L’étude n’évaluait pas la qualité de l’eau de Québec. Elle visait seulement à établir la présence ou l’absence de bactéries résistantes aux antibiotiques.

Bactéries résistantes aux antibiotiques dans l’eau de Québec

Il fallait sans doute s’y attendre : les antibiotiques sont utilisés tellement partout et à une si grande échelle qu’il n’y a pratiquement plus nulle part où l’on ne trouve pas de bactéries qui y sont résistantes, et il y en a désormais officiellement dans l’eau de Québec, d’après une étude qui vient de paraître dans le «Journal of Infection and Public Health».

Attention, ce n’est pas une raison pour aller faire des réserves d’eau embouteillée, puisque l’étude n’évaluait pas la qualité de l’eau de Québec — elle visait seulement à établir la présence ou l’absence de bactéries résistantes aux antibiotiques. En fait, assure d’emblée le cosignataire de l’étude François Proulx, du Service de traitement de l’eau de Québec, «la qualité de l’eau distribuée à Québec n’est pas en cause, ici, parce qu’on a un bon traitement de chloration. Alors même si ce sont des bactéries qui résistent aux antibiotiques, notre traitement va réussir à les enlever [NDLR : la résistance aux antibios n’implique pas une tolérance au chlore]. Mais ça reste quand même une étude intéressante parce que ça montre que nos habitudes de vie, avec les antibiotiques, sont en train d’atteindre l’environnement».

«C’est une sorte de préavertissement. […] Je crois que nous avons besoin de politiques pour mieux encadrer l’usage des antibiotiques», indique pour sa part Satinder Kaur, chercheuse au Centre Eau, Terre et Environnement de l’INRS et coauteure de l’article. La première auteure est la doctorante Agnieszka Cuprys, qui étudie à l’INRS.

Essentiellement, l’étude a consisté à prendre des échantillons d’eau avant et après le traitement par la Ville de Québec, à y stimuler la croissance bactérienne en ajoutant du bouillon dont les microbes se nourrissent, puis à exposer les colonies bactériennes à différentes concentrations de deux antibiotiques — la «chlortétracycline» et la «ciprofloxacine».

Résultat : des bactéries qui résistent à la fois aux deux antibios ont été trouvées dans les eaux «brutes» (avant les traitements qui la rendront «potable»), mais pas dans l’eau du robinet, signe que le chlore fait son travail. Mais il reste toujours une faible présence bactérienne dans l’eau potable, à Québec comme ailleurs, et des bactéries résistantes à la chlortétracycline ont été trouvées dans de l’eau traitée à Charlesbourg.

«Nous avons trouvé des antibiotiques dans l’eau [des égouts], et s’il y a des antibiotiques présents, alors il y a aussi une pression de sélection qui amène les bactéries à développer une résistance», explique Mme Cuprys.

Largement utilisés

Les antibiotiques sont largement utilisés partout dans le monde. Au Canada, ils ne sont disponibles que sur prescription, mais la surprescription peut contribuer à l’émergence de souches résistantes. L’élevage fait également un lourd usage des antibiotiques, à la fois pour prévenir les maladies et parce que certains antibiotiques favorisent la croissance des animaux.

Notons enfin que le fait de trouver des bactéries résistantes dans l’eau potable ne signifie pas que le risque d’infection est plus grand, mais que si quelqu’un est malade d’une souche résistante à plusieurs antibiotiques, son traitement médical sera plus difficile.

Précision : une version antérieure de ce texte a été modifiée pour retirer l'affirmation selon laquelle stopper un traitement antibiotique avant la fin (juste parce qu'on se sent mieux) est une cause de résistance bactérienne. Il appert que cela a longtemps été considéré comme vrai, mais que la recherche a fini par montrer le contraire, c'est-à-dire que des traitements plus courts servent mieux la lutte contre la résistance (voir ici et ici, notamment).