Bras de fer suit de façon chronologique le parcours du combattant de Véronique Lalande et Louis Duchesne, deux militants tannés «de respirer de la schnoutte».

Bras de fer: poussière sur la ville ***1/2

CRITIQUE / S’il existait un prix pour la persévérance et l’implication citoyenne, Véronique Lalande et Louis Duchesne représenteraient des candidats incontournables. L’excellent documentaire Bras de fer résume en 75 minutes bien serrées la croisade de ce couple pour faire reconnaître aux autorités portuaires de Québec leurs responsabilités dans les épisodes de contamination aux métaux lourds dans le quartier Limoilou.

Le film des frères Jean-Laurence et Jonathan Seaborn (Pas de piquerie dans mon quartier) fait la démonstration éloquente de toute l’énergie que le citoyen lésé doit déployer pour défendre ses droits face au système et à la bureaucratie. «Il faut avoir les reins solides, lance Véronique Lalande. C’est une grande déception de voir qu’on est laissés à nous-mêmes.»

Un sentiment d’impuissance qui fait écho à la parole de Richard Desjardins, qui ouvre et ferme le film. «On est confrontés de plus en plus à cette pollution industrielle. Le problème, c’est que ce sont les pollueurs qui écrivent la loi, ce qui fait que le fardeau de la preuve repose sur les épaules de la victime, alors que c’est le pollueur qui devrait prouver qu’il ne pollue pas.»

Depuis le premier épisode de poussière de nickel sur Limoilou, en 2012, Bras de fer suit de façon chronologique le parcours du combattant des deux militants tannés «de respirer de la schnoutte».

Lectures de documents, demandes d’information, fabrication de pancartes, distribution de dépliants, assemblées, entrevues dans les médias, marche citoyenne, autant de tâches qui ont monopolisé pendant cinq ans les temps libres du couple, parent de surcroît d’un bambin de quelques mois. «Tous les soirs, quand le bébé était couché, on commence un deuxième shift. On ne fait que ça.»

Impossible de ne pas lever très haut notre chapeau face à cette incroyable démonstration de défense du bien commun, rendue avec beaucoup de rigueur par les deux documentaristes.

Par souci d’objectivité, le récit laisse également la parole à l’administration du port, son pdg Mario Girard en tête, et à Arrimage Québec, montrés du doigt pour leur insistance à vouloir balayer la poussière sous le tapis. Dans des extraits de bulletins de nouvelles et de conférences de presse, on voit les politiciens s’en laver les mains ou se renvoyer la balle, comme si le droit à la santé des citoyens pesait moins lourd que le développement économique.

Une lutte à finir
Même si le couple a choisi, de guerre lasse, de quitter son duplex de la 2e Rue pour Stoneham, la bataille n’est pas terminée. Deux recours collectifs sont pendants devant les tribunaux au nom de 50 000 citoyens.

«Ne sous-estimez jamais le pouvoir citoyen, car, en bout de ligne, c’est la seule chose qui fait la différence», lance en épilogue Véronique, en route pour le palais de justice, en compagnie de son amoureux et du petit Léo qu’on aura vu grandir devant la caméra…

AU GÉNÉRIQUE

Cote: ***½

Titre: Bras de fer

Genre: documentaire

Réalisateurs: Jean-Laurence et Jonathan Seaborn

Classement: général

Durée: 1h18

On aime: la ténacité du couple, l’exemplaire leçon de mobilisation citoyenne, le travail minutieux de recherches et d’archivages

On n’aime pas: