Aujourd’hui, le maire de Québec, Régis Labeaume, est satisfait des initiatives mises de l’avant pour animer la Ville de Québec malgré la pandémie.
Aujourd’hui, le maire de Québec, Régis Labeaume, est satisfait des initiatives mises de l’avant pour animer la Ville de Québec malgré la pandémie.

412e de Québec sans les célébrations: «Ça crée un vide»

En cet après-midi du 26 juin, Régis Labeaume est assis à une table bistrot près de l’horloge du Jura. Les Jardins de l’hôtel de ville sont déserts, à l’exception des quelques enfants dans les jeux d’eau. Dans une semaine, songe Régis Labeaume, l’endroit sera malheureusement tout aussi vide pour l’anniversaire de Québec qui devait être célébré aujourd'hui.

COVID oblige, la Ville de Québec ne célèbre pas sa date de fondation du 3 juillet 1608. Depuis les Fêtes du 400e en 2008, la population avait chaque année l’opportunité de participer à plusieurs activités au cœur du Vieux-Québec comme dans les arrondissements.

La tradition prend le bord

Cette année, il n’y a pas de messe commémorative à la Basilique-Cathédrale ni de cortège jusqu’au monument de Champlain. Il n’est pas plus possible d’assister au populaire Droit de cité du 22e Régiment ou encore de visiter l’hôtel de ville.

Pour le maire, c’est une fracture dans la tradition. «Je trouve ça plate. Je trouve qu’on passe droit. Ça crée un vide le 3 juillet», lance-t-il, visiblement déçu, tout en précisant qu’il n’a jamais été question d’organiser «quelque chose» à la dernière minute même avec le déconfinement en cours. 

«Je suis un peu traditionnel. En société, pour garder un peu d’équilibre, ce n’est jamais mauvais. Le monde aime ça, c’est beau. Il aime la musique», ajoute-t-il, en pensant aux activités qui attirent les foules comme le Droit de cité ou encore les spectacles gratuits en plein air. 

Satisfait du tricot

Cette déception représente bien ce qu’il voulait éviter de faire vivre aux citoyens de Québec avec les règles de distanciation en vigueur. À la mi-avril, il disait d’ailleurs : «On va tenter de se tricoter un été».

Régis Labeaume est fier de la manière dont son administration a su gérer des dossiers complexes.

Aujourd’hui, il est satisfait des initiatives mises de l’avant pour animer la Ville malgré la pandémie. «Les terrasses [permises dans les rues] c’était clair qu’on allait faire ça», donne-t-il en exemple. Il est d’ailleurs fier du fait que son administration a réussi à traiter 175 à 200 demandes de permis de terrasse en «pas grand temps». 

À cela, il faut ajouter, entre autres, la transformation d’artères commerciales en rues piétonnes, adoptées par toutes les SDC, sauf une; la permission de consommer de l’alcool dans les parcs et de faire des barbecues; et la hausse du nombre de places éphémères qui passe de 25 à 50. Seule ombre au tableau, le projet de cinéma en plein air a avorté.

Des leçons à apprendre

«On en a géré des dossiers, prend-il conscience tout en discutant. Je dis à mon monde : “Coudonc, cette administration est peut-être encore plus véloce, flexible et performante que je pensais”.» 

Selon lui, des changements de culture permanents ressortiront de la crise. D’ailleurs, la Ville mettra fin dans quelques jours à son état de «situation d’exception» comme le prévoient les mesures d’urgence. Mais M. Labeaume ne veut pas qu’un retour à une «relative normalité» marque aussi le retour à un rythme de prise de décision parfois lent dans la machine administrative et politique.

Lassitude

Après trois mois de travail effréné et à relever les défis de la pandémie, la fatigue rattrape. «Il y a une lassitude physique. On ne s’en aperçoit pas, mais ça nous atteint plus qu’on pense. La semaine passée, j’ai trouvé ça dur. Me lever le matin, et je dors très bien, et quasiment devoir me décoller les yeux… c’était lourd», admet-il.


« On en a géré des dossiers. Je dis à mon monde : “Coudonc, cette administration est peut-être encore plus véloce, flexible et performante que je pensais”. »
Régis Labeaume, maire de Québec

L’aspect positif du confinement est qu’il a pu travailler plus que jamais et réfléchir sur différents projets, dont celui du tramway. «Honnêtement, ça a ben fait. Je ne suis pas sorti pantoute. J’étais chez moi tous les soirs et je travaillais sept jours sur sept. J’ai été plus efficace que je ne l’aurais été autrement. La vie de petit mononcle, c’était parfait», rigole-t-il.

Pas de vacances

L’été que «se tricote» le maire est bien différent de celui qu’il a voulu tricoter aux citoyens. En principe, un dernier conseil municipal est prévu le 6 juillet avant la relâche estivale. Il prévient les élus de ne pas partir trop loin au cours des prochaines semaines.

«On va siéger tant qu’on a des contrats à voter. On a pris du retard. On n’a pas le choix. S’il faut prendre tout l’été, on va le prendre.» Lui-même avait seulement prévu quelques jours pour visiter un ami malade en Nouvelle-Écosse. La province est toujours interdite aux voyageurs.

Reconfinement dramatique

«Je n’ai pas le goût d’y penser», lance-t-il lorsque Le Soleil évoque la possibilité d’une seconde vague à l’automne. Il a surtout peur des problèmes psychologiques qu’un reconfinement pourrait créer. «Honnêtement, je pense que ça serait dramatique. C’est comme quelqu’un qui a eu le cancer et lui dire qu’il l’a repoigné. Retourne à l’hôpital. Il faut éviter ça. C’est pour ça que le monde doit être prudent», conclut-il.