La Caisse Desjardins de Québec, qui a récemment vendu son immeuble de la rue des Jardins, a décidé de réinstaller dans Montcalm le bronze prisé par les passants et les touristes depuis 1994.

À la défense du bronze du Vieux-Québec

Déménager le bronze de Nicole Taillon du Vieux-Québec est un signe de «manque de culture» selon l'homme politique Jacques Joli-Coeur, qui était président de la Caisse Desjardins du Vieux-Québec au moment de la conception de l'oeuvre. Une sculpture pionnière qui a donné un élan à l'art public dans l'arrondissement historique, dit-il.
«Cette oeuvre appartient aux Québécois et aux visiteurs. C'est un bien immobilier du Vieux-Québec», lance sans détour au Soleil l'ancien haut fonctionnaire qui a été maire suppléant de la Ville de Québec de 2002 à 2009.
M. Joli-Coeur réagissait à un article du Soleil qui, jeudi, révélait que la Caisse Desjardins de Québec, qui a récemment vendu son immeuble de la rue des Jardins, déménagera le bronze prisé par les passants et les touristes depuis 1994. L'oeuvre sera déménagée devant la Caisse populaire Notre-Dame-du-Chemin dans Montcalm, au grand dam de citoyens et de la conseillère responsable de la Culture, Julie Lemieux. «C'est dommage pour le quartier, dommage pour les touristes. C'est une oeuvre magnifique qui est probablement la plus photographiée du Vieux-Québec», disait-elle dans le Soleil de jeudi. 
En entrevue, le directeur général Denis Laforest a défendu la décision, répliquait pour sa part que l'oeuvre appartient aux membres de la succursale et que la décision était irrévocable.
Or, pour Jacques Joli-Coeur, la sculpture baptisée Bienvenue est plutôt devenue un véritable bien public, emblématique du Vieux-Québec. Souhaiter la déménager révèle d'un «manque de culture», avance-t-il.
À l'époque, relate M. Joli-Coeur, c'est lui qui a «mis au défi» le directeur général d'embellir le petit espace entre deux bâtiments où a été installée l'oeuvre de Nicole Taillon. «C'était un dépotoir alors qu'on se pétait les bretelles d'être portés sur la culture et dans un secteur touristique», illustre M. Joli-Coeur. Le directeur de l'époque a dit oui, la Ville a aimé et a même contribué à l'aménagement autour du bronze, dit-il.
Il y a 23 ans, poursuit le résident du Vieux-Québec, les oeuvres d'art se faisaient rares dans ce secteur près de l'hôtel de ville. «La beauté de notre initiative est qu'elle a été suivie quelques années plus tard, par L'Homme-Rivière à l'édifice Price entre autres», illustre l'ex-maire suppléant qui cite aussi l'oeuvre L'Envol de Jules Lasalle en hommage aux frères éducateurs installé dans les jardins de l'hôtel de ville depuis 2000.
Jacques Joli-Coeur assure que la mobilisation citoyenne n'est pas terminée à l'approche des assemblées générales du conseil de quartier des membres de la Caisse Desjardins.
 L'artiste ne savait pas
Jointe à Magog où elle vit et travaille, l'artiste Nicole Taillon a été surprise d'apprendre dans Le Soleil de jeudi que son oeuvre allait déménager. Elle a bien eu un mandat de restaurer son oeuvre. Mais Mme Taillon assure qu'elle ne savait pas qu'elle allait être réinstallée sur la rue des Érables. «J'aurai l'air fin de la ramener dans le Vieux-Québec !» lance-t-elle.
Surprise de faire la manchette dans la capitale, l'artiste préfère toutefois ne pas trop se mêler de la controverse et plutôt tabler sur l'impact de son oeuvre dans le Vieux-Québec depuis 23 ans.
Jamais, dit-elle, son personnage n'a été abîmé, signe de respect des passants. «À l'occasion, je lui ai par contre trouvé une gomme dans la bouche», rigole l'artiste. Au cours de la discussion, elle raconte aussi une anecdote illustrant une véritable «thérapie par l'art». «Mon frère était là en train de photographier l'oeuvre et une itinérante est arrivée. Elle venait présenter la sculpture à une de ses amies. Elle a dit que tous les jours elle venait lui conter sa vie», dit Mme Taillon, touchée. «La plus grande richesse pour un artiste est d'avoir une sculpture sur la place publique», conclut-elle.