Affrontements sur fond d'immigration

Une des deux contre-manifestations qui visaient à dénoncer le controversé groupe identitaire La Meute a tourné à la violence, hier, quand des militants d'extrême gauche s'en sont pris à des sympathisants de La Meute et aux forces de l'ordre, dans le secteur de l'Assemblée nationale. Trois personnes ont dû être transportées en ambulance pour des blessures mineures, trois policiers ont été incommodés par un irritant chimique lancé par les manifestants et une personne a été arrêtée.
Souvent décrite comme xénophobe bien qu'elle en rejette l'étiquette, La Meute prévoyait manifester en haute ville contre ce qu'elle perçoit comme une vague d'immigration illégale et hors de contrôle - ce qui a été dénoncé comme faux par plusieurs acteurs politiques et sociaux. Une contre-manifestation pacifique a été organisée à la place D'Youville, mais quelques dizaines de contre-manifestants radicaux, dont plusieurs étaient cagoulés, se sont plutôt rassemblés en début d'après-midi sur la rue Louis-Alexandre-Taschereau, à côté du Complexe G. Ils guettaient l'entrée d'un stationnement souterrain qui a servi de point de ralliement à environ 600 membres de La Meute.
Ceux-ci sont restés terrés là pendant plus de quatre heures, mais le groupe anti-immigrants avait également des sympathisants qui circulaient à l'extérieur. D'après ce qu'a constaté Le Soleil sur place, en début d'après-midi, ceux qui arboraient leurs couleurs ouvertement étaient violemment pris à partie par les militants d'extrême gauche. Un jeune homme aurait vraisemblablement été tabassé s'il n'avait pas été secouru par les policiers. Un homme qui paraissait avoir autour de 65 ou 70 ans a été bousculé et a reçu un coup au visage parce qu'il avait été pris (à tort) pour un sympathisant de La Meute.
Jaggi Singh arrêté
Peu de temps après, Jaggi Singh, célèbre militant altermondialiste de Solidarité sans frontières qui s'est fait connaître lors du Sommet des Amériques en 2001, à Québec, a été arrêté par la police.
Les choses ont empiré quand un petit groupe composé en bonne partie de manifestants masqués a contourné le Complexe G avant de se voir la voie bloquée par la police devant le parc de la Francophonie, où d'autres sympathisants d'extrême droite isolés ont été violemment agressés. C'est à cet endroit que ce qui devait être une contre-manifestation dénonçant le racisme a viré à l'affrontement avec la police.
Celle-ci a déclaré la manifestation illégale à 14h15, mais a eu du mal à disperser les plus récalcitrants, malgré l'usage de gaz lacrymogène. Des contre-manifestants ont alors répliqué en lançant des pièces pyrotechniques en direction des policiers. Le Soleil a constaté qu'un contre-manifestant a endommagé une borne de stationnement tandis qu'un autre a brisé le feu arrière d'un véhicule de police. Le groupe des individus cagoulés et vêtus de noir s'est par la suite dirigé vers la Grande Allée. Deux personnes ont renversé un conteneur à déchet à l'angle de la rue d'Artigny. Ils ont pris des bouteilles de vitres et autres objets et les ont lancé vers les policiers. D'autres ont lancé des chaises prises sur des terrasses avoisinantes et les ont lancé. 
Un passant a levé le ton face à un contre-manifestant masqué, mais il n'y a pas eu d'altercation physique. Quelques instants plus tard, un homme masqué a empoigné un photographe de presse et l'a projeté au sol. Des collègues journalistes et photographes lui ont alors porté secours.
Quelques minutes se sont écoulées lorsqu'à la hauteur du Parlement, un homme portant un drapeau des Patriotes a été identifié comme un membre de La Meute. Des hommes masqués se sont alors dirigé vers lui et lui ont asséné des coups au haut du corps. Il a été violemment lancé contre un poteau et a subi des blessures à la tête. Cet événement a causé un certain émoi au sein des troupes de contre-manifestants, alors que deux personnes ont donné les premiers soins à l'homme assommé. 
