À compter du 1er janvier 2018, Rigaud, Saint-Césaire, Sainte-Anne-des-Monts, Windsor et Rouyn-Noranda seront les cinq dernières municipalités récalcitrantes à la gratuité, à moins que certaines d’entre elles ne décident d’emboîter le pas aux autres.
À compter du 1er janvier 2018, Rigaud, Saint-Césaire, Sainte-Anne-des-Monts, Windsor et Rouyn-Noranda seront les cinq dernières municipalités récalcitrantes à la gratuité, à moins que certaines d’entre elles ne décident d’emboîter le pas aux autres.

La bibliothèque tarifée en voie de disparition

Ian Bussières
Ian Bussières
Le Soleil
La gratuité devient la norme dans les 173 bibliothèques publiques du Québec. En 2011, encore 27 d’entre elles exigeaient un tarif pour permettre d’emprunter des livres ou d’autres documents. Avec quelques semaines à faire en 2017, il n’en reste plus que sept.

Après les bibliothèques de Montmagny, où la gratuité a été instaurée en 2014, Rimouski et Sainte-Marie en 2015 ainsi que Mont-Joli en 2016, Thetford Mines est la seule municipalité de l’est du Québec à imposer encore des frais d’abonnement. Pas pour longtemps cependant, puisque l’accès à ses bibliothèques municipales deviendra gratuit le 1er décembre.

Val-d’Or et Rouyn-Noranda ont également déjà annoncé que les abonnements à leurs bibliothèques seraient gratuits dès le 1er janvier. À ce moment, Rigaud, Saint-Césaire, Sainte-Anne-des-Monts et Windsor seront les quatre dernières municipalités récalcitrantes, à moins que certaines d’entre elles ne décident d’emboîter le pas aux autres.

Subvention en jeu

Il faut dire que le gouvernement provincial a avisé en 2015 toutes les municipalités du Québec que celles qui n’offriraient pas gratuitement l’abonnement au service de bibliothèque publique le 1er janvier 2018 ne seraient plus admissibles à la subvention du programme de développement des collections des bibliothèques publiques autonomes. 

Cette subvention contribue à compenser une bonne partie du budget annuel d’achat de livres des bibliothèques publiques et représente la plupart du temps une entrée d’argent de beaucoup supérieure aux sommes versées par les citoyens pour s’abonner.

À Rivière-du-Loup par exemple, la subvention annuelle de 74 242 $ représente 56,2 % du budget total d’acquisition de livres. À Saint-Jérôme, on parle d’une somme de 187 300 $, qui représente 71,8 % du budget d’acquisition alors que Brossard reçoit chaque année 218 300 $, soit 46,9 % de son budget d’acquisition, grâce à cette subvention.  

Bénéfices

Si certaines bibliothèques publiques se sont fait tirer l’oreille pour laisser tomber les frais d’adhésion, toutes en ont cependant retiré des bénéfices. Selon les données fournies par l’Association des bibliothèques publiques du Québec, on constate un bond tant au niveau du nombre d’usagers inscrits que du nombre de prêts l’année suivant l’instauration de la gratuité.

«Il y a habituellement un effet positif sur la fréquentation et les prêts après l’abolition des tarifs d’adhésion. À titre d’exemple spectaculaire, notons Candiac qui a vu le taux d’abonnement de sa population passer de 24,44 % à 39,68 % après l’instauration de la gratuité, et ce sans qu’aucun nouveau service ne soit offert ou qu’aucune nouvelle bibliothèque ne soit inaugurée», a déclaré au Soleil Mme Ève Lagacé, directrice de l’Association des bibliothèques publiques du Québec.

À Saint-Constant, le taux d’abonnement est passé de 9,56 % à 17,09 % après l’instauration de la gratuité et à Montmagny, on mentionne une hausse de 4,26 % à 23,87 %. Dans ce dernier cas cependant, il faut préciser que la gratuité avait été instaurée en même temps que l’inauguration d’une toute nouvelle bibliothèque moderne.

Pour Ève Lagacé, l’effet des nouvelles normes du  programme de développement des collections des bibliothèques publiques autonomes est très positif puisque la gratuité est, pour son organisation, un objectif à atteindre dans toutes les bibliothèques publiques du Québec. 

«On arrive très près de cet objectif et l’arrivée de nouveaux conseils municipaux devrait achever de convaincre les municipalités qui étaient réfractaires à la gratuité», poursuit Mme Lagacé, indiquant que c’était le principe de l’utilisateur-payeur qui avait longtemps incité des élus à imposer un tarif dans les bibliothèques publiques.

«Ce principe ne devrait cependant pas s’appliquer aux bibliothèques qui sont reconnues, partout dans le monde, comme des lieux de savoir et de culture et pour lesquelles la gratuité est un principe de base. L’idée est de donner accès à ce service au plus grand nombre possible, sans oublier que les citoyens paient déjà pour le service par leurs taxes municipales», conclut Mme Lagacé.