Lundi matin, la candidate libérale, Ihssane El Ghernati, a promis de régler l'épineux dossier d'Anacolor d'ici les élections générales de 2018.

Anacolor projette de financer son déménagement avec le Fonds vert

Pointée du doigt pour l'émission d'odeurs nocives dans Cap-Rouge où elle a pignon sur rue, l'usine Anacolor projette de financer son éventuel déménagement par l'intermédiaire du Fonds vert du gouvernement qui serait «disposé à étudier cette possibilité», révèle un document de l'entreprise présenté aux candidats à l'élection partielle dans Louis-Hébert.
Daté du 18 septembre, le document dont Le Soleil a obtenu copie explique qu'il serait possible de payer la relocalisation de l'usine «dans un secteur industriel par l'entremise du fonds Vert (sic), par exemple». «Il semble que le cabinet du premier ministre serait disposé à étudier cette possibilité», peut-on lire à la ligne suivante. 
L'attachée de presse du ministre de l'Environnement, David Heurtel, a refusé lundi de commenter cette éventualité évoquant la judiciarisation du dossier. «La priorité du gouvernement est la santé et le bien-être de la population ainsi que la protection de l'environnement», a indiqué Émilie Simard. Anacolor n'a pas retourné les appels du Soleil à ce sujet.
Un lien avec la candidate libérale, selon le Parti vert
Lundi matin, la candidate libérale, Ihssane El Ghernati, a promis de régler l'épineux dossier d'Anacolor qui importune les citoyens du coin d'ici les élections générales de 2018 en déménageant l'entreprise. Elle s'est même dit prête à mettre en jeu sa candidature à ce scrutin mais sans pour autant préciser de quelle manière elle parviendrait à ses fins soit légalement ou financièrement. En 2016, le président de l'entreprise, Éric Nadeau, avait évoqué la somme de 4 millions $ pour une telle opération. 
Selon le chef du Parti vert du Québec et candidat dans Louis-Hébert, Alex Tyrrell, ce n'est pas un hasard si Mme El Ghernati a pu être aussi affirmative devant les médias lorsqu'elle a leur a présenté son engagement électoral. 
Il croit que cette dernière est au courant des intentions du gouvernement mais a volontairement omis de mentionner que celui-ci compte utiliser le Fonds vert «pour accorder une subvention très généreuse à une entreprise qui refuse de respecter la loi sur la qualité de l'environnement». «Cette mesure ne serait pas très populaire auprès des citoyens», prédit-il. 
Plainte au DGEQ
M. Tyrrell a déposé une plainte auprès du Directeur général des élections du Québec (DGEQ) au cours de la fin de semaine au sujet de la production du document par Anacolor destiné aux candidats à la partielle du 2 octobre ainsi qu'aux rencontres tenues avec ceux-ci.
Il allègue que la compagnie pourrait contrevenir à la loi électorale puisque celle-ci présente de manière positive la position de Québec dans le dossier ce qui aurait pour effet de favoriser des candidats, d'autant plus qu'ils n'ont pas tous été invités à une rencontre. 
Le Parti vert estime également que la production du document et l'organisation des rencontres avec les candidats ont une valeur dépassant les 300 $ permis par la loi électorale. Le DGEQ n'a pas confirmé ou infirmé le dépôt de la plainte. 
Mis sur pied en 2006, le Fonds vert vise à lutter contre les changements climatiques et à réduire l'émission de gaz à effet de serre. Faisant l'objet de nombreuses critiques, sa gouvernance a récemment été réformée.
7 des 10 candidats envisagent la relocalisation
Peu importe qui remportera la partielle dans Louis-Hébert, l'usine de peinture de pièces métalliques Anacolor a peu de chance d'avoir un député qui défendra bec et ongles son maintien à Cap-Rouge. Sans tous aller jusqu'à promettre le déménagement de l'entreprise, pas moins de 7 des 10 candidats évoquent explicitement sa relocalisation parmi les solutions à envisager.
C'est du moins ce qui ressort d'un tour d'horizon effectué par le Regroupement des citoyens de Cap-Rouge pour la qualité de l'air (RCQA) dont Le Soleil a obtenu copie. Ses militants ont demandé à tous les candidats de leur expliquer par écrit ce qu'ils comptaient faire «d'ici un an» pour régler le problème, et tous ont répondu. Il faut dire que le RCQA avait décroché un statut d'«intervenant particulier» dans cette partielle auprès du Directeur général des élections afin de montrer son sérieux.
«C'est sûr que la relocalisation, c'est ce qu'on prône depuis le début, alors on est content de constater que [ça fait partie des solutions envisageables] pour 7 des 10 candidats», a indiqué la porte-parole du Regroupement, Zeina Constantin. Cependant, comme le statut d'intervenant particulier vient avec une obligation de neutralité partisane, elle n'a pas voulu commenter davantage.
Fait intéressant, des trois candidats qui n'ont pas explicitement mentionné un déménagement dans leur réponse - Alex Tyrell, du Parti vert, Sylvie Asselin, du Parti conservateur du Québec, et Jean-Luc Rouckout, d'Équipe autonomiste -, aucun n'est considéré comme ayant une chance raisonnable de l'emporter. Jean-François Cliche