En tout, dit Guillaume Paquin, superviseur à la Coopérative des techniciens-ambulanciers du Québec, «on a pris en charge 10 patients, qui ont été évalués en ambulance. Au terme de ça, il y a eu trois transports à l'hôpital [pour des blessures mineures, ndlr]». Une seule personne a été arrêtée. 
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La presse prise à partie
Comme c'est souvent le cas lors de manifestations d'extrême gauche depuis quelque temps, les médias ont été la cible d'agressions, dimanche, de la part de militants «anti-fasciste».
Le caméraman et photographe du Soleil Nicolas Perron-Drolet a été frappé au visage par un individu cagoulé. La même chose est arrivée au photographe de presse à la pige Steve Jolicoeur et un caméraman du réseau anglophone Global a également été pris à partie.
Notons également qu'une journaliste de TVA s'est faite insulter copieusement et de manière répétitive.
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Chronologie des événements
› 13h00
Environ 300 manifestants anti­racistes sont rassemblés, pacifiquement, à la place D'Youville, et attendent que la marche se mette en branle. Pendant ce temps, quelques dizaines de militants radicaux, dont plusieurs cagoulés, attendent à côté du Complexe G, devant la porte du stationnement souterrain qui sert de point de ralliement à La Meute. L'escouade antiémeute est déjà sur place.
› 13h20
La marche quitte la place D'Youville et se dirige vers la fontaine de Tourny.
› 13h40
Au Complexe G, des militants radicaux reconnaissent un membre d'un groupe anti-immigration qui passe par là. Les insultes et les slogans fusent, puis suivent les coups de poing. L'homme doit être secouru par les policiers. Des scènes du même genre se répéteront plusieurs fois au cours de l'après-midi.
› 13h45
Une journaliste de TVA est copieusement insultée par des militants radicaux près du Complexe G. Dans le courant de la journée, un caméraman du Soleil et un autre de Global News seront également agressés.
› 14h00
La manifestation pacifique est devant la fontaine de Tourny et commence à se disperser. Une partie de la foule va alors rejoindre l'«autre» manif, au complexe G.
› 14h05
Quelques dizaines de militants radicaux, dont plusieurs cagoulés, quittent la rue Louis-Alexandre-Taschereau, où ils étaient réunis. Ils contournent le Complexe G et sont «accueillis» par l'escouade antiémeute au parc de la Francophonie. Des coups sont de nouveau échangés avec ce qui semblait être des militants d'extrême droite isolés, mais la manifestation tourne alors surtout à l'affrontement avec la police.
› 14h15
La police de Québec déclare la manifestation illégale à cause des actes de violence et de vandalisme qui se sont produits, et demande à la foule de se disperser. Des gaz lacrymogènes sont utilisés; des individus cagoulés répliquent en lançant des pièces pyrotechniques aux policiers.
› 15h15
Les militants de La Meute se trouvent toujours dans le stationnement du Complexe G. Un de leur porte-parole s'adresse aux médias, affirmant que les quelque 600 personnes qui se terrent là n'ont toujours pas décidé si et quand elles sortiront, et si elles tiendront la manifestation qu'elles prévoyaient faire.
› 16h15
La police lance un deuxième avis de dispersion aux manifestants toujours présents, et commence à les repousser de l'avant du stationnement où La Meute se trouve toujours.
› 17h30
Les militants de La Meute sortent enfin du stationnement souterrain et font leur manifestation sous escorte policière. Leur marche s'est déroulée dans le calme.
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Ce qu'ils ont dit
«Nous condamnons la violence et l'intimidation. Nous vivons dans une démocratie où le respect doit être la norme et non pas l'exception.» - Le premier ministre Philippe Couillard, sur son compte Twitter.
«Les manifs à Québec : la violence, les masques, c'est pas une façon de s'exprimer. Peu importe son opinion. Point final.» - Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée
«Les Québécois sont capables de débattre sereinement. Non à la violence.» - Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault
«[Il] est nécessaire et légitime de manifester contre l'intolérance et le racisme.» - Le co-porte-parole de Québec solidaire Gabriel Nadeau-Dubois, estimant toutefois que la violence est «contre-productive». 
La Presse canadienne