De 2010 à 2014, quatre personnes ont commis l'irréparable à partir du pont Pierre-Laporte, contre vingt à partir du pont de Québec.

Barrières anti-suicide à l'étude pour le pont de Québec

Le ministère des Transports du Québec (MTQ) étudiera la possibilité d'ajouter des barrières anti-saut le long du pont de Québec, comme cela est déjà prévu sur le pont Pierre-Laporte, pour dissuader les personnes suicidaires de s'y rendre pour mettre fin à leurs jours. Les statistiques des dernières années font état d'un déplacement des suicides du pont moderne vers le patrimonial.
Les données compilées par le Bureau du coroner sont sans équivoque. Sur une période de 10 ans, entre 2000 et 2009, il y a eu 17 suicides à partir du pont Pierre-Laporte et 11 à partir du pont de Québec. Au cours des cinq années suivantes, de 2010 à 2014, la tendance s'est inversée. Quatre personnes ont commis l'irréparable à partir du pont Pierre-Laporte, contre 20 à partir du pont de Québec.
Aucun rapport de coroner n'a abordé la question d'une possible transition du lieu de suicide, indique au Soleil Geneviève Guilbault, responsable des communications et des relations avec les médias du Bureau du coroner. 
Le ministère des Transports du Québec n'était pas au courant des chiffres. Son porte-parole Guillaume Paradis a toutefois fait savoir que la réfection annoncée du tablier du pont de Québec, un projet majeur inscrit au Plan québécois des infrastructures, serait l'occasion d'une réflexion. «La possibilité d'ajouter des barrières dissuasives va être analysée dans le cadre de ce projet-là», a-t-il fait savoir. 
Le représentant du MTQ a également confirmé que les employés du Centre intégré de gestion de la circulation, chargés de surveiller la circulation sur le réseau routier de la région de Québec, ont pour consigne de signaler toute présence inhabituelle ou inquiétante sur les deux ponts. «Quand il y a quelqu'un en difficulté, peu importe c'est quoi la difficulté, les services d'urgence sont contactés rapidement», dit M. Paradis. 
Des barrières anti-suicide sont déjà promises pour le pont Pierre-Laporte. En 2013, une première série de barreaux métalliques ont fait leur apparition aux deux entrées, nord et sud, remplaçant des clôtures grillagées avec trois fils de barbelés. Les longs pics (2,5 mètres de haut) recourbés vers l'intérieur compliquent considérablement l'accès à la structure. 
Des études sont en cours en vue de déployer un dispositif de prévention permanent sur l'ensemble du tablier. Les travaux d'installation sont planifiés au cours des deux prochaines années. Une enveloppe de 1 à 5 millions $ est réservée. 
Pour le directeur général de l'Association québécoise de prévention du suicide, il est judicieux de restreindre l'accès à tout moyen d'attenter à ses jours. De fait, il est prouvé que les personnes suicidaires sont déstabilisées quand le plan qu'elles ont échafaudé pour en finir est contrecarré. «Le simple fait d'allonger le délai pour passer à l'acte peut être suffisant pour que les gens changent d'avis», souligne Jérôme Gaudreault.
Ce dernier ajoute que la pose de barrières anti-saut sur le pont Jacques-Cartier, à Montréal, a eu des effets probants, bien documentés. Non seulement le nombre de suicides a été considérablement réduit, mais il n'y a pas eu de déplacement vers d'autres ponts de la région métropolitaine. 
M. Gaudreault est donc encouragé de savoir que le MTQ est prêt à compléter les travaux entrepris sur le pont Pierre-Laporte et même à étendre la solution au pont de Québec situé juste à côté. 
Si vous avez besoin d'aide : 1 866 APPELLE (277-3553)
Des barrières anti-suicide sont déjà promises pour le pont Pierre-Laporte. En 2013, une première série de barreaux métalliques ont fait leur apparition aux deux entrées, nord et sud, remplaçant des clôtures grillagées avec trois fils de barbelés.
Des messages d'espoir sur un viaduc de Rimouski
Des messages d'espoir ont été installés à l'automne sur un viaduc de Rimouski où plusieurs suicides sont survenus ces dernières années. Le but : semer le doute dans la tête du désespéré, donner le temps aux secours d'intervenir et conséquemment sauver des vies.
Reste avec nous, on peut t'aider. Demander de l'aide, c'est fort. Donne-nous une chance de t'aider. Et toujours le même numéro de téléphone des centres de prévention du suicide : 1-866-APPELLE.
Pour lire ces mots, minutieusement choisis, il faut être sur le point de passer à l'acte, explique Louis-Marie Bédard, directeur général du Centre de prévention du suicide et d'intervention de crise du Bas-Saint-Laurent (CPSICBSL). Les autocollants ont été positionnés de façon à ne pas distraire les automobilistes. Seules les personnes qui se promènent à pied et se penchent par-dessus le parapet peuvent les apercevoir. 
«Le but, c'est de gagner du temps, de créer l'ambivalence», résume M. Bédard. De précieuses minutes qui permettront à des témoins de signaler une présence inhabituelle, à la Sûreté du Québec de se rendre sur les lieux, à la personne en détresse de loger un appel ou, encore mieux, de rebrousser chemin. 
Cette initiative, une première au Québec, est née d'une collaboration entre le Bureau du coroner, le CPSICBSL et le ministère des Transports du Québec. «Au lieu de faire simplement des recommandations, la coroner Renée Roussel a voulu comprendre ce qui se passait et trouver des solutions avec nous», raconte M. Bédard. «On était tous craintifs que ce pont soit devenu emblématique», confirme Mme Roussel. 
Comme la structure de béton se prête mal à l'installation de barrières anti-saut, qui incidemment coûtent très cher, des recherches ont été entreprises pour trouver une autre solution plus facilement applicable.
Le cas du pont Mapo à Séoul, en Corée du Sud, a servi d'inspiration. On y trouve des mots de réconfort, des photos évoquant la vie quotidienne et même des téléphones reliés à un centre d'appel pour faire changer d'idée les suicidaires. 
Le concept a été repris plus modestement à Rimouski. Il est trop tôt pour dire s'il y a un effet, mais un suivi sera assuré pendant au moins cinq ans.
Jérôme Gaudreault, directeur général de l'Association québécoise de prévention du suicide, croit possible de répliquer le modèle, qui demande peu d'investissement, ailleurs dans la province. «C'est dans nos intentions d'interpeler le MTQ pour qu'il soit davantage proactif» pour prévenir les suicides à partir de ses structures, dit-il. 
Louis-Marie Bédard verrait d'un bon oeil un «combo» de barrières anti-suicides et de messages d'espoir aux endroits risqués, comme les ponts Pierre-Laporte et de Québec. «Ça serait un gain et ce n'est même pas compliqué», plaide-t-il.