Environ la moitié (52,6 %) des logements Airbnb à Québec sont disponibles plus de 90 jours par année, un indice qu’il ne s’agit pas des résidences principales des propriétaires.

Airbnb à Québec: deux inspecteurs pour 3200 annonces

Avec seulement deux inspecteurs à temps plein pour surveiller des milliers de logements en Airbnb dans la capitale, la Ville de Québec n’a pas les effectifs nécessaires pour lutter contre l’hébergement illégal, dénoncent des comités de citoyens du centre-ville.

À la suite d’une demande du Soleil, la Ville de Québec a rendu public le nombre d’inspecteurs qui font respecter la réglementation en matière d’hébergement touristique illégal. 

Il y en a deux à temps plein. «Cependant, tous les inspecteurs de la Ville peuvent intervenir également en matière d’hébergement touristique illégal dans leurs tâches quotidiennes», indique Audrey Perreault, porte-parole de la Ville.

C’est largement insuffisant pour surveiller plus de 3000 annonces Airbnb à Québec, déplorent le Comité des Citoyens et citoyennes du quartier Saint-Sauveur (CCCQSS) et le Comité populaire Saint-Jean-Baptiste. 

«Ça nous prend un règlement municipal qui a des dents et un pouvoir d’inspection beaucoup plus grand», dit Éloïse Gaudreau, coordonnatrice au CCCQSS. «J’imagine qu’à deux [inspecteurs], ils font ce qu’ils peuvent, mais clairement ce n’est pas suffisant», dit Marie-Ève Duchesne, du Comité populaire Saint-Jean Baptiste.

Plaintes citoyennes

Les deux comités reçoivent de plus en plus de plaintes de citoyens qui sont dérangés par le bruit des locataires Airbnb. Les citoyens craignent aussi que leurs quartiers deviennent trop touristiques et s’embourgeoisent davantage. 

«Quand, à la place d’avoir un voisin, t’as un espace où les personnes sont constamment en train de changer, ça affecte le tissu social, le sentiment de communauté dans le quartier», dit Éloïse Gaudreau. 

Le site Inside Airbnb, qui compile des statistiques à partir des données de l’entreprise, a dénombré pas moins 3200 annones Airbnb à Québec. 

Environ la moitié (52,6 %) des logements Airbnb à Québec sont disponibles plus de 90 jours par année. Et 40 % des hôtes Airbnb ont plus d’une annonce. Ces deux indices démontrent habituellement que les logements annoncés de ne sont pas les résidences principales des propriétaires. 

Selon les deux comités de citoyens, c’est le parc locatif qui écope. «On enlève des logements qui ne seront plus disponibles pour des locataires et qui vont devenir seulement disponibles pour des touristes», dit Marie-Ève Duchesne. 

Illégal

Jusqu’à dimanche, la Ville de Québec interdisait l’hébergement «collaboratif» en Airbnb sur tout son territoire. Mais un nouveau règlement qui entre en vigueur aujourd’hui permettra aux citoyens de louer jusqu’à 90 jours leur résidence principale.  

Jusqu’à maintenant, en 2019, les contrevenants ont été rarement sanctionnés — moins d’une dizaine de constats d’infractions par mois.  

Ainsi, du 1er janvier 2019 au 10 septembre 2019, la Ville a remis 51 avis et 74 constats d’infraction concernant de l’hébergement touristique illégal. Les amendes coûtent 1000 $ pour un individu et 2000 $ pour une entreprise. 

Mme Duchesne souligne que les propriétaires sanctionnés ne cessent pas nécessairement l’hébergement illégal après avoir payé l’amende. Avec 111 $ de revenus en moyenne par nuit, Airbnb peut vite s’avérer plus payant pour un propriétaire que le loyer d’un locataire.  

Les deux inspecteurs de la Ville appelés à surveiller la réglementation en matière d’hébergement interviennent pour l’instant lorsqu’il y a des plaintes de citoyens — des voisins qui se plaignent du bruit fait par des locataires Airbnb, par exemple. 

Mais la Ville assure qu’elle exerce une «veille active» sur Airbnb pour s’assurer du respect de la réglementation en matière de résidence de tourisme. 

Airbnb n’affiche cependant pas les adresses de ses hôtes sur ces annonces. Il faut réserver pour l’obtenir, ce qui rend la tâche plus difficile pour les deux inspecteurs. 

Elle pourrait même l’être encore davantage en novembre. Un groupe de propriétaires Airbnb de Québec contestent les contraventions qu’ils ont reçues. Ils soutiennent notamment que les preuves récoltées par les inspecteurs — des photos des annonces Airbnb et des photos du logement prises après l’infraction — ne sont pas suffisantes pour prouver hors de tout doute raisonnable la culpabilité des propriétaires. 

Si les défendeurs ont gain de cause, a laissé entendre leur avocate, MMyriam Asselin, la Ville pourrait devoir embaucher plus d’inspecteurs. «Est-ce que ça va coûter plus cher à la Ville? Est-ce que ça va prendre des ressources additionnelles? Peut-être».  

La juge Sabrina Grand rendra son jugement le 4 novembre. 

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90 JOURS MAXIMUM PAR ANNÉE

Le nouveau règlement de la Ville de Québec sur l’hébergement collaboratif entre en vigueur lundi. La location pourra être proposée à des touristes dans la résidence principale de l’occupant seulement, qu’il soit propriétaire ou locataire.

Toutefois, plusieurs conditions doivent être respectées :

L’hébergement touristique collaboratif doit être offert en location dans le lieu de résidence principale seulement (propriétaire ou locataire); d’une seule chambre ou du logement en totalité (un seul groupe de voyageurs à la fois);

À court terme : 31 jours consécutifs ou moins (pour le même voyageur ou groupe de voyageurs)

Pour un maximum de 90 nuitées par année

Il sera possible d’effectuer ce type d’hébergement sur l’ensemble du territoire de la Ville de Québec (aucune restriction ni contingentement en fonction du secteur).

«Quant à toute offre de location à court terme dans un lieu autre que la résidence principale, elle sera considérée comme étant de l’hébergement touristique commercial», indique Audrey Perreault, porte-parole de la Ville de Québec.