Cet hiver, le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) a testé les barrières Pitagone, qui permettraient de freiner un véhicule de 7,5 tonnes roulant à 48 km/h, lors du Carnaval de Québec.

La barrière anticamion-bélier s'implante

EXCLUSIF / Des barrières conçues spécialement pour prévenir une attaque au véhicule-bélier, testées pour la première fois en Amérique du Nord pendant le Carnaval de Québec, devraient de plus en plus faire partie du paysage lors des grands évènements. À l’approche du G7 et considérant la récente attaque à Toronto, l’intérêt de la police de Québec se «concrétise».

Le dispositif Pitagone, conçu et fabriqué en Belgique, permet selon son fabricant de freiner un véhicule de 7,5 tonnes roulant à 48 km/h. 

En début d'année, le fournisseur exclusif au Canada, Titan Sécurité, une entreprise de Montréal, avait présenté le produit aux différents corps de police de la province et avait offert la possibilité de le tester.

Le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) avait levé la main, y voyant un outil intéressant à ajouter à son arsenal. Les tests ont eu lieu lors du Carnaval de Québec, notamment durant les défilés. «C’est vraiment facile à déplacer contrairement à un bloc de béton», affirmait une porte-parole du SPVQ lors de la période d’essai.

Le SPVQ est à produire une analyse interne afin d’évaluer la pertinence d’en faire l’acquisition. La police de Québec s’était aussi engagée à partager son expérience avec d’autres services de police et de sécurité.

Une question de temps 

Dans la foulée de l’attaque au véhicule-bélier de Toronto, qui a fait 10 morts le 23 avril, Le Soleil a relancé le SPVQ. Une porte-parole, Cyndi Paré, a affirmé jeudi que les événements de Toronto, comme toutes les menaces observées à l’international, étaient pris en compte dans la réflexion.

Mme Paré a fait savoir que le SPVQ n’avait pas encore achevé son rapport concernant les barrières Pitagone, mais a réaffirmé qu’il y «voyait des avantages». «Une décision sera rendue sous peu», a-t-elle précisé.

Reste que l’intérêt du SPVQ est bien réel. Une source près du dossier a affirmé au Soleil cette semaine qu’au «regard des événements qui se sont déroulés à Toronto, doublé avec la tenue du G7 et le début des différents festivals, des intérêts sont en train de se concrétiser».

Au G7 et au parc Jean-Drapeau

La barrière Pitagone n’a pas seulement attiré l’attention du SPVQ. Elle a notamment été testée à Sherbrooke, lors du Carnaval de Sherbrooke, en mars. 

Le module sera utilisé par les services de sécurité officiels du sommet du G7, les 8 et 9 juin. L’entreprise belge a elle-même confirmé l’information sur sa page Facebook il y a quelques semaines.

Un projet-pilote se prépare également dans la région de Montréal, au parc Jean-Drapeau. L’endroit reçoit des festivals de musique, comme Osheaga ou Heavy Montreal, ainsi que de nombreux événements sportifs d’envergure.

La Société du Parc Jean-Drapeau a commandé huit modules Pitagone à Titan Sécurité. Pour être efficace, chaque barrière doit être composée au minimum de trois modules.

«Je suis quelqu’un qui lit beaucoup sur la menace terroriste. Ces temps-ci, ce qui est beaucoup d’actualité, ce sont les véhicules-béliers», a expliqué Michel Junior Landry, conseiller, Sécurité et Événements – Projets spéciaux pour la Société du Parc Jean-Drapeau. Ce dernier a découvert l’existence de la barrière dans les médias, lors des tests effectués à Québec. Il a pris contact avec le SPVQ et a aimé ce qu’il a entendu, notamment par rapport à la mobilité du produit. 

En attendant de recevoir ses modules, la Société en a emprunté pour les tester une première fois les 21 et 22 avril, lors de l’événement de course à pied 21K. M. Landry a vanté la simplicité du dispositif.

La barrière peut être déplacée par un seul homme et s’assemble sans outils en quelques minutes. «Ça permet de laisser passer facilement un véhicule d’urgence», a-t-il donné comme exemple. Il est aussi possible de tourner les barrières rapidement en fonction de l’événement ou de l’évolution d’une menace. 

Bien que les barrières doivent être surveillées par des agents, elles permettent de distribuer des effectifs de manière plus efficace, croit M. Landry, qui y voit un potentiel «d’optimisation». Par exemple, une barrière et deux agents pourraient permettre de remplacer huit agents à un même endroit.

La barrière n’est pas un produit miracle destiné à remplacer des effectifs, a-t-il précisé, ni un moyen de réaliser des économies. Il s’agit selon lui d’un outil de plus, plus flexible que les blocs de béton, dans une stratégie globale de sécurité. «Le risque zéro n’existe pas», a-t-il rappelé.

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LA BARRIÈRE EN TROIS QUESTIONS

Comment ça marche?

La barrière modulable s’ancre dans le sol et se renverse dès qu’une pression suffisante est exercée. La partie horizontale de la barrière, qui se retrouve alors à être surélevée, se déploie pour percer le bas-de-caisse du véhicule à neutraliser, puis éventuellement détruire le bloc moteur. À un poids de 7,5 tonnes et une vitesse de 48 kilomètres/heures, l’entreprise affirme que le camion s’arrête «avant 30 mètres».

Combien ça coûte?

Chaque module coûte autour de 2500 $. Il faut trois modules pour construire une barrière. Il est aussi possible de les louer. 

Conçue pourquoi?

La barrière est une réponse directe à l’attentat de Nice, le 14 juillet 2016, en pleine fête nationale française. Un terroriste au volant d’un poids lourd avait fait 87 morts en fonçant dans la foule réunie sur la promenade des Anglais.