Véronique Girard est convaincue que «l’emprisonnement pour des tickets, ce n’est pas rentable pour la société».

Amendes impayées: le programme IMPAC doit être revu, selon la directrice de SQUAT Basse-Ville

Si elle estime qu’un «bout de chemin a été fait» à Québec avec le projet IMPAC (pour Intervention multisectorielle programmes d’accompagnement à la cour municipale), la directrice de SQUAT Basse-Ville, Véronique Girard, estime que ce projet «n’est pas parfait» et qu’on gagnerait à le revoir.

Invitée en marge d’une conférence de presse à commenter le cas de Valérie Brière, cette mère de famille et ex-itinérante qui a récemment pris le chemin de la prison pour des amendes non payées, Mme Girard s’est dite d’avis qu’il faut «s’asseoir ensemble autour de la table pour évaluer ce programme-là, dire ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas pour en faire quelque chose de mieux».

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«Dette jusqu’à 70 ans»

«Cette histoire-là [rapportée vendredi dans Le Soleil] est très triste. Ça me brise le cœur. Et j’espère qu’elle va faire avancer les choses. Nous, ça fait plusieurs années qu’on le vit avec notre clientèle le programme IMPAC, pis on en voit des choses qui ne fonctionnent pas […]. Quand on pense qu’il y a des jeunes de 20 ans qui ont des dettes excessivement élevées parce qu’ils ont reçu tickets après tickets et qui se ramassent avec une dette à payer jusqu’à l’âge de 70 ans, c’est un peu irréaliste», estime la directrice de SQUAT Basse-Ville, un organisme qui vient en aide aux jeunes vivant avec un ou plusieurs aspects de l’itinérance.

«On veut que ces jeunes-là retournent à l’école, qu’ils se développent comme citoyens actifs, mais ils ont une dette à payer à chaque mois […]. Pour eux, c’est une pression continuelle, et c’est une non-reconnaissance de certaines formations qui devraient être reconnues dans le programme. Il faudrait être capable de dire: ok, tu fais cette formation-là, on va réduire le nombre d’heures de travaux communautaires que tu as à faire parce que tu les fais en formation. Pour le jeune qui est en réinsertion et qui suit une formation à temps plein à l’école, c’est dur d’aller faire des travaux communautaires en plus», souligne Mme Girard, selon qui on devrait pouvoir, avec le programme IMPAC, «négocier des choses, faire des aménagements».

Véronique Girard est convaincue que «l’emprisonnement pour des tickets, ce n’est pas rentable pour la société». Non seulement chaque jour de détention coûte cher, mais «je ne pense pas que la personne peut apprendre quelque chose de ça», dit-elle. Au contraire, «ça peut créer un sentiment de révolte par rapport à un système», selon elle.

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LABEAUME OUVERT À AMÉLIORER LE PROGRAMME IMPAC

Le maire Régis Labeaume avoue que le programme Intervention multisectorielle programme d’accompagnement à la cour municipale (IMPAC) peut être amélioré. Il maintient toutefois qu’il a obtenu beaucoup de succès en cinq ans.

«Non, le programme n’est pas parfait et il peut être amélioré», a déclaré le maire lundi en point de presse. Il répondait aux déclarations de la directrice de l’organisme SQUAT Basse Ville, Véronique Girard. Celle-ci avait affirmé qu’IMPAC n’était pas parfait et qu’on gagnerait à le revoir «pour en faire quelque chose de mieux».

C’est le cas de Valérie Brière, ex-itinérante et mère de famille monoparentale qui vient d’être emprisonnée pour des amendes impayées remontant à plus de 10 ans, qui a ramené IMPAC sur la table.

M. Labeaume insiste pour dire que le programme «a du succès». «C’est un beau programme. Avant, il n’y avait rien! En cinq ans, 35 personnes se sont reprises en main et il y en a encore 118 dans le programme. Ce sont de belles réussites. Évidemment qu’il y a aussi des échecs...»

Cas exceptionnel

«On a l’air des méchants là-dedans», a-t-il poursuivi au sujet du cas de MmBrière. «Mais on ne peut pas tout dire... Il y a une vérité dans ce dossier-là. Il y a des cas exceptionnels dont vous ne savez pas tout. Le mot effort, je ne pense pas que c’est un mot d’extrême droite», a justifié le maire.

Jurant qu’il ne souhaitait pas que des gens aillent en prison pour des amendes impayées, M. Labeaume a cependant une fois de plus justifié la position de Québec de ne pas annuler les amendes remises aux itinérants comme le fait la Ville de Montréal.

«Personne ne souhaite que les gens aillent en prison. Cependant, s’il n’y a pas d’amende, personne ne va essayer de rentrer dans le système», a-t-il résumé.

Valérie Brière avait participé au programme IMPAC, mais en avait été exclue pour ne pas avoir rempli ses obligations, ce qui a amené la réactivation de ses mandats d’incarcération pour des contraventions impayées de 2120,88 $ remises entre 2001 et 2006.

Son incarcération pour 101 jours a touché plusieurs personnes, dont deux ont même levé la main pour acquitter ses amendes et lui permettre de retourner auprès de ses deux enfants, qui ont été confiés à la Direction de la protection de la jeunesse.