartier et assure qu'il n'y a aucun dépassement proche de l'école.
Enfin, dit M. Leblanc, la date et l'endroit de certaines plaintes d'odeur sont incompatibles avec la direction des vents à ce moment-là.
Le choix de Montréal critiqué
Le PQ et la CAQ s'expliquent mal que le maire Régis Labeaume et le ministre David Heurtel se rencontrent à Montréal pour discuter du dossier Anacolor.
Lors du conseil municipal, lundi, le maire de Québec a indiqué qu'il se rendrait dans la métropole vendredi pour s'entretenir avec le ministre de l'Environnement du cas de l'usine de Cap-Rouge.
La porte-parole péquiste en matière de capitale nationale, Agnès Maltais, estime qu'il n'est pas justifié de tenir la réunion ailleurs. «Le ministre passe au moins trois jours par semaine à Québec, a indiqué la députée de Taschereau. Le maire est à Québec, l'entreprise est à Québec, le ministère est à Québec.»
Le député caquiste de La Peltrie, Éric Caire, ne s'explique pas le choix du lieu, alors qu'une Loi sur le statut de capitale nationale de la Ville de Québec a été ratifiée il y a deux mois à peine. 
L'attaché de presse du maire de Québec affirme qu'il s'agit d'une simple «affaire d'agendas» et plaide l'argument de la rapidité. «On aurait pu se voir à Québec, mais pour faire le plus vite possible, c'était mieux comme ça, a fait valoir Paul-Christian Nolin. Le maire était déjà en déplacement à Montréal pour autre chose. Ce n'est pas comme si c'était une habitude.» Simon Boivin et Annie Morin