La capitale d’Israël: Tel-Aviv ou Jérusalem?

L’affirmation : «J’ai décidé qu’il est maintenant temps de reconnaître officiellement Jérusalem comme la capitale d’Israël. J’ordonne également au Département d’État de commencer le déménagement de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem», a déclaré mercredi le président Donald Trump. Alors : la capitale israélienne est-elle Tel-Aviv ou Jérusalem?

Les faits

Du strict point de vue de l’État israélien, Jérusalem est bel et bien la capitale. Dès ses premières années d’existence, la Knesset (parlement israélien) s’est réunie là-bas, la ville a été officiellement déclarée capitale en janvier 1950 et tous les principaux ministères s’y trouvent. Bref, si l’on s’en tient exclusivement à la perspective israélienne, «il y a près de 70 ans que Jérusalem est la capitale d’Israël», comme l’a indiqué le premier ministre Benyamin Netanyahou, en réaction à la décision de M. Trump. Et il est vrai que chaque pays a le droit de choisir où il établira le siège de son gouvernement.

Cependant, ce droit ne s’étend qu’au territoire sur lequel un pays est souverain. Or il n’est pas aussi clair qu’on le croit qu’Israël a juridiction sur Jérusalem.

Au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, la région était contrôlée par la Grande-Bretagne depuis le démantèlement de l’Empire ottoman, une trentaine d’années plus tôt. Mais les Britanniques avaient l’intention de se retirer de la région. L’ONU a alors adopté un «plan de partition» de la Palestine, en 1947, qui prévoyait l’établissement d’un État israélien, d’un palestinien et d’un statut «international» pour Jérusalem. Au bout de 10 ans de ce régime particulier, les habitants de Jérusalem devaient en principe se prononcer par référendum sur le devenir de leur ville.

Mais voilà, rien ne s’est passé comme prévu, lit-on dans des documents de l’ONU. Il y eut une guerre civile (1947-48), puis la guerre israélo-arabe (1948-49) à la suite de laquelle Jérusalem fut de facto séparée en deux : l’ouest, sous l’égide d’Israël, et l’«est» (qui comprenait également les secteurs nord et sud) sous le contrôle de la Jordanie voisine. Ce n’est qu’à la suite de la Guerre des six jours, en juin 1967, qu’Israël reprendra complètement le contrôle de la Ville sainte et de ses environs — ainsi que de la péninsule de Sinaï, qui sera restituée à l’Égypte en 1979.

Cependant, les Nations Unies n’ont jamais reconnu la souveraineté du pays sur Jérusalem. Au cours des dernières décennies, l’ONU a adopté plusieurs résolutions déclarant «inadmissibles», «nulles» et «non avenues» toutes les actions de l’État israélien pour changer le statut de la ville, que ce soit par des expropriations, la colonisation, la force, etc. 

Pas plus tard qu’en 2016, d’ailleurs, le Conseil de sécurité a cru bon de «réaffirmer» que la construction de nouvelles enclaves juives dans les territoires palestiniens occupés par Israël, «incluant Jérusalem Est», n’avait «aucune assise légale». C’est d’ailleurs pour cette raison que la plupart des pays du monde n’ont pas leurs ambassades dans la capitale officielle, ce qui est très singulier, mais plutôt à Tel-Aviv — en territoire israélien incontesté. C’est là un signe fort que la juridiction d’Israël sur Jérusalem n’est pas reconnue par la communauté internationale.

Verdict

Loin d’être clair. Il est évident qu’un État peut choisir sa capitale, et que Jérusalem est un symbole historique et religieux pour Israël. Mais aucun État ne peut exercer ce droit en dehors de son territoire, et la souveraineté israélienne sur la Ville sainte n’a jamais été clairement établie.