Il faut dire que la cuisine de rue à Québec a souvent retenu l’attention, mais pour les mauvaises raisons. Après une première expérience décevante en 2017 pendant laquelle sept camions sillonnaient les parcs de la Ville, seulement deux ont terminé la saison 2018.

Camions de rue: la Ville dit «oui», malgré les critiques

La Ville de Québec implante officiellement le concept de cuisine de rue malgré deux années difficiles d’un projet-pilote critiqué pour le manque de camions participants et des sites mal-adaptés et trop éloignés du centre-ville.

L’annonce a été faite vendredi par communiqué sans tambour ni trompette. «La Ville est heureuse de répondre aux attentes des citoyens en autorisant l’exploitation de la cuisine de rue sur son territoire», écrit Marie-Josée Savard, vice-présidente du comité exécutif responsable de l’aménagement du territoire et de l’urbanisme. Curieusement, jamais les journalistes n’ont été avisés de cette annonce alors qu’ils se trouvaient une demi-heure plus tôt à l’hôtel de ville pour une conférence de presse sur un autre sujet, à laquelle participait Mme Savard.

Il faut dire que la cuisine de rue à Québec a souvent retenu l’attention, mais pour les mauvaises raisons. Après une première expérience décevante en 2017 pendant laquelle sept camions sillonnaient les parcs de la Ville, seulement deux ont terminé la saison 2018.

Le principal reproche des restaurateurs mobiles consiste au fait que les sites autorisés par la Ville sont beaucoup trop loin de la clientèle. Ils ont toujours désiré obtenir le droit de stationner sur les artères achalandées du centre-ville pour profiter de la manne touristique et des travailleurs. L’administration Labeaume refuse ce privilège par crainte de nuire aux restaurateurs.

L’an passé, la Ville jetait un peu de lest en permettant leur présence au parc John-Munn sur la rue Prince-Édouard; près du palais de justice; au parc de la Gare du Palais; et au marché public de Sainte-Foy. Les autres sites autorisés sont le Domaine de Maizerets, la plage Jacques-Cartier, la Base de plein air de Sainte-Foy, au pied de la côte de Sillery et au parc Dollard-des-Ormeaux. Ces mêmes sites sont ceux autorisés pour la saison 2019.

La force du nombre

Le responsable de La Zèbre mobile, Nicolas Lavigne, aussi propriétaire du Côtes-à-Côtes Resto-grill, participe au projet depuis la première heure. 

Il accueille favorablement l’annonce de la Ville d’aller de l’avant, bien qu’il soit déjà très tard pour permettre aux restaurateurs de se préparer. Mais surtout, il demeure toujours aussi critique sur certains aspects de la réglementation. 

«Pour que ça fonctionne, il faut rassembler une masse critique de camions au même endroit et créer une “récurrence” pour développer des habitudes. Sans ça, ça ne peut pas fonctionner. Seulement, peu des sites permettent d’accueillir plusieurs camions», explique celui qui estime à 17 propriétaires le nombre de camions restaurants à Québec. 

Lui-même a déjà planifié son été. Il sera à la baie de Beauport à plein temps en juillet et août. Il se garde des disponibilités pour stationner son camion en ville en mai, juin et septembre.

Ce qui le déçoit le plus est d’être «rejeté par les restaurateurs» qui ont pignon sur rue et refusent la présence des camions près de leur établissement. «Ils ne veulent pas de nous et nous poussent plus loin. Je veux communiquer avec les sociétés de développement commercial pour faire au moins un événement avec eux. Je veux leur prouver qu’on ne vole pas de business, mais qu’on en génère», ajoute M. Lavigne.

Nonobstant ces irritants, il ne baisse pas les bras. «Je vais faire la tournée des restaurateurs de camions mobiles et tenter de les convaincre d’embarquer. C’est encore à bonifier, mais il faut se regrouper», insiste-t-il, tout en souhaitant que la baisse du permis de 750 $ à 100 $ devienne un incitatif.