Claudia Méndez se souvient du sentiment de tristesse qui l'a envahie lorsqu'elle a vu pour la première fois la cage, cet «objet assez sinistre, car c'est vraiment le corps d'une petite femme qu'on voit».

La cage de «La Corriveau» de retour au Québec

La Société d'histoire régionale de Lévis (SHRL) a réussi un tour de force en parvenant à faire rapatrier la cage que l'on croit être celle de «La Corriveau» juste à temps pour commémorer le 250e anniversaire de la mort de la femme à l'origine de la légende.
<p>Le public aura l'occasion de voir la cage, qui sera exposée au Centre des congrès et d'expositions de Lévis de jeudi à dimanche.</p>
Les experts ont toutes les raisons de croire que la cage, retrouvée en 2011 au Peabody Essex Museum à Salem, au Massachusetts, est celle qui a servi à exhiber pendant 40 jours le corps de Marie-Josephte Corriveau, en 1763 à Lévis, après sa pendaison pour avoir assassiné son deuxième mari.
L'institution muséale américaine a accepté de prêter l'objet, qui est en fait un harnais de métal moulé au corps de la condamnée, pour une durée de deux ans au Québec, permettant ainsi aux experts des Musées de la civilisation de l'authentifier. Le tout, dans le but de pouvoir éventuellement la conserver à Lévis, où la légende est née.
«La cage n'est pas supposée retourner aux États-Unis. En tout cas, ce n'est pas ce qui est envisagé de notre côté. Notre but ultime, c'est un rapatriement», a affirmé Claudia Méndez, vice-présidente de la SHRL.
Si tout va bien, après les études et les démarches de rapatriement officiel, l'artefact pourrait se retrouver sur la Rive-Sud, qui devrait alors être dotée d'un Centre d'archives à vocation muséale, projeté depuis 2006.
En attendant, le public aura l'occasion de voir la cage, qui sera exposée au Centre des congrès et d'expositions de Lévis de jeudi à dimanche. «Ce sera la seule exposition publique avant que ne démarre le processus d'authentification», a souligné Mme Méndez, qui met l'accent sur l'exercice de commémoration derrière l'événement.
Objet de curiosité
«Depuis toujours, la cage a été considérée comme un objet de curiosité et c'est très important de ne pas s'inscrire dans cette lignée. On veut pouvoir se souvenir de cette personne-là dans le respect, pour elle et ses descendants, peu importe si elle a tué son mari ou non.»
Mme Méndez se souvient d'ailleurs du sentiment de tristesse qui l'a envahie lorsqu'elle a vu pour la première fois la cage au Peabody Essex Museum.
«C'est un objet assez sinistre, car c'est vraiment le corps d'une petite femme qu'on voit. C'est tout petit, ça fait de la peine et c'est triste à voir parce qu'aujourd'hui, de penser qu'on puisse traiter un corps humain comme ça, c'est assez dérangeant.»
«La Corriveau» est entrée dans la légende en 1763 et continue à faire parler d'elle de génération en génération.
Certaines versions lui attribuent jusqu'à sept meurtres, bien qu'elle n'ait été condamnée que pour celui de son deuxième mari, Louis-Étienne Dodier.
Jusqu'à ce qu'on retrace, en 1940 en Angleterre, les procès-verbaux des deux procès sur l'affaire, «même les historiens n'étaient pas capables de départager le vrai du faux», soutient Jean-Marie Lebel, qui agira à titre de témoin-expert lors d'une activité spéciale du Tribunal de l'histoire sur «La Corriveau», vendredi, à l'auditorium du Cégep de Lévis-Lauzon.
«C'est seulement depuis 1940 que l'on connaît la vérité. Mais la légende est née, les gens ont parlé et les faits ont été déformés», relate l'historien.
Marie-Josephte Corriveau a bel et bien existé et vivait à Saint-Vallier de Bellechasse, où elle a commis le meurtre de son mari en 1763. Or, c'est son père, Joseph, qui a été accusé et condamné à mort lors du premier procès. M. Lebel raconte qu'en prison, «le père a dit à l'aumônier que ce n'était pas lui le meurtrier, qu'il avait fait ça pour que sa fille ne soit pas condamnée».
Le tribunal a été mis au courant et a exigé un deuxième procès, au cours duquel Marie-Josephte a été condamnée et son père, exonéré.
«Mais si elle n'avait été que condamnée à être pendue, on ne parlerait plus d'elle aujourd'hui, poursuit M. Lebel. Si on parle encore d'elle, c'est parce que le tribunal a décidé de la pendre et de l'installer dans une cage de fer pour la suspendre pendant 40 jours au coin de deux chemins très passants à Lauzon afin de donner l'exemple.»
La peine, assez courante en Angleterre, ne s'était encore jamais vue en Nouvelle-France.
«Ça a frappé les imaginations. Les gens la voyaient se dégrader de fois en fois qu'ils passaient par là. Et comme sa cage était en métal, ça faisait un bruit effrayant dans le vent.»
Mort à cause d'une dispute
Selon M. Lebel, ce ne sont pas les gens de Saint-Vallier qui ont nourri la légende, parce qu'ils connaissaient bien le fond de l'histoire.
«Ça s'est parlé pendant longtemps que Louis-Étienne Dodier était un homme violent et que sa femme l'a sûrement tué lors d'une dispute.»
En fait, selon Claudia Méndez, qui se réfère aux documents présentés aux procès, Marie-Josephte Corriveau aurait avoué avoir tué son mari d'un coup de hache sur la tête alors qu'il dormait dans son lit.
Elle aurait ensuite déplacé son corps dans l'étable, pour prétendre qu'il serait mort d'une ruade de cheval.