Les caméras SharpV, comme celle-ci au coin des rues Salaberry et Saint-Jean, permettent de reconnaitre ou de retracer les voitures en lisant automatiquement les plaques d’immatriculation.

Automobilistes sous surveillance au centre-ville de Québec

Automobilistes, vous avez fréquenté le Vieux-Québec, la colline Parlementaire ou les quartiers Montcalm et Saint-Jean-Baptiste au cours de la dernière année? Grâce à une technologie toute québécoise, les policiers de la capitale le savent; ils ont ceinturé le centre-ville de caméras lectrices de plaques d’immatriculation.

Un collègue du Soleil féru d’innovation a été surpris en passant devant le Musée national des beaux-arts du Québec. Son œil avisé a été attiré par de petits dispositifs électroniques blancs perchés sur les poteaux municipaux; ceux-ci sont pointés vers les véhicules circulant sur la Grande Allée. Intrigué, il s’est offert une marche-chasse au trésor : il en a répertorié et photographié de nombreux autres aux intersections stratégiques autour du cœur historique de la capitale. Il nous a ensuite mis sur la piste, dans l’espoir d’en apprendre un peu plus sur les règles encadrant l’utilisation des images captées à l’aide de ces outils aux «capacités extraordinaires»…

Au Service de police de la Ville de Québec (SPVQ), le porte-parole David Poitras ne détaillera pas les usages de ces caméras. «On ne veut pas révéler nos stratégies pour des gens qui voudraient commettre des délits», plaide-t-il.

Le constable Poitras explique cependant que les lecteurs de plaques d’immatriculation clôturant le centre-ville font partie de l’arsenal mis en place en prévision du Sommet du Groupe des sept de juin 2018. «Après le G7, les caméras qu’on avait fait installer, la décision a été prise qu’on allait les garder pour d’autres événements de nature opérationnelle.»

Donc, comme les «quelques dizaines» de caméras apparues l’an dernier, celles-là sont toujours en fonction. Mais le policier assure que la vie privée des citoyens n’est pas bafouée par cette observation continue.

Protection des données

En entrevue téléphonique, le fabricant des appareils insiste justement sur la sécurité de son produit, sur la protection des informations amassées au sujet des déplacements des automobilistes. «On est très à cheval là-dessus», avance le directeur général de la division AutoVu de l’entreprise montréalaise Genetec, Stéphan Kaiser. «Ce n’est pas tout le monde qui a accès à ces données-là.»

Il ajoute que les acheteurs doivent configurer la technologie vendue pour respecter les lois locales. Au New Hampshire, par exemple, si la plaque «lue» par l’algorithme n’est pas classée dans la catégorie «recherchée» dans les bases de données étatiques, la vidéo est effacée automatiquement. Dans d’autres juridictions, les images sont conservées une semaine, voire plusieurs semaines. 

Et à Québec? Nous n’avons pu avoir la réponse.

Outil de surveillance

Nous avons transmis à M. Kaiser une photo des caméras pointées vers les rues de la capitale. Il a immédiatement reconnu le modèle SharpV. Cet outil est notamment prisé des gestionnaires de stationnement, explique-t-il. Il permet d’ouvrir automatiquement les barrières aux locataires mensuels et de pointer ceux qui n’ont pas payé.

Le SharpV est aussi populaire chez les policiers. Aux prises avec un taux de criminalité élevé, la ville de Chicago a déployé un bon nombre de ces caméras, cite en exemple M. Kaiser. La plateforme logicielle envoie des alertes quand elle retrace les voitures dont les droits d’immatriculation n’ont pas été acquittés. Surtout quand passent les autos volées et celles des criminels en cavale. «Ça les a aidés énormément à reprendre le contrôle», affirme Stephan Kaiser. 

Dans le site Web de Genetec, on explique que la «reconnaissance automatique des plaques d’immatriculation (RAPI)» est utilisée par de nombreux autres services de police, comme à Québec. «Palm Beach, en Floride, a ajouté des caméras RAPI AutoVuMC aux principaux croisements, routes et ponts pour être alertée de l’arrivée de véhicules suspects ou recherchés dans sa juridiction.»

Genetec vend également la version mobile de ces caméras, pour les fixer sur les auto-patrouilles. 

La plateforme logicielle de Genetec permet de gérer la lecture des plaques d’immatriculation, mais aussi les images envoyées par les nombreuses autres caméras déployées par les autorités le long des routes et sur leurs immeubles.

Genetec est une entreprise privée. Elle a des bureaux dans plusieurs pays, mais la majorité de ses quelque 1200 employés sont au Québec, principalement au siège social de Montréal. Genetec est également implanté à Québec sur le boulevard Charest Est et à Sherbrooke. Les produits sont conçus et fabriqués dans la métropole.

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