La vérificatrice générale Guylaine Leclerc a dressé un portrait peu élogieux du fonctionnement au MTQ.

La bureaucratie étouffe le MTQ

Trop, c'est comme pas assez. Pour palier à ses faiblesses, le ministère des Transports (MTQ) s'embourbe dans des contrôles qui causent une lourdeur bureaucratique inefficace, constate la Vérificatrice générale du Québec (VGQ).
Encore le MTQ. Depuis 2009, une dizaine de rapports ont critiqué sa gestion du processus d'octroi de contrats. Chaque fois, des recommandations ont été émises. Plus d'une centaine, en tout. Il y a tant de contrôles qui ont été instaurés que le MTQ peine à les appliquer dans un temps raisonnable. 
«Il y a des risques que, lorsqu'il y a une lourdeur comme ça, les gestionnaires se mettent un système parallèle pour pouvoir avoir l'information adéquate», a commenté mercredi la VG, Guylaine Leclerc. 
En matière de gestion des contrats, le MTQ, le plus gros donneur d'ouvrage au gouvernement du Québec, est très réglementé : 4 politiques, 21 directives, 45 procédures, 79 formulaires, 46 devis types, 11 guides manuels et techniques, 29 notes d'orientation, etc. «Chaque fois qu'un problème est soulevé, le ministère répond à celui-ci en mettant en place de nouveaux contrôles», a noté Mme Leclerc.
La VG donne un exemple. Un contrat de 100 000 $ nécessite l'autorisation d'un extra de 10 %. «L'avenant doit être préparé par l'ingénieur, approuvé par le chef de service et le directeur territorial, analysé par la Direction de la programmation et des ressources territoriales, approuvé par la Direction générale adjointe à la coordination des ressources territoriales, transmis au Service de l'observation des règles contractuelles et signé par le sous-ministre», relate Mme Leclerc. 
Le ministère gère mal ses risques, estime la VG. Pour certains contrats, il peut être tout à fait justifié de passer à travers tout ce processus. Pour d'autres, pas nécessairement. «Il y a déresponsabilisation qui arrive lorsqu'on a autant de paliers d'autorité», a noté Mme Leclerc. 
La haute direction du MTQ ne parvient pas à améliorer le «climat organisationnel» au ministère et à obtenir «l'adhésion du personnel». Le roulement au poste de sous-ministre au MTQ n'aide pas. 
La structure de gestion contractuelle n'est pas optimale. Le MTQ n'a pas l'expertise suffisante pour assurer l'efficacité de son processus. Le comité d'audit, qui devrait conseiller la haute direction sur ses processus, «n'a pas joué pleinement son rôle», a observé Mme Leclerc. La VG a refusé de faire un lien entre ses observations et le «cafouillage majeur» de l'autoroute 13. Elle n'avait pas d'évaluation non plus de l'impact financier de la lourdeur administrative au MTQ. 
Poëti satisfait
Le rapport déposé mercredi est le premier de deux qui découlent des dénonciations de l'enquêtrice Annie Trudel, embauchée par l'ex-ministre Robert Poëti, et de l'ex-auditrice Louise Boily, l'année dernière. Après s'être attardée aux mécanismes, la VG se penchera sur les contrats eux-mêmes dans son rapport qui sera déposé en juin. 
Interrogé dans les couloirs, M. Poëti s'est réjoui du travail abattu par la VG. «Les interrogations et les questionnements que j'avais au niveau de l'administration étaient justifiés», a commenté M. Poëti, mercredi. 
De son côté, le ministre des Transports, Laurent Lessard, a noté que des changements ont été apportés aux «gouvernants de la gouvernance» au MTQ, et qu'un plan de transformation sera appliqué «pour s'assurer que la population en ait pour son argent